Accueil du site > Actualité de la recherche > Actualités scientifiques




Recherchez sur ce site


Interview d’Isabelle Gallagher, conférencière invitée à l’ICIAM

18 juin 2019

Interview d’Isabelle Gallagher, professeure à l’université Paris Diderot et à l’École Normale Supérieure de Paris, membre du Département de mathématiques et applications de l’ENS Paris, conférencière invitée à l’ICIAM.

Pouvez-vous nous parler de vos travaux et de ce dont vous allez parler à l’ICIAM ?

Actuellement la plus grande partie de mes recherches, en collaboration avec Thierry Bodineau de l’Ecole polytechnique, Laure Saint-Raymond et Sergio Simonella de l’École Normale Supérieure de Lyon, est reliée au « sixième problème de Hilbert », énoncé par David Hilbert au deuxième Congrès Mondial des Mathématiciens à Paris en 1900. La question est de comprendre et de justifier les différents niveaux de description que l’on peut faire d’un fluide (typiquement l’eau, ou un gaz comme l’atmosphère) depuis sa description microscopique jusqu’à sa description macroscopique : en quoi ces descriptions du même objet physique, qui du point de vue des équations sont très différentes, sont-elles réellement compatibles ?

Qu’est-ce qu’être mathématicienne pour vous ? Qu’est-ce que vous aimez dans le métier de mathématicien ?

Les mathématiques sont un domaine où la curiosité et l’imagination jouent des rôles primordiaux, et où la liberté est immense. Faire des mathématiques, ou de la recherche en général, c’est accepter de se tromper, de passer des heures à implémenter des idées infructueuses, et de temps en temps déboucher sur quelque chose de nouveau, que l’on considère comme intéressant et même parfois beau.

Ce que j’aime dans ce métier c’est aussi l’absence (le plus souvent !) de hiérarchie entre collègues : dès la thèse on appartient à la communauté des mathématiciens et mathématiciennes.

Que vous apporte le fait de travailler en collaboration ?

Il y a des collaborations de plusieurs types. Celles, ponctuelles, nées d’une discussion de café ou autour d’un séminaire, quand on s’aperçoit que le résultat que l’on cherchait peut s’obtenir en conjuguant ses connaissances et ses techniques avec celles de collègues. Et les autres, qui peuvent durer des années voire toute une carrière, où le cheminement scientifique se fait sur le long terme et emprunte des trajets parfois inattendus. Ces dernières collaborations sont très enrichissantes, tant du point de vue mathématique qu’humain. Travailler en collaboration c’est aussi profiter de l’optimisme des autres quand sa confiance flanche, et inversement… J’aime beaucoup travailler en petit groupe de deux ou trois personnes, échanger des idées en sachant qu’une bonne idée est le plus souvent précédée par des dizaines de mauvaises !

Comment situez-vous vos travaux par rapport aux mathématiques appliquées et industrielles ?

Mes travaux mathématiques n’ont pas de visée industrielle. Pour ce qui est des applications à d’autres disciplines scientifiques, les mathématiques que je pratique, sans conduire à des applications directes, ont le plus souvent un fort lien avec la physique, que ce soit par les modèles étudiés ou par les questions posées. Comme je ne vois pas de frontière claire entre les mathématiques dites appliquées et les mathématiques dites fondamentales, elles se trouvent donc probablement quelque part à l’interface entre les deux !

Isabelle Gallagher est professeure à l’université Paris Diderot et à l’École Normale Supérieure de Paris. Elle est membre du Département de mathématiques et applications (DMA - CNRS & ENS Paris).

© Cyril Frésillon / CNRS Photothèque

Site d’ICIAM2019