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Les Labcom ANR : des structures communes de recherche laboratoires / PME-ETI : des modes de partenariat en fort développement et un pari souvent gagnant-gagnant

Initié en 2013, le programme Labcom de l’Agence nationale pour la recherche (ANR) est un laboratoire expérimental. Il a permis de donner une véritable impulsion au développement des laboratoires communs dédiés aux PME et ETI, et au sein desquels les modes de gouvernance sont volontairement très ouverts. A la fin 2016, 100 Labcom ANR auront été créés sous l’impulsion de ce premier programme, en apportant un soutien financier aux partenaires académiques pour une période de trois ans

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Toutes les thématiques sont représentées : la chimie et les matériaux sont majoritaires avec un peu plus de 30% des Labcom sélectionnés. Viennent ensuite la biologie-santé (23%), l’environnement (17%), le numérique (12%), les énergies durables (8%) et enfin les SHS (3%). L’industrie manufacturière couvre 50% des projets sélectionnés contre 20% pour la R&D et l’ingénierie, et 10% pour les TIC et le commerce. L’agriculture et les services représentent moins de 5% chacun.

Ces labcom ANR présentent une typologie très variée et leur évaluation devrait permettre de tirer des enseignements très utiles sur la manière de construire ces partenariats et surtout sur leur capacité à être pérennisés. La pérennisation est un réel enjeu et critère de réussite : le Labcom doit rapidement trouver les moyens de s’autofinancer via une prise en charge progressive de ses coûts de fonctionnement par le partenaire privé. D’ores et déjà, il apparaît que trois ans ne suffisent pas pour qu’un Labcom puisse bénéficier d’un retour sur investissement. Le « time to market » est en effet très variable et peut être supérieur à trois ans selon les domaines d’activité et la maturité initiale du projet.

Face au succès de ce programme et l’analyse des premiers retours d’expérience, le ministère pourrait renouveler l’expérience et y apporter quelques évolutions pour mieux répondre aux problèmes de pérennisation parfois rencontrés au terme des trois années. Une aide financière complémentaire pourrait par exemple être apportée aux Labcom justifiant d’une expérience réussie, afin de parvenir à s’autofinancer, tout en incitant l’entreprise partenaire à y contribuer. Les arbitrages seront rendus prochainement.

Si les labcom se veulent incitatifs, ils sont, dans une large majorité des cas, issus d’une expérience de recherche collaborative qui permet aux partenaires d’apprendre à se connaître, à se comprendre, à se respecter et à se faire confiance, pour que les ingrédients d’un mariage réussi soient réunis. Ils reposent bien souvent sur des relations d’individu à individu. L’implication de la direction de l’entreprise est souvent un atout majeur dans la capacité du laboratoire commun à se développer et à se pérenniser, car il doit être un outil stratégique dans le développement de l’entreprise. C’est pour cette raison que ce dernier critère est très important dans la sélection des projets. Parmi ceux évalués à mi-parcours, il ressort que les plus belles expériences sont celles ou l’entreprise participe activement à l’animation du Labcom par le biais de rencontres et d’échanges très réguliers au sein d'un site dédié. Dans certains cas, entreprise et laboratoire découvrent la valeur ajoutée du Labcom et les activités dépassent rapidement ce qui était prévu initialement.

Si les Labcom ANR  ont pris un nouvel élan ces deux dernières années, il subsiste toutefois quelques freins à leur développement. Au premier plan : la complexité administrative liée à l’implication de plusieurs tutelles, du temps nécessaire à la négociation des accords de propriété intellectuelle, et à la longueur des circuits de signature. Ces difficultés, et surtout le manque de réactivité, sont souvent mal perçus par l’entreprise. Cela a été très souvent exprimé aussi bien par les partenaires privés impliqués dans les Labcom ANR que par les grands groupes (hors programme Labcom ANR).

Par ailleurs, il existe parfois encore des réticences au sein du monde académique, très attaché à son indépendance, alors que les Labcom ANR participent très souvent au renforcement et à la compétitivité des équipes académiques sur un site donné, et cela bien au-delà des unités ou équipes impliquées dans le partenariat. Cependant, on observe ces dernières années une évolution positive, notamment en lien avec la stratégie des organismes et des établissements, et leur volonté de promouvoir ces partenariats.

Malgré les difficultés mentionnées, les partenariats public/privé présentent dans l’ensemble un effet très positif sur les équipes de recherche et leur productivité scientifique. Notons que le partenariat avec une entreprise offre souvent de nouvelles opportunités de financement pour une équipe académique, notamment via les programmes du Fonds unique interministériel ou certains appels d’offres d’agences de financement de la recherche (programmes thématiques de l’ANR ou de l’Union européenne). Enfin, ces partenariats sont souvent un moyen de co-financer des équipements avec un effet de levier très important.

 

Philippe Lebaron,

Vice président du programme Labcom ANR

Responsable de l’équipe mixte de recherche CNRS/UPMC/Laboratoires Pierre Fabre

Laboratoire de biodiversité et biotechnologies microbiennes (CNRS/UPMC).