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Un simulateur pour évaluer les politiques publiques de transports et d'urbanisme

Simbad (simulation des mobilités pour une agglomération durable) est un modèle de simulation des interactions entre transports et urbanisme à l'échelle d'une grande ville et de ses espaces périurbains. Mis au point par le Laboratoire aménagement, économie, transport1, il évalue les conséquences environnementales, économiques et sociales des politiques publiques.

Quelles sont les émissions de CO2 liées aux déplacements d'un ménage, compte-tenu de la localisation de son logement et de ses activités ? Quel serait l'impact d'un urbanisme plus compact ou plus étalé sur le coût de la mobilité de différentes catégories de ménages ? Quelle probabilité un ouvrier a-t-il de trouver du travail à moins de trente minutes de son domicile ? Avoir des réponses chiffrées à ce type de questions permettrait d'évaluer des politiques publiques de la ville avant leur mise en place. C'est ce que propose Simbad (simulation des mobilités pour une agglomération durable), une plateforme de modélisation des interactions entre transports et urbanisme, développée au sein du Laboratoire aménagement, économie, transport1 (LAET).

Fruit de douze ans de recherche, Simbad est aujourd'hui un outil opérationnel, déployé sur l'agglomération lyonnaise. « Dès le départ, Simbad avait un double objectif : créer un outil d'aide à la décision pour les acteurs territoriaux, mais aussi disposer d'une plateforme pour intégrer de multiples projets de recherche, tels que la modélisation des réseaux de transports, la représentation de la localisation des ménages et des activités économiques, etc. », rappelle Jean-Pierre Nicolas, chercheur au LAET.

Simbad intègre des modules qui prennent en compte l'ensemble des trafics d’une agglomération et leurs conséquences sur les trois dimensions du développement durable – environnementale, économique et sociale. Avec le modèle UrbanSim, développé aux Etats-Unis mais adapté au contexte français, la plateforme simule l'interaction entre la localisation des logements, des commerces, des entreprises, et les réseaux de transports (individuels ou collectifs). Le transport des marchandises – qui représente 15 à 20 % des kilomètres parcourus en ville – est pris en compte via le modèle FRETURB développé spécifiquement au LAET. Un module de simulation des comportements de mobilité individuels, par classes d'individus, a également été mis au point. Le tout alimente un module d'affectation des trafics routiers et de transports collectifs, pour évaluer leurs charges et les risques de congestion. Les modules sont enchaînés pour former une boucle, puisque les résultats obtenus sur le trafic des réseaux de transport alimentent à leur tour les logiques de localisation mises en œuvre par les ménages et les entreprises. En faisant tourner cette boucle année par année sur vingt-cinq ans, on obtient une évaluation de l'impact à long terme de choix ou d'hypothèses en matière d'urbanisme et de transports.

« La plateforme est en cours d'industrialisation, en collaboration avec la société ForCity. Il s'agit de l'optimiser, pour limiter les temps de calcul, et de simplifier ses procédures d'implémentation, afin de faciliter son utilisation par d'autres agglomérations », explique Jean-Pierre Nicolas. Au-delà des acteurs territoriaux, ce type d'outil pourrait se révéler utile entre les mains de bureaux d'études, d'agences d'urbanismes, voire de start-up spécialisées.

En parallèle, dans une perspective de valorisation des résultats du modèle, deux thèses ont été lancées sur l'exploitation des données fournies en sortie par Simbad. A partir de données fines sur les ménages (localisation, revenus, taille des familles...), elles visent à mesurer, selon différentes hypothèses d'urbanismes (ville compacte, étalée, multipolaire), les coûts de la mobilité et son impact sur l'environnement. Enfin, d’autres travaux s’intéressent aux conséquences des choix méthodologiques sur les résultats des simulations.

 

1 CNRS/Ecole nationale de travaux publics d’Etat/Université Lumière Lyon 2.

 

Contact :

Jean-Pierre Nicolas / Laboratoire aménagement, économie, transport / jean-pierre.nicolas@entpe.fr