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Interview de jeune chercheur

27 mars 2020

Interview d’Eric Vernier, recruté au CNRS en 2019.

Quel est ton domaine de recherche ?

Je travaille à l’interface entre la physique statistique, ma formation d’origine, et les probabilités. Les recoupements entre les deux approches sont extrêmement nombreux, et mes recherches portent plus particulièrement sur les modèles dits "intégrables", pour lesquels on peut développer des solutions exactes et accéder analytiquement à un grand nombre de propriétés physiques tant à l’équilibre qu’hors-équilibre. L’étude de ces modèles a par ailleurs de nombreuses connections avec d’autres branches des mathématiques, comme l’algèbre ou la topologie.

Qu’as-tu fait avant d’entrer au CNRS ?

J’ai suivi une formation de physique, avec notamment une thèse à Paris qui portait sur la limite continue de modèles de physique statistique en lien avec les théories conformes, notamment non-compactes, puis deux postdocs, d’abord à Trieste en Italie, où j’ai commencé à m’intéresser aux propriétés hors-équilibre des systèmes intégrables, puis à Oxford au Royaume-Uni.

Qu’attends-tu du métier de mathématicien ?

Le poste sur lequel j’ai été recruté est un poste "croisé", qui permet à des physicien.ne.s d’intégrer un laboratoire de maths, et réciproquement. Je vis ce changement d’environnement comme une grande chance, car les deux disciplines ont énormément d’intérêts communs et il existe beaucoup de méthodes ou problématiques très familières d’un côté et complètement inconnues de l’autre, qui gagneraient à être partagées. Une des choses que j’attends du métier de mathématicien est qu’il m’aide à maintenir ma curiosité en éveil pour aller chercher des choses intéressantes dans les deux disciplines.
En arrivant dans un laboratoire de mathématiques je m’attendais à un certain "coût d’entrée", notamment au niveau du langage à apprendre, mais je dois dire que j’ai été très surpris et émerveillé, en assistant à mes premiers séminaires, par la proximité non seulement des objets, mais aussi du langage, avec ce à quoi j’étais habitué. Par rapport à la physique, la tendance en mathématiques me semble être de partir de choses "plus simples" pour aller "plus loin", ce qui me semble à la fois sain et stimulant, et j’espère que c’est une façon de penser qui va aussi influencer mon rapport à mes propres thématiques de recherche.
Last, but not least, il sera sûrement bientôt temps pour moi d’essayer de travailler avec des plus jeunes, thésard.e.s ou postdocs, et je m’enthousiasme beaucoup (même ça a quelquechose d’intimidant) pour tout ce que ça représente comme enjeux scientifiques, mais aussi humains et politiques.

Qu’est-ce qui t’a amené à faire des mathématiques ?

Ce serait mentir que de répondre "une passion d’enfance". Je n’ai pas spécialement grandi dans un environnement scientifique, et je me souviens, en 3ème, d’avoir déséspéré mon père qui s’échinait à me faire comprendre les systèmes d’équations du 1er degré. Le déclic est venu un peu plus tard, mais je pense que j’ai avant tout été attiré par le côté créatif, contemplatif, et très libre de la résolution de problèmes.

Pourquoi le CNRS ?

… parce que je ne vois pas de meilleures conditions pour faire de la recherche. Comme j’ai pu le constater au cours de mes différents postdocs nos voisins européens ne s’y trompent d’ailleurs pas, et beaucoup nous envient ce statut. A ce titre je me considère extrêmement chanceux, et trouverais inquiétant pour l’avenir de la recherche que de tels postes deviennent l’exception plutôt que la règle.

Eric Vernier est chargé de recherche au CNRS, affecté au laboratoire de probabilités, statistiques et modélisations (LPSM - CNRS, Université de Paris, Sorbonne Université).