CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique
Liens utiles CNRSLe CNRSAnnuairesMots-Clefs du CNRSAutres sites
Programmes interdisciplinaires
  Accueil CNRS > Liste des programmes interdisciplinaires > IngECOTech - Ingénierie écologique
INC | INEE |  INP | IN2P3 | INSB | INSHS | INSMI | INS2I | INSISINSU |

IngECOTech - Ingénierie écologique

 

 

Contexte institutionnel

Les problématiques d’environnement, d’adaptation aux changements globaux et du développement durable sous-tendent des axes stratégiques de la politique de recherche du CNRS et du CEMAGREF. Le document CNRS 2020 souligne la nécessité de faire interagir plus étroitement la recherche fondamentale et la recherche finalisée, de contribuer à l’élaboration de réponses aux défis touchant l’avenir de la planète (changement climatique, raréfaction des ressources, perte de biodiversité, pollution, risques pour la sécurité des personnes etc.) et de responsabiliser le chercheur vis-à-vis des attentes de la société. Le CNRS a créé dans cet esprit en novembre 2006 le Programme Interdisciplinaire de Recherche (PIR) Chimie pour le Développement Durable (CPDD) et en avril 2007 le PIR Ingénierie Ecologique (Ingeco). Ces deux programmes sont aujourd’hui jumelés dans le PIR « Ingecotech » afin de faciliter l’émergence d’une recherche plus intégrée sur les dimensions technologiques du développement durable et d’insérer chimie et écologie dans une Ecotechnologie plus systémique.

Dans son document « Cemagref 2020 », le Cemagref a réaffirmé son ambition de contribuer au développement d’une ingénierie écologique, objectif déjà affichée en 2004 dans le plan stratégique précédent. Il s’agit à la fois de mobiliser l’institut sur des problèmes d’environnements émergents et de développer des produits de recherche innovants et à forte composante méthodologique et technologique. L’action incitative interne ouverte sur cette thématique en 2004 rejoignant les objectifs du CNRS, les deux établissements ont décidé de conjuguer leurs efforts pour développer un programme commun.

 

Une définition de l’ingénierie écologique

L’ingénierie écologique est l’utilisation, le plus souvent in situ, parfois en conditions contrôlées, de populations, de communautés ou d’écosystèmes dans le but de modifier une ou plusieurs dynamiques biotiques ou physico-chimiques de l’environnement dans un sens réputé favorable à la société et compatible avec le maintien des équilibres écologiques et du potentiel adaptatif de l’environnement.

L’ingénierie écologique se déploie dans un champ scientifique et technique extrêmement diversifié, en évolution rapide, qui concerne une large gamme de problématiques relatives à l’environnement et au développement durable. Elle renvoie aux sciences et techniques de l’ingénieur mobilisées pour l’évaluation des ressources, pour la prévention des catastrophes naturelles et l’atténuation de leurs effets. Elle renvoie également aux modalités d’aménagement des territoires et d’organisation des activités économiques qui minimisent les impacts anthropiques sur l’environnement. Elle renvoie encore à la réhabilitation d’écosystèmes dégradés, à la réintroduction d’espèces, à la création de nouveaux écosystèmes durables ayant une valeur pour l’homme et pour la biosphère. Elle renvoie enfin à la manipulation in situ de systèmes écologiques et à la mise au point d’outils biologiques pour maximiser un service écosystémique ou pour résoudre des problèmes de pollution. Ce type d’utilisation du vivant par les sociétés pose des questions de fond tant en matière d’éthique, d’économie ou d’organisation sociale que d’écologie, de biologie ou de biogéochimie. L’ingénierie écologique est donc une problématique fondamentalement pluridisciplinaire et interdisciplinaire, qui abolit les frontières traditionnelles entre les sciences de l’homme et de la société et les sciences de la nature et qui relie la recherche fondamentale à la recherche appliquée.

 

Contexte social

Le PIR Ingénierie Ecologique (Ingeco) s‘inscrit dans une démarche engagée en 1995 par le Ministère de l’environnement avec son appel à projets « Recréer la nature », suivie par les réflexions proposées par le Comité Ingénierie des systèmes écologiques de l’Action concertée incitative du Ministère de la recherche « Ecologie quantitative » et le séminaire Ingénierie écologique du programme Environnement, vie et société du CNRS. Il est une des expressions de la priorité Environnement du CNRS et de la politique scientifique de l’Institut Ecologie Environnement du CNRS, qui rejoint les priorités du Cemagref et dont une des missions essentielles est la valorisation de la recherche en environnement et développement durable vers le monde socio-économique et vers la réflexion stratégique sur les nouvelles trajectoires de développement.

Le succès international actuel de l’ingénierie écologique s’explique par l’émergence de problèmes environnementaux locaux et globaux multiples, la crise de l’énergie, le mouvement culturel vers une réconciliation avec la nature et, surtout, l’évolution législative et réglementaire et la signature de protocoles et de conventions internationaux. On peut ainsi citer le “Clean Water Act” aux Etats-Unis, la Directive Cadre Européenne (DCE) sur la qualité écologique des eaux de surface et des eaux souterraines, le marché des droits d’émission de carbone en Europe, la nouvelle politique agricole commune, la mise en place de mécanismes compensatoires sur la biodiversité, le lancement en 2010 d’un mécanisme intergouvernemental, sur le modèle de l’International Panel on Climate Change, intitulé Intergovernmental Science-policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services.

La recherche en ingénierie écologique est aujourd’hui portée essentiellement par les communautés scientifiques anglo-saxonnes (aux Etats-Unis notamment où ont été mis en place dans les années 70 et 80 des mécanismes compensatoires sur les zones humides), mais également par celles d’Inde et de certains pays d’Europe du Nord. Son dynamisme international se manifeste à travers des revues de haut niveau parmi lesquelles il faut citer Ecological Engineering, Restoration Ecology, Ecological Restoration, Conservation Biology, et la constitution de sociétés scientifiques (ECRR – European Center for River Restoration par exemple). En France, il existe des compétences fondamentales et appliquées dans les laboratoires des universités et des organismes de recherche, mais la visibilité des communautés scientifiques vis-à-vis des gestionnaires de l’environnement doit être affirmée. Des initiatives sont ainsi prises par les acteurs de l’environnement dans certains pays pour faire émerger des structures non gouvernementales permettant de promouvoir la restauration écologique. C’est le cas du River Restoration Centre au Royaume Uni (http://www.therrc.co.uk/) ou du CIRF en Italie (Centre Italien de Restauration Fluviale).

La première phase du PIR Ingeco avait pour objectif général de repérer et de structurer une communauté scientifique capable d’anticiper sur une nouvelle demande forte de recherche et sur l’ouverture de nouvelles activités économiques suite à la mise en place d’un contexte législatif et réglementaire porteur en France et en Europe. L’enjeu était de signaler une nouvelle légitimité sociale de la recherche, de faire bénéficier le système de recherche de nouvelles sources de financements, de valoriser concrètement les résultats de la recherche fondamentale, de mettre les doctorants et post-doctorants de nos laboratoires en situation de profiter d’un marché de l’emploi en émergence. Trois appels d’offres successifs ont permis de financer 60 projets de recherche et de soutenir trois réseaux d’ampleur nationale : le Groupe d’Application de l’Ingénierie des Ecosystèmes (GAIE), le Réseau d’Echanges et de Valorisation en Ecologie de la Conservation (REVER), l’Association française de génie biologique pour le contrôle de l’érosion des sols (AGéBio). Un colloque de mi-parcours (31 mars et 1er avril 2009) a permis de mesurer l’avancement du PIR Ingeco et d’établir un premier bilan des orientations à prendre.

 

Objectifs du PIR Ingénierie écologique 2010-2012

Les conclusions du colloque de mi-parcours et les travaux du Conseil Scientifique du PIR Ingeco ont permis de dégager les attendus de la phase 2010-2012 :

  1. L’affirmation du centrage de l’ingénierie écologique sur le vivant, comme finalité et surtout comme outil. Le vivant, appréhendé aux échelles de la communauté d’espèces et de l’écosystème, est conçu comme un moyen de restauration de milieux, de gestion de services écologiques, de conception d’écosystèmes nouveaux. L’ingénierie écologique est conçue comme une biotechnologie des systèmes écologiques, dont les dimensions éthiques, sociales et économiques doivent encore être précisées.
  2. L’évolution par rapport aux pionniers de la biologie de la conservation et de l’écologie de la restauration par un élargissement de l’ingénierie écologique à une ingénierie des services écosystémiques. L’objectif est de compléter une culture de la réparation par une culture de la re-création ou de la création, ce qui suppose un effort d’amélioration des bases conceptuelles de l’ingénierie écologique. Dans cette perspective d’élargissement du domaine d’Ingéco, le concept de bio-mimétisme que ce soit dans l’architecture, la technologie ou la chimie écologique pourrait se révéler très fructueux (lien avec le programme Chimie pour le développement durable) et permettre d’innover dans le domaine de l’écoconception en général. Le passage d’une intervention sur les objets (habitats) à une intervention sur les processus eux-mêmes à l’origine d’écosystèmes plus durables constitue également un changement de paradigme qui ouvre de nouveaux questionnements, aussi bien conceptuels et théoriques qu’éthiques. Tous les processus gérés ne sont pas durables et favorables et les trajectoires écosystémiques qu’ils vont imposer doivent être mieux comprises.
  3. Le montage de projets qui relèvent véritablement d’une approche intégrée, c’est-à-dire capables de replacer les objectifs et les approches pluridisciplinaires des projets d’ingénierie écologique, nécessairement multi-processus, multi-objectifs, multi-échelles et à long terme, dans le contexte de l’écosystème et du sociosystème. Cela s’est peu fait jusqu’à présent, aussi bien en ingénierie opérationnelle qu’en recherche (y compris dans le PIR Ingeco).
  4. L’adossement plus fort des projets de recherche à la démonstration ou à l’action. Il s’agit, d’une part, d’intensifier les allers et retours entre recherche et développement, condition du développement de l’ingénierie écologique opérationnelle comme de l’ingénierie écologique théorique et, d’autre part, de mieux insérer l’ingénierie écologique dans le vaste domaine des écotechnologies. L’adossement des projets de recherche à des opérations concrètes permettrait aussi de favoriser les questionnements des sciences de l’homme et de la société et l’intégration des chercheurs de ces disciplines à la démarche d’ingénierie écologique.
  5. Le développement des recherches dans le domaine de la sociologie, de l’économie et de la philosophie. Il y a véritablement une explosion de la demande sociale d’ingénierie écologique qui ne sera pas satisfaite si l’interface avec la société n’est pas assurée, quelle que soit la qualité de la science. Peu de travaux sont encore menés sur les lois, les normes, les taxes, les modalités d’appropriation, les mécanismes compensatoires, etc., Or, tous ces aspects offrent de nombreuses opportunités pour développer la recherche dans les domaines du droit, de l’économie, de l’éthique et des sciences de la gestion autour de l’ingénierie écologique.
  6. La meilleure diffusion des principes de l’écologie et de l’ingénierie écologique dans les milieux de la technologie, de l’architecture, de l’urbanisme et de l’ingénierie technique. Le jumelage avec le PIR Chimie pour le Développement Durable offre notamment l’opportunité de promouvoir des projets situés à l’interface entre chimie, toxicologie et écotoxicologie et d’aborder l’utilisation des matières premières renouvelables (y compris les déchets) dans une démarche écosystémique. D’une manière générale, l’enjeu est de donner tout son sens au concept d’éco-conception, ce qui devrait aider à créer un lien théorique et opérationnel entre les ingénieurs écologues et les technologues. Dans cette perspective, le rôle des réseaux qui, entre autres, connectent les chercheurs aux praticiens, devrait être renforcé.
  7. Le renforcement des recherches sur les savoirs locaux afin de valider certaines approches d’ingénierie écologique et de favoriser l’innovation conceptuelle et pratique en ingénierie écologique. Les savoirs locaux et leur mise en oeuvre dans le cadre de systèmes complexes (ex : agroécosystèmes, paysages à grande valeur pour la biodiversité) constituent en soi des modèles d’ingénierie écologique alliant processus écologique, sociaux et techniques. Ces dynamiques restent pour beaucoup encore très mal comprises.

 

Types de projets éligibles pendant la phase 2010-2012

Le programme interdisciplinaire Ingénierie Ecologique est ouvert à l’ensemble des personnels rattachés à des unités de recherche liées au CNRS ou au Cemagref. Il a pour objectif

  • de favoriser la recherche et l’innovation amont en ingénierie écologique,
  • de renforcer les liens entre la recherche en écologie et sciences de l’environnement et les pratiques d’ingénierie écologique,
  • de structurer une communauté scientifique en ingénierie écologique.

Le programme s’adresse donc à des chercheurs et à des groupes de chercheurs souhaitant s’impliquer dans des démarches interdisciplinaires autour de projets à risques, très innovants sur le plan conceptuel et-ou appliqué, ce que ne permettent pas toujours les programmes de recherche finalisés proposés par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) ou les ministères opérationnels (type Environnement ou Agriculture). Il doit permettre aussi de cadrer des approches plus intégrées de gestion et de pilotage de l’environnement et de ses ressources, d’en tester la faisabilité, en vue de la préparation et de la soumission ultérieure de projets plus volumineux aux institutions nationales, européennes et internationales de financement de la recherche.

Le programme soutiendra en priorité des projets de recherche sur des problématiques ciblées, faisant appel à la pluridisciplinarité et à l’interdisciplinarité, ouvrant la voie à des applications à court ou moyen terme en ingénierie écologique opérationnelle, adossés si possible à des opérations concrètes de restauration, de mise en valeur ou d’aménagement de l’environnement. Le programme souhaite, dans ce cadre, favoriser l’émergence d’équipes positionnées aux interfaces des sciences de l'environnement durable, de la chimie, de la biologie, de l’écologie, de l'information, de l'ingénierie, de l’économie, de la sociologie, de l’anthropologie, du droit, etc., qui prennent le risque d’explorer d’autres domaines scientifiques, de dialoguer avec d’autres cultures (technique, économique, gestionnaire, etc.), et répondant à un ou plusieurs des attendus décrits ci dessus.

Plus d'information dans le texte de l'appel d'offres (pdf)

 

Barre d'outils Imprimer Accueil Contact Crédits