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Stratégie

Première rencontre des structures communes de recherche CNRS/entreprises

Forme de partenariat couramment utilisée, les structures communes de recherche CNRS/entreprises restaient pourtant jusqu’à peu mal connues. Une enquête inédite lancée par le CNRS en début d’année 2016 a rendu ses premiers résultats. Présentés le 14 juin lors d’une matinée spéciale au siège du CNRS à Paris, ils ont révélé la grande flexibilité et diversité des structures existantes : de l’unité mixte de recherche aux laboratoires communs, toutes créent un cadre favorable au développement d’un partenariat privilégié. Que tous les directeurs de structures et partenaires industriels appelés à témoigner n’ont pas manqué de souligner.

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« Développées massivement depuis les années 80, les structures communes de recherche CNRS/entreprises se distinguent des partenariats traditionnels par leur programme de recherche, qui dépasse le simple projet à court terme et comprend des objectifs régulièrement actualisés », annonce Nicolas Castoldi, délégué général à la valorisation du CNRS, en préambule de la matinée de rencontre. « Outil bien plus ancien qu’il n’y paraît, ces structures communes de recherche sont systématiquement mentionnées dans les rapports ministériels, qui, tout en les saluant, regrettent pourtant l’absence de données précises les concernant. » Car c’est bien là que se situe le point névralgique : jusqu’à récemment, les structures communes de recherche CNRS/entreprises n’avaient fait l’objet d’aucun suivi particulier. L’unique enquête menée en 2009-2010 par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche faisait état de 55 structures communes de recherche dites de rang 1, à l’échelle nationale. En 2014, une enquête interne avait recensé 103 structures communes impliquant six des dix instituts du CNRS. Mais le taux de réponse était resté relativement faible (environ 50%).

Il était donc grand temps de donner à ces formes de partenariat le coup de projecteur qu’elles méritaient et de lancer début 2016 une vaste enquête nationale. Les chiffres recueillis et présentés ce jour sont éloquents : au nombre de 126, les structures communes de recherche CNRS /entreprises comprennent 16 unités mixte de recherche CNRS/entreprise, dont 15 avec une grande entreprise et 4 internationales, et 110 laboratoires communs, dont 51 avec une grande entreprise. Ce qui représente plus de 20% d’augmentation par rapport à 2014. Et le double par rapport à 2009. Véritables viviers d’emplois, elles réunissent 1609 ETP1 (58% académiques et 42% entreprises) et leur investissement total est de 197 millions d’euros.

 

Des structures communes de recherche d’une grande variété

Derrière ces appellations se cachent pourtant des réalités très différentes. Se confondant avec une unité mixte classique, l’unité mixte de recherche CNRS/entreprise dispose de locaux identifiés et partagés – ceux de l’entreprise dans deux tiers des cas - et s’instaure par convention pour une durée de cinq ans. Placée sous la responsabilité conjointe du CNRS, du partenaire académique et de l’entreprise partenaire, elle intègre à sa tête un directeur d’unité nommé d’un commun accord par les tutelles.

Etabli par convention reconductible d’au moins quatre ans, le laboratoire commun représente quant à lui une forme plus souple de partenariat, très appréciée des entreprises, et qui ne requiert pas nécessairement de locaux ou d’équipe permanente clairement identifiés. C’est aujourd’hui le cas pour plus de la moitié des laboratoires communs recensés. Articulé autour d’une gouvernance et d’un programme de recherche communs, il comprend également des règles de valorisation des recherches et un partage de la propriété intellectuelle pré-définis. « Ces structures ne reposent pas sur une forme dogmatique. La démarche y est féconde : secteur par secteur, discipline par discipline, des relations durables se construisent », complète Nicolas Castoldi. Aujourd’hui, aussi bien PME, ETI (46,3%) que grandes entreprises (53,7%) le plébiscitent. 31,5% des laboratoires communs sont par ailleurs des laboratoires communs avec des PME issus du programme de l’Agence nationale de la recherche (LabCom ANR).

Les thématiques majoritairement développées concernent l’ingénierie des systèmes (36%) et la chimie (30%). Indéniable terreau de productions scientifiques et technologiques, les structures communes recherche CNRS/entreprise ont, en 2015, mené 361 projets communs financés par l’ANR, l’Union européenne, le Fonds unique interministériel, etc. 1070 publications scientifiques ont été acceptées (près de 25 publications en moyenne par unité mixte de recherche, 9 par laboratoire commun et une par LabCom ANR) et 81 brevets déposés (2 brevets déposés en moyenne par unité mixte de recherche, et moins d’un par laboratoire commun et LabCom ANR).

 

Un cadre privilégié de partenariat

Qu’elles soient opérées avec une PME locale ou une grande entreprise nationale, ces structures représentent, pour tous les témoins2 se succédant à la tribune, une des formes les plus abouties de partenariat. « Ce qui nous anime, c’est la confiance entre nos équipes et l’envie de travailler ensemble », commente Jean-Paul Chabard, Directeur Scientifique EDF R&D, qui revient sur les 16 laboratoires communs EDF, dont les deux tiers créés avec le CNRS. Pour Guillaume Saint-Girons, Directeur du laboratoire commun entre la société RIBER, leader mondial de la fabrication de réacteurs d’épitaxie par jets moléculaires, et l'Institut des nanotechnologies de Lyon3, le partenariat coulait de source. « Au départ, l’Institut des nanotechnologies de Lyon était un client régulier de RIBER. A force de nous côtoyer, nous avons mis en place une collaboration avec un échange de bons procédés. »

Continuer à innover sur des domaines scientifiques clés, explorer de nouveaux territoires, livrer de la valeur, les bénéfices réciproques ne manquent pas. Pour François Creuzet, Directeur scientifique de Saint-Gobain Recherche, « le potentiel du LINK4 - l’unité mixte internationale montée au Japon avec le CNRS – est finalement bien plus large que les projets identifiés au départ. » Ce que confirme Frédéric Nguyen Van Dau, Directeur de l’unité mixte de physique CNRS/Thales : « Grâce aux synergies avec les chercheurs académiques, de nouveaux thèmes de recherche ont vu le jour chez Thales. » Anca Melania Stratulat, Ingénieure de recherche Groupe PSA, et Bernard Sahut, Responsable du StelLab5, l’attestent : « le partenariat noué avec les laboratoires CNRS nous a permis de mieux structurer notre recherche et d’élargir le champ de nos applications, comme le véhicule autonome ou le confort dans l’habitacle. » 19 Openlab ont ainsi été mis en place avec le Groupe PSA, dont 12 en France. « Des structures comme les laboratoires communs peuvent apporter beaucoup de souplesse à nos ETI et PME », rapporte de son côté Christophe Derail, Directeur du LabCom ANR LERAM (URGO/Institut des sciences analytiques et de physico-chimie pour l’environnement et les matériaux6). Pierre Guillot, Directeur du Laboratoire du futur (CNRS/Solvay), souligne que la structure commune de recherche CNRS/entreprises est également « un moyen d’attirer des talents souhaitant développer leurs recherches sur des thématiques pertinentes pour l’industrie. C’est aussi un lieu de formation pour de jeunes chercheurs, capables d’y monter en compétences, et pour des chercheurs de Solvay, une façon de se confronter à la recherche académique. » Pour Christophe Vieu, Directeur du Labcom ANR Biosoft (Innopsys/LAAS7), le constat est sans équivoque : « Travailler avec un industriel apporte beaucoup de valeur ajoutée. Aujourd’hui, je ne peux plus m’en passer. Je ne pourrais pas envisager mes recherches en dehors du laboratoire commun.»

Une fois de plus, cette première matinée de rencontres démontre, si besoin en était encore, qu’il n’y a pas de fossé entre le monde académique et le monde industriel. De typologie très variable, une structure commune de recherche repose nécessairement sur une relation de confiance. « Ce sont avant tout des relations d’Homme à Homme, qui s’entendent sur l’expertise développée et les questions de confidentialité », remarque Philippe Lebaron, vice-président LabCom de l’ANR et à l’origine du Laboratoire commun entre Pierre Fabre et le Laboratoire de biodiversité et biotechnologies microbiennes8. « Les relations existent depuis longtemps et sont fécondes. A nous de travailler pour faire connaître davantage la diversité de cet usage auprès de nos laboratoires et les accompagner dans la création de nouvelles structures », conclut Nicolas Castoldi. Et atteindre l’objectif raisonnable de progression de 25% d’ici deux ans.

 

1 Equivalent temps plein.

2 Retrouver tous les témoignages sur la Wikiradio du CNRS.

3 Institut des nanotechnologies de Lyon (CNRS/Ecole centrale de Lyon/ESCPE Lyon/INSA Lyon/Université Claude Bernard)

4 Laboratory for innovative key materials and structures.

5 Réseau international des partenariats scientifiques du Groupe PSA.

6 Institut des sciences analytiques et de physico-chimie pour l’environnement et les matériaux (CNRS/Université Pau Pays de l’Adour)

7 Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes du CNRS.

8 Laboratoire de biodiversité et biotechnologies microbiennes (CNRS/UPMC).

 

Article rédigé par Véronique Meder.

 

Contact :

Karine Wecker-Blanda / Direction de la communication du CNRS / karine.wecker-blanda@cnrs-dir.fr