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Brevets et licences

Un test pour détecter la plupart des perturbateurs endocriniens

Une équipe du laboratoire Cibles thérapeutiques et conception de médicaments (CiTCoM)1 a mis au point le test hPlacentox, capable de détecter la présence de nombreuses classes de molécules qui ont des effets perturbateurs endocriniens.

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Les perturbateurs endocriniens sont des substances qui altèrent le fonctionnement du système hormonal et sont suspectées d'interférer avec des fonctions telles que la croissance, la reproduction, le développement du fœtus, le métabolisme (diabète) ou le système nerveux, et peuvent induire certains cancers. Ces molécules potentiellement nocives sont très diverses, et peuvent se trouver dans de nombreux produits industriels et commerciaux : produits chimiques, jouets, matériaux de contact alimentaire, cosmétiques, produits pharmaceutiques, additifs alimentaires, fertilisants, produits phytosanitaires, détergents, dispositifs médicaux, etc.

Des réglementations vont se mettre en place, en particulier au niveau européen, notamment en intégrant des exigences spécifiques aux perturbateurs endocriniens au sein des dispositifs existants, tel le règlement Reach sur les produits chimiques ou le règlement européen des cosmétiques. Mais pour les appliquer, il est indispensable de disposer de tests fiables permettant de les détecter.

Une équipe du laboratoire Cibles thérapeutiques et conception de médicaments a mis au point un test, qui détecte la présence de très nombreuses classes de perturbateurs endocriniens, à de très faibles concentrations. Le test hPlacentox est basé sur l'utilisation de modèles placentaires humains. Or, le placenta sécrète ou contrôle la majorité des hormones de la mère et du fœtus durant la grossesse. Un perturbateur endocrinien va donc nécessairement interagir avec le placenta pour initier ses effets délétères et ses modifications hormonales ''Ce test est l'aboutissement de plusieurs années de recherche sur les mécanismes de dégénérescence cellulaire et notamment sur les problèmes d'atrophie placentaire que l'on observe de plus en plus dans les services hospitaliers d'obstétrique'', indique Patrice Rat, chercheur au laboratoire CiTCoM. hPlacentox mesure à la fois des effets délétères, comme l’atrophie placentaire, associés aux grossesses à risque (prééclampsie, petit placenta… ), mais aussi différents effets hormonaux, permettant ainsi de répondre complètement aux critères de la définition européenne des perturbateurs endocriniens.

L'équipe a mis en évidence une nouvelle voie de signalisation qui permet de mieux comprendre le mécanisme d'action des perturbateurs endocriniens sur des cellules placentaires humaines. Les scientifiques ont montré le rôle clé joué par P2X72, un récepteur membranaire de dégénérescence cellulaire, et l’activation de voies intracellulaires passant par la mitochondrie et sa régulation stéroïdienne. Activé par un perturbateur endocrinien, P2X7 déclenche l'altération du système hormonal, pouvant conduire jusqu'à la dégénérescence des cellules placentaires et le déclenchement d’autres effets délétères à long terme. Ce même « processus membranaire » se produit, quelle que soit la structure chimique du perturbateur. C'est pourquoi le test hPlacentox, développé à partir de ces résultats, peut être utilisé pour détecter de très nombreuses classes de molécules potentiellement nocives3.

Le test hPlacentox, breveté, est engagé dans un processus de validation comme test de référence auprès de l'OCDE. Pour cette procédure longue, coûteuse et complexe, le laboratoire s'est appuyé sur la plateforme européenne publique-privée Pepper, dont l’objectif est de réaliser une pré-validation des méthodes d’essai en toxicologie et écotoxicologie pertinentes pour caractériser des propriétés de perturbation endocrinienne. Pepper a classé le test hPlacentox, premier sur 256 tests internationaux et a pris en charge la procédure de validation OCDE, qui est dans sa dernière phase et devrait aboutir avant la fin de 2022. Afin d'envisager la production de kits de test destinés à tous les secteurs concernés, des discussions avec des industriels sont en cours, avec le soutien de CNRS Innovation.

 

1 CNRS/Université Paris Cité – Faculté de Pharmacie de Paris

2 Le récepteur membranaire P2X7, dont le rôle a déjà été identifié dans certaines pathologies (Alzheimer, DMLA), induit de nombreuses voies de signalisation intracellulaire en modifiant la perméabilité aux ions de la membrane, ou en ouvrant des pores.

3 Pregnant Women and Endocrine Disruptors: Role of P2X7 Receptor and Mitochondrial Alterations in Placental. Cell Disorders. Sophie Fouyet, Elodie Olivier, Pascale Leproux, Mélody Dutot, and Patrice Rat.Cells 2022, 11(3), 495

Contact :

Patrice Rat / Professeur de toxicologie au laboratoire CiTCoM / patrice.rat@u-paris.fr