Justification de la coupure
générique :
Pré- Australopithecus
ou Praeanthropus
et le genre Homo

 

Les découvertes de l'Afar

  Depuis la célèbre découverte du squelette de " Lucy " en 1978, un Australopithecus afarensis, sa position dans la phylogénie humaine n'a cessé d'être discutée, surtout dans la perspective de rechercher les ancêtres du genre Homo.
   
 
Depuis la découverte de l'espèce Australopithecus afarensis par Donald Johanson, Tim White et Yves Coppens en 1978, il y a eu une prolifération d'hypothèses concernant la phylogénie des hominidés. Récemment, à l'appui d'une analyse cladistique, Strait et ses collaborateurs ont montré que Australopithecus afarensis apparaissait comme le groupe frère de toutes les autres espèces d'hominidés et ne pouvait être classé parmi les australopithèques. Selon les règles de nomenclature internationale et pour des raisons d'antériorité, le nom de Praeanthropus africanus (Weinert, 1950) est proposé pour cet ensemble.
 
 

Squelette de Lucy : australopithèque gracile d'Afrique Orientale découvert dans le gisement de l'Hadar en Afar (Éthiopie).
© Cnrs

 

 

 

Cette distinction générique entre A. afarensis et les autres espèces d'australopithèques ainsi que l'hypothèse d'une lignée indépendante avaient été énoncées par Yves Coppens dès 1981. Cet hominidé plus ancien et plus primitif que les australopithèques a été nommé par cet auteur de façon informelle Pré-Australopithecus.

Des distinctions d'ordre générique peuvent être observées entre les spécimens attribués à Pré-Australopithecus (Praeanthropus africanus ou A. afarensis) et ceux alloués au genre Homo.

Pré-Australopithecus est un genre de petite taille qui se distingue des spécimens attribués au genre Homo par de nombreux caractères anatomiques. La face des préaustralopithèques est très projetée en avant, notamment au niveau de la région alvéolaire de l'os maxillaire, le sillon au dessus de l'orbite est absent, le palais est long et peu profond. Le squelette facial présente de grandes crêtes (ou piliers) au niveau des canines et de fortes dépressions en arrière de celles-ci, les os nasaux ne sont pas saillants et aucune épine n'est observée au niveau de la partie inférieure de l'ouverture nasale. La région de la nuque est courte et fortement inclinée, une crête temporo-nuchale peut être observée dans la région occipitale chez les spécimens de grande taille. Les apophyses mastoïdes sont grandes, étendues latéralement et orientées médialement. Au niveau de la base du crâne, le tubercule permettant l'articulation de la mandibule est constituée par une seule surface articulaire plane dont la longueur est supérieure à la largeur. L'os tympanique est plan et le foramen magnum est en position antérieure par rapport à la ligne joignant les deux conduits auditifs externes.

La branche mandibulaire est large et basse, la partie antérieure de la mandibule est arrondie et l'arcade dentaire est subrectangulaire.

Au niveau de la dentition, un tubercule est présent au niveau de la base de la face interne des incisives supérieures, la première molaire inférieure ne présente qu'un seul tubercule (cuspide). Un espace peut être observé, chez certains spécimens, entre d'une part la deuxième incisive et la canine supérieure et d'autre part la canine et la première prémolaire inférieure.

Pour ce qui concerne les éléments postcrâniens, les préaustralopithèques se caractérisent par un fémur présentant une échancrure entre les deux condyles fémoraux rectangulaire, plus haute que large.

Certains spécimens attribués aux préaustralopithèques présentent toutefois certaines similitudes morphologiques avec les premiers représentants du genre Homo. Celles-ci ont été observées sur l'humérus de Hadar (AL 33-29), le radius (AL 333W33), le fémur (AL 333-4), le tibia (AL 333x26), l'axis (AL 333-101) et au niveau de la mandibule (LH 4, AL 333-w60, AL 400-1).

Sandrine Prat

Bibliographie
Coppens Y. (1981). L'origine du genre Homo, in D. Ferembach (Ed.), les Processus de l'Hominisation, éd. du C.N.R.S., Paris : 55-60.
Coppens Y. (1984). Hominoïdés, Hominidés et Hommes, La vie des Sciences, C. R. Acad. Sci., Paris, série générale, 5 : 459-486.
Johanson D.C., White T.D., Coppens Y. (1978). A new species of the genus Australopithecus (Primates : hominoidea) from the Pliocene of eastern Africa, Kirtlandia, 28 : 1-14.
Strait D.S., Grine F.E., Moniz M.A. (1997). A reappraisal of early hominid phylogeny, J. Hum. Evol., 32 : 17-32.


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