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L’empreinte écologique… et ses limites

Vache de race bovine normande.
© Sylvie Toillon / INRA

Pour un mode de consommation et une technologie donnés, on appelle « Empreinte écologique (EE) » le rapport entre les flux de ressources naturelles renouvelables utilisées par l’homme et les capacités de renouvellement de celles-ci. L’EE est construite à partir de la consommation finale d’un pays et utilise un module de conversion qui permet de calculer l’équivalent de ressources naturelles renouvelables consommées. L’unité d’équivalence utilisée est l’hectare d’écosystème consommé par un individu(1), une ville, une entreprise ou un pays. Cet équivalent permet de savoir combien de planètes Terre seraient nécessaires si l’ensemble de l’humanité consommait comme tel ou tel pays, tel ou tel individu, etc. Il est possible de calculer cinq types d’EE :

  • l’empreinte Terres cultivées qui représente les surfaces mises en exploitation pour produire les matières premières nécessaires à l’alimentation ou à la production industrielle.
  • Forêt d'automne au Mont Saint-Anne (Québec)l’empreinte Terres pâturées qui permet de disposer de bétail pour la viande, le cuir, la laine, le lait… Pour être comptabilisé dans cette empreinte, le bétail doit occuper les terres de manière permanente et ne pas être nourri de manière industrielle.© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)
  • La pêche à Douarnenez, Bretagnel’empreinte Forêts qui correspond aux exploitations forestières qui permettent de répondre aux besoins en bois et en produits non ligneux forestiers. Le bois en tant que source d’énergie n’est pas pris en compte.© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)
  • l’empreinte Zone de pêche qui correspond aux besoins en poissons et en fruits de mer d’une population. La diversité des espèces est prise en compte de manière à pondérer les tonnages de poissons pêchés.
  • l’empreinte Energie qui correspond à la superficie nécessaire pour répondre aux besoins en énergie. Cette empreinte intègre l’énergie issue de combustibles fossiles, de la biomasse, des centrales nucléaires et des centrales hydrauliques.

Le barrage de Petit-Saut en novembre 1997 (Guyane Française)L’EE établit que, pour respecter les capacités de régénération de la biosphère, l’homme ne doit pas consommer – dans le cas où la population resterait stable – plus de 1,4 hectare de superficie terrestre. Or, un Américain moyen en consomme 9,6 hectares, un Canadien 7,2 et un Européen 4,5. En comparaison, l’EE d’un habitant du Pakistan ou de l’Inde se situe autour de 0,8.
Conclusion du calcul de l’empreinte écologique à l’échelle planétaire : le mode de consommation moderne ne peut durer…© IRD Photothèque  / Mérona, Bernard de

Les limites de l’exercice...

Emission de gaz à effet de serre au Mato Grosso (Brésil)Même si l’EE représente l’indicateur d’interactions société-nature le plus emblématique et le plus médiatisé aujourd’hui, il souffre pourtant de plusieurs défauts majeurs.
En particulier, les équivalences choisies sont très discutables. Ainsi, l’empreinte énergie liée aux énergies fossiles correspond à la surface forestière nécessaire à l’absorption du dioxyde de carbone émis par les combustibles fossiles. L’empreinte liée aux énergies biomasse correspond à la surface forestière nécessaire à la production de l’énergie biomasse. Or, il existe de nombreuses incertitudes sur ces deux calculs. Mais c’est pour l’empreinte de l’énergie nucléaire que le principal problème se pose. Elle est en effet calculée selon la même méthode que l’énergie fossile. Or, il s’agit là d’une hypothèse scientifiquement fausse puisqu’il n’y a pas d’émission de gaz à effet de serre direct pour le nucléaire. Ce mode de calcul est sans doute motivé par le fait qu’il est délicat d’intégrer la question des risques nucléaires (notamment en ce qui concerne les déchets radioactifs) dans l’EE ; mais la solution adoptée apparaît discutable.
La controverse sur ces conventions d’équivalence pose un problème d’autant plus grand que l’empreinte écologique dépend à 70% de l’empreinte Energie…© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)

(1)« Et vous, quelle est votre Empreinte écologique théorique ? » : Le calcul à l’échelle individuelle est d’autant plus aisé qu’il est possible de le faire en ligne en répondant à une liste de questions simples.

Rédaction :

Harold Levrel (cadre de recherche à l’Ifremer)

Sources de l'article

  • Cahier de l’IFB « Quels indicateurs pour la gestion de la biodiversité ? », Harold Levrel, 2007
  • Gadrey J. et Jany-Catrice F., (2005), Les nouveaux indicateurs de richesse, Editions La Découverte, collection Repères, 123p.
  • Ayong Le Kama A., (2006), « indicateurs de développement durable nationaux : où en est-on ? », Communication au Colloque International Usages des indicateurs de développement durable, 3-4 avril 2006, Cirad, Montpellier

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