L'événement de l'Omo
 

L'apparition du genre Homo

  Pour prendre toute la mesure de cet événement, il faut comprendre le mécanisme qui fit d'un changement climatique radical le puissant levier de l'évolution.
   
 

Un nouveau spasme secoue la Terre vers 3.300.000 ans ; l'aridité s'installe de plus belle en Afrique tropicale. La flore s'appauvrit et la faune réagit toute entière ; des espèces s'éteignent, d'autres s'en vont, d'autres arrivent et d'autres enfin tentent sur place de trouver des parades à la crise ; c'est le cas des Éléphants, des Cochons, des Rhinocéros qui augmentent la hauteur ou la longueur de leurs dents dont l'usure est devenue plus importante à cause de leur consommation accrue d'herbes, c'est le cas des Chevaux, des Antilopes Alcélaphes qui développent des pattes plus élancées de coureurs plus rapides ; c'est le cas des Hominidés qui "fabriquent" en Afrique de l'Est et en Afrique du Sud, de manière parallèle, des gros Australopithèques appelés robustes, dissuasifs et aux dentures puissantes destinées à consommer des végétaux durs et fibreux, et en Afrique de l'Est, des Hommes, à l'encéphale deux fois plus volumineux que chez les ancêtres Australopithèques immédiats et aux dentures d'omnivores, susceptibles de manger de tout, y compris de la viande.

Comme c'est dans la vallée de l'Omo, dans le sud de l'Ethiopie, que j'ai mis pour la première fois en lumière en 1975 le rapport entre la naissance de l'Homme et le coup de sec de 3.000.000 d'années, j'ai appelé cet événement d'un mauvais jeu de mot, l'événement de l'(H) Omo.

Il s'agit donc en effet, ni plus ni moins, de l'apparition du genre Homo, c'est-à-dire de l'Homme (chargé de sa seule définition biologique). Cette période de 2.500.00 à 3.500.000 ans est d'ailleurs exceptionnelle, car c'est elle qui voit naître ou se développer de manière notable, avant le genre Homo, avec lui ou après, la conscience, la cognition, l'outil, la société organisée en "villages" où se fait le partage de l'alimentation, la parole.

Or, la conscience, c'est la conscience de la mort, c'est le début de l'angoisse existentielle et de l'invention des moyens pour l'apaiser ; l'outil aménagé, c'est la modification délibérée d'une forme naturelle, donc le début de l'action de l'Homme sur le monde.

L'interaction permanente de l'outil, donc de la main, de la réflexion, donc du cerveau, du langage, donc de la société, ne cessera plus de faire se développer de la manière extravagante que l'on sait la connaissance, source de progrès et de projet, qui va ralentir l'évolution naturelle au profit d'une évolution nouvelle dite culturelle.

 

Yves Coppens

 

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