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Lien entre prise de graisse et vieillissement : de nouvelles pistes contre l’obésité

21 octobre 2019

Dans le cadre d’une collaboration internationale portée par l’Institut Karolinska (Stockholm) et l’Institut Camille Jordan (ICJ, CNRS / Lyon1 / Lyon2 / INSA / ECL), des scientifiques ont suivi des individus sur près de 16 ans et ont notamment montré le lien entre prise de graisse et vieillissement.

L’obésité est un enjeu socioéconomique majeur dans de nombreux pays. Bien que les apports caloriques élevés et le faible niveau d’activité aient un impact conséquent, d’autres facteurs contribuent à l’excès de masse grasse. Dans le cadre d’une collaboration entre l’Institut Karolinska (Stockholm) et l’Institut Camille Jordan (ICJ, CNRS / Lyon1 / Lyon2 / INSA / ECL), des scientifiques avaient montré précédemment que la rapidité à laquelle nous renouvelons (stockage/déstockage) les lipides dans les tissus adipeux contribuait à l’obésité. Cependant, ces études étaient transversales, ce qui ne permettait pas d’étudier des changements potentiels dans les taux de stockage/déstockage durant le vieillissement ou après un changement de poids important. En suivant des individus pendant une durée pouvant aller jusqu’à 16 ans, et en mesurant les niveaux de Carbone 14 dans les lipides du tissu adipeux , les scientifiques ont pu déterminer que les taux de déstockage des lipides du tissu adipeux décroît avec l’âge chez les humains. Ceci établit le renouvellement des lipides comme un facteur de gain de poids pendant le vieillissement chez l’humain. L’équipe de recherche a également suivi une cohorte ayant subi une chirurgie bariatrique, c’est-à-dire consistant à restreindre l’absorption des aliments, dans laquelle certains individus gardent un poids stable cinq ans post-opération. De façon surprenante, leurs données indiquent que la perte de poids à long-terme après chirurgie bariatrique est prédite par un taux de renouvellement de lipides pré-opération plus lent. Ce résultat pourrait être expliqué par le fait que les individus avec un taux de renouvellement de lipides pré-opération plus lent ont plus de latitude pour ajuster et accroître leur taux de renouvellement. Ensemble, ces résultats identifient le renouvellement des lipides du tissu adipeux comme une nouvelle cible thérapeutique. Des thérapies ou des changements d’habitude de vie pourraient contrecarrer la diminution à long terme des taux de renouvellement de lipides. Il pourraient également atténuer le gain de poids dans les populations vieillissantes et améliorer le résultats des chirurgies visant la perte de poids. L’obésité étant un problème mondial, et les maladies liées à l’obésité étant en plein essor, une meilleure compréhension de la dynamique des lipides et de la régulation de la masse grasse chez l’humain est plus pertinente que jamais.

Dans cette collaboration, l’Institut Camille Jordan a contribué à l’analyse des données et à la modélisation mathématique du renouvellement des lipides. En particulier, il a travaillé sur l’estimation des taux de renouvellement à partir de données d’incorporation du carbone 14 atmosphérique dans la chaîne alimentaire, et à la modélisation de l’impact de la perte de poids sur ces taux de renouvellement.

Référence : Adipose lipid turnover and long term changes in body weight, Nature Medicine, 2019, 9 septembre 2019. DOI : 10.1038/s41591-019-0565-5

Contact Samuel Bernard est chargé de recherches au CNRS. Il est membre de l’institut Camille Jordan (ICJ - CNRS, Ecole centrale de Lyon, INSA de Lyon, Université Claude Bernard & Université Jean Monnet) et membre de l’équipe Inria Team Dracula.