CNRS Innovation

Partenariats, création d'entreprises, brevets, licences, événement... Retrouvez tous les mois les dernières actualités de la valorisation et de l'innovation au CNRS.

Spécial Innovatives SHS

Un jeu sérieux pour mieux comprendre la propagation des épidémies

Grâce à MicMac, il est désormais possible de tester les conséquences des comportements individuels sur la propagation d'une maladie entre des villes reliées par voie aérienne. Ce jeu sérieux, développé par le laboratoire Géographie-cités1, a pour objectif principal de révéler à chacun l'impact de ses propres choix sur la diffusion d’une épidémie.

MicMac est un jeu sérieux qui permet de tester des scénarios de propagation d'une épidémie. Mais il n'est pas destiné aux autorités sanitaires ni aux gouvernements : son but est de sensibiliser les individus aux mécanismes de diffusion d'une maladie à travers le monde. Il fait en particulier le lien entre des comportements individuels et des phénomènes planétaires. En effet, décider de prendre un avion alors qu’on est malade, ou rejoindre une destination de vacances située dans une zone à risque, sont des comportements individuels et locaux mais dont l’impact est global. C'est ce que pourront toucher du doigt les utilisateurs de MicMac, en mesurant la complexité du phénomène épidémique dans un monde interconnecté et les effets de décisions individuelles ou collectives, pour tenter de contrer la propagation de la maladie.

Le système simule un réseau de villes interconnectées par voie aérienne et la manière dont une maladie peut s'y propager. L'originalité de MicMac (Micro Macro) est d'être capable de modéliser simultanément des phénomènes au niveau des individus et à l'échelle de la population d'une grande ville. « Cet aspect multi-échelle est caractéristique de la modélisation d'un système complexe, la principale difficulté étant de coupler de manière cohérente la modélisation à différentes échelles », précise Arnaud Banos, chercheur au laboratoire Géographie-cités1.

Le développement d'un modèle hybride, micro et macro, est au cœur du projet. D'un côté, le modèle SIR (Susceptible-Infected-Recovered), utilisé en épidémiologie, traite une population – par exemple celle d'une grande ville - comme un ensemble homogène dont l'évolution par rapport à la maladie peut être calculée au moyen d’équations différentielles. De l'autre, les « agents » - des individus – sont considérés individuellement et leur comportement est décrit par des règles. Le travail de fond effectué dans le projet MicMac est d'avoir réussi à coupler ces modèles reposant sur des formalismes différents, et à assurer la cohérence de l’ensemble dans l'espace et le temps, en reliant les voyages des individus à la propagation de la maladie au sein de la population d'une ville.

Aujourd'hui MicMac est un prototype opérationnel de jeu sérieux, qui comprend des cartes, des modèles de populations de grandes villes et des simulations de voyages aériens. L'enjeu, pour le joueur, est de répondre à une double question : pour tenter d'empêcher la propagation d'une épidémie, quelles mesures prendre et avec quelles conséquences ? Différents scénarios sont activables, comme celui, par exemple, de la mise en quarantaine d'une ville touchée par l'épidémie. « C'est une stratégie vieille comme le monde, mais la simulation met en évidence qu'elle est aujourd'hui difficilement applicable dans un monde interconnecté », remarque Arnaud Banos. Le joueur pourra aussi tester les conséquences économiques de la mesure prise contre l'épidémie.

Le jeu propose également des scénarios de comportements individuels, comme le port d’un masque pendant le trajet en avion, l'annulation de son voyage ou le changement de destination. Ce qui met en lumière les effets parfois contre-intuitifs d'une décision : les changements de destination peuvent accentuer le risque de propagation, quand des voyageurs sont infectés sans en être conscients. « L'important est que chacun puisse expérimenter, car c'est en étant personnellement sensibilisé que l'on pourra ensuite mieux accepter d'éventuelles recommandations ou injonctions venues d'en haut », assure Arnaud Banos.

Sa vocation étant d’être facilement accessible, MicMac ambitionne de devenir un site web. Les chercheurs envisagent pour cela de travailler avec des professionnels du jeu sérieux. En parallèle, le système doit encore s'enrichir, et prendre en compte des voyages plus complexes, comportant des transits et des arrêts. Mais aussi des comportements d'imitation, dont l'impact peut-être déterminant via les réseaux sociaux.

 

1 CNRS/Université Paris-Diderot/Université Panthéon-Sorbonne.

 

Contact :

Arnaud Banos / Géographie Cités / arnaud.banos@parisgeo.cnrs.fr