Le Protohominoïde
 

Qui est l'ancêtre de l'Homme ?

  Un caractère anatomique essentiel, le pied, permet de caractériser l'Homme. Une piste pour retrouver  l'ancêtre ?
   
 

Ce qui fait l'originalité des Australopithèques c'est cette association de caractères anatomiques qui leur sont propres, c'est à dire ni Homme ni singes, tels que la forme de l'aile iliaque ou les proportions des éléments qui constituent la main ou le pied, avec des caractères plutôt humains comme la robustesse du calcanéum et d'autres plutôt simiens comme l'articulation du premier rayon du pied qui permettait l'écartement du gros orteil des autres et ainsi la prise des branches.

Ces Hominidés ayant acquis des traits spécialisés, de même que les Paranthropes, ne peuvent pas de ce fait se situer dans les ancêtres de l'Homme. Ils en sont des cousins mais pas des aieüls. Seul Homo habilis peut prétendre à cette ascendance car son pied présente tous les caractères d'une bipédie de type humain.

Du fait de la loi de l'irréversibilité de l'évolution, l'ancêtre commun aux grands singes et à l'Homme, forcément très ancien, avait un pied non spécialisé possédant obligatoirement des potentialités variées d'évolution.

L'ancêtre de l'Homme n'a pas pu être ni arboricole ni quadrupède sinon sa main aurait évolué et ne serait pas restée si proche de la forme primitive (rayonnée) sans ébauche même de spécialisation. Elle n'a donc servi ni d'appui ni de moyen de préhension des branches.

 
 

Main trouvée à Hadar, agée de 3 millions d'années environ.
© Cnrs/Taieb

 

 

Le pied humain très spécialisé, fortement maintenu par des sangles tendineuses, ne repose pas à plat sur le sol comme chez les autres Primates, mais forme une voûte plantaire qui ajoute à la solidité de cet organe appelé à supporter la totalité du corps et à maintenir son équilibre.

Toutes ces données semblent orienter vers un ancêtre commun non quadrupède et donc bipède, mais doté d'un type de bipédie primitive dont dérive celle de l'Homme actuel. Cet ancêtre, nous le désignons du nom de : Protohominoïde.

Ainsi le fait que l'ancêtre commun, notre Protohominoïde, ait été bipède expliquerait que la main soit restée primitive et donc non spécialisée. Au cours du temps, cette bipédie s'est affirmée par adaptation fonctionnelle avec la pratique régulière de la marche bipède conduisant à la formation anisotrope des os du pied (les métatarsiens sont presque parallèles et non rayonnés comme dans la main), au redressement de la partie antérieure du calcanéum et à la formation de la voûte plantaire chez l'Homme. Cette dernière représente un trait anatomique unique chez les Primates.

Les données fournies par les généticiens permettent de supposer que l'ancêtre commun aux grands singes et à l'Homme que nous nommons : Protohominoïde, se situerait vers 15 millions d'années au moins et serait aussi à l'origine des Australopithèques. Ces derniers ainsi que les ancêtres des grands singes se seraient séparés de cette lignée vers 8 millions d'années au plus tard.

 
Empreinte de pas d'hominidés dans la cendre, vieille de 3,5 millions d'années (Laetoli - Tanzanie). A l'arrière-plan, la préhistorienne anglaise Mary Leakey.
© Cnrs/Taieb
 
 

Quand les Gorilles ou les Chimpanzés se déplacent sur le sol, ils sont en position que l'on peut qualifier de mi-bipède mi-quadrupède. Cette attitude, c'est-à-dire la position des mains sur le sol reposant sur le dos des deuxièmes phalanges, et non la main à plat comme les petits singes, serait nouvelle. Cette adaptation à une telle forme de quadrupédie et à l'arboricolisme expliquerait la grande spécialisation de leurs membres.

Les traits résiduels de bipédie observés au sacrum des Australopithèques ainsi que les caractères de leurs membres, spécifiques de la locomotion arboricole, pourraient s'expliquer par une adaptation à une nouvelle forme de vie incluant le grimper dans les arbres. Ayant disparu il y a au moins un million d'années, ils n'ont peut-être pas eu le temps de parfaire leur spécialisation comme l'ont fait les grands singes qui existent toujours à l'heure actuelle.

   
  Illustration de cette ancestralité de la bipédie. © Cnrs
 

Seule l'hypothèse d'un ancêtre commun, notre Protohominoïde, doté d'un mode de locomotion bipède dont le notre dérive, est compatible avec l'ensemble des caractères anatomiques observables sur les hominidés fossiles et actuels. Ces caractères sont si intimement liés à l'anatomie humaine qu'ils en suggère une extrème ancienneté.

Le Protohominoïde avait forcément une main non spécialisée et un pied indifférencié ni singe ni homme. Il était plantigrade sans voûte plantaire, les orteils sensiblement de la même longueur devaient être disposés selon une symétrie rayonnante analogue à celle de la main.

Cette bipédie de type primitif était un handicap puisqu'elle n'autorisait guère une fuite salvatrice. S'il a pu le surmonter et se perpétuer en affirmant sa bipédie et en la léguant à ses descendants, c'est qu'elle présentait en réalité un avantage capital, celui de permettre le libre développement du cerveau. La vulnérabilité apparente de l'Homme était largement compensée par l'exercice de facultés mentales différentes. La main restant libre a tenu d'emblée le rôle d'auxiliaire polyvalent. Le cerveau n'avait aucun intérêt à ce qu'elle acquît une spécialisation préjudiciable à sa disponibilité.

A l'inverse, certains Protohominoïdes peut-être moins "doués" ont été contraints de chercher refuge dans les arbres d'où la spécialisation des extrémités des grands singes et des Australopithèques.

Nous avons donc un ancêtre commun : le Protohominoïde et nous pouvons considérer les grands singes et les Australopithèques comme de lointains cousins.

Yvette Deloison
Chargé de Recherche au CNRS


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