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Combattre les odeurs corporelles avec des anticorps en plastique

Cause principale des mauvaises odeurs corporelles, les acides organiques volatiles proviennent de la dégradation de précurseurs inodores par les bactéries résidant sur la peau. Les déodorants à base de sels d’aluminium ou autres antibactériens, proposés par les industries cosmétiques, limitent la prolifération des bactéries mais peuvent, à terme, perturber la microflore de la peau. Des chercheurs du laboratoire Génie enzymatique et cellulaire1, ont, en collaboration avec l’Oréal, élaboré une solution plus saine basée sur l’utilisation « d’anticorps en plastique » piégeant les précurseurs inodores et enrayant leur transformation en molécules puantes.

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Alors que la sueur fraîchement sécrétée est inodore, c’est l’action des bactéries, naturellement présentes sur la peau et dégradant certaines molécules en acides malodorants, qui génère les odeurs corporelles incommodantes.

Pour les combattre, les industries cosmétiques utilisent des parfums associés à des antibactériens à spectre large (triclosan, chlorhexidine, etc.) ou des antiperspirants, tels que les sels d’aluminium bloquant les canaux des glandes sudorales et empêchant la transpiration. Mais aucun de ces produits n’est vraiment idéal. L’utilisation répétée de bactéricides peut irriter la peau et perturber les microorganismes de la flore cutanée, barrière de défense naturelle contre les agents pathogènes. A la longue, ceci peut déboucher sur l’apparition de bactéries résistantes.

Dans le même temps, l’industrie cosmétique subit une pression toujours plus importante en faveur de déodorants dépourvus de sels d’aluminium. Bien que leurs possibles effets néfastes ne soient pas scientifiquement prouvés, ces molécules ont ces dernières années acquis une mauvaise réputation (toxicité, cause de cancer, etc.) et restent préoccupantes pour la santé et l’environnement. Leur suppression est massivement demandée par les consommateurs et relayée dans les médias et sur le web.

C’est là que les « anticorps en plastique » élaborés par les chercheurs du laboratoire Génie enzymatique et cellulaire1 entrent en jeu : ces polymères à empreintes moléculaires (MIPs) offrent une alternative plus saine. Récepteurs synthétiques munis de cavités, ils reconnaissent et adsorbent spécifiquement une molécule cible, « l’antigène ».

Fabriqués à l'échelle moléculaire par un procédé de moulage du polymère autour de la molécule cible, ces matériaux bio-inspirés et biomimétiques comportent une affinité et une spécificité comparables à celles des anticorps naturels.

En collaboration avec le groupe industriel français L’Oréal, leader mondial de l’industrie cosmétique, les chercheurs ont pour la première fois incorporé des MIPs dans une formulation cosmétique. Ils les ont utilisés comme principe actif afin de piéger sélectivement les précurseurs d’odeurs de sueur humaine. Devenus indisponibles, ces derniers ne génèrent plus d’odeurs désagréables.

Peu coûteux et stables, les MIPs possèdent également l’avantage, non négligeable pour des industriels cosmétiques, d’être très faciles et rapides à synthétiser. Quelques travaux préliminaires réalisés au laboratoire et leurs résultats encourageants laissent d’ores et déjà espérer une application et une commercialisation de ces polymères en dehors de leur traditionnelle utilisation en chimie et biochimie analytique. L’élaboration de meilleurs déodorants, ne perturbant pas l’écosystème de la peau, n’est pas loin.

 

1 CNRS/Université de technologie de Compiègne.

 

Contacts :

Bernadette Tse Sum Bui / Unité Génie enzymatique et cellulaire / jeanne.tse-sum-bui@utc.fr

Karsten Haupt / Unité Génie enzymatique et cellulaire / karsten.haupt@utc.fr