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Mais où vont les milieux naturels ?

Que deviennent les milieux naturels ?

videoPlantation d'agave bleu cultivé pour la production de la tequila. Tequila, Etat de Jalisco (Mexique).La fragmentation et la destruction des milieux de vie des espèces constituent une menace majeure pesant sur la biodiversité et les écosystèmes, et de ce fait sur l'Homme. Il s'agit principalement de l'aménagement du territoire via l'extension de l'urbanisation et la réalisation d'infrastructures comme les voiries, les canaux et les barrages ; de l'utilisation des milieux pour l'agriculture et l'élevage (intensification de l'usage des sols, openfields, conversion des sols en terres cultivables) ; et de la destruction des milieux naturels pour exploiter leurs ressources.© IRD Photothèque / Fromaget, Michel

Poussez vous donc de là, que je m'y mette !

L'aménagement du territoire peut avoir de multiples conséquences sur les écosystèmes et la qualité de vie des êtres humains, s'il ne prend pas en compte les problématiques environnementales.
Haute ville de Antananarivo (Madagascar)L'augmentation de la population humaine et l'exode rurale ont entraîné un fort développement de l'urbanisation, souvent au dépend des milieux naturels (forêts, zones humides...) et des sols, et des services écologiques qu'ils fournissent. Par exemple, le sol, imperméabilisé, ne peut plus accomplir son rôle épurateur, draine l'eau en surface en risquant d'amplifier les inondations. De même, les milieux dégradés ne pourront plus protéger aussi efficacement les populations humaines contre les tempêtes et les inondations.© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)

Chantier de Goro Nickel : adduction d'eau et construction d'une ligne électrique.Avec la multiplication des villes se développent les transports et leurs infrastructures (routes, voies ferrées...) qui morcellent le territoire en parcelles de plus en plus petites et fragmentent ainsi les milieux naturels. Ces obstacles, infranchissables pour un grand nombre d'espèces, entraînent de fréquents accidents de collision, perturbent les migrations et séparent parfois les espèces de leur lieu de reproduction. Bloquées dans des espaces trop restreints, certaines populations animales ou végétales voient leur viabilité se réduire à long terme. Les écosystèmes, les chaînes alimentaires, les paysages sont touchés... puis vient le tour de l'Homme ! Ces problématiques sont de plus en plus prises en compte dans la réalisation des infrastructures et des passages à gibiers (ponts, tunnels), des crapauducs (etc.) sont par exemple réalisés pour permettre les déplacements des espèces, dans l'optique de maintenir des corridors écologiques compatibles avec le développement local.© IRD Photothèque / Bonvallot, Jacques

Le barrage de Petit-Saut en novembre 1997 : la partie des turbines et le seuil aval de ré-oxygénation (Guyane française).Les barrages et la canalisation des cours d'eau impactent également fortement les milieux aquatiques. Les barrages constituent une barrière infranchissable pour des poissons comme les truites et les saumons sauvages qui ne se reproduisent qu'à la source de certaines rivières. Ils sont alors voués à disparaître, modifiant ainsi l'économie du territoire, les activités traditionnelles, et parfois le tourisme. Pour y remédier, les passes à poissons sont désormais obligatoires sur ces ouvrages. Cependant, encore mal conçues, elles restent souvent peu efficaces.
La canalisation des cours d'eau, très en vogue dans les années 50, a provoqué la destruction de nombreuses zones humides et de leur fonction d'épuration et de régulation des inondations. Ces zones naturelles, appelées zones d'expansion des crues, accueillaient, en amont des villes, les excès d'eau que les crues déversaient. Les canaux accentuent au contraire les crues en augmentant le débit des rivières. Les inondations des villes, conséquentes, sont alors régulées par des aménagements lourds tels que les barrages, les « murs » de protection, les réservoirs de rétention d'eau. Mais la meilleure solution (et la plus économique) reste de loin le retour aux zones naturelles d'expansion des crues, en redonnant aux rivières leur espace de liberté d'origine. Un peu partout en France, des travaux sont réalisés afin de redonner aux rivières leur liberté d'antan.© IRD Photothèque / Mérona, Bernard de

Quand l'agriculture n'écoute pas la nature

L'utilisation intensive des milieux pour toute forme d'agriculture (culture, sylviculture, élevage, pisciculture...) peut affecter fortement les sols, les écosystèmes et leur biodiversité, amenant à la fragmentation ou la destruction de ces milieux pourtant extrêmement utiles à l'être humain. L'expansion de la monoculture, accompagnée de machines imposantes et d'« openfields », provoque une ouverture du paysage qui bannit les bocages traditionnels dont les bienfaits sont multiples : microclimat pour les cultures, abris de la faune (dont les pollinisateurs), filtration des pollutions et de l'eau, corridors écologiques, etc.
Dans le parc National Bukit Barisan Selatan (Indonésie), à quelques kilomètres du village de Rata Agung, la forêt naturelle continue en 2006 à être convertie en plantation de café.La conversion des milieux naturels (marais, forêts tropicales, etc.) en terres cultivables perturbe également le fonctionnement des écosystèmes et appauvrit fortement la biodiversité, ce qui n'est pas sans retombées sur l'espèce humaine. Par exemple, suite à la forte déforestation des forêts tropicales pour développer l'agriculture (par la culture sur brulis), de nombreuses espèces inconnues disparaissent sans que nous ayons pu découvrir leur potentiel (médicaments, cosmétiques...). De plus, le climat se trouve modifié, au niveau local et même global : changement de la concentration en CO2 atmosphérique, de l'humidité et des températures, actions sur les courants marins et atmosphériques. Tout cela pour une terre qui, fertile les premières années, s'appauvrit vite et devient stérile. A tel point qu'un retour à l'état normal est inenvisageable avant des décennies, parfois plus !© IRD Photothèque / Foresta, Hubert de

Le bonheur des uns fait le malheur des autres

Extraction d'or directement à la batée dans des petits réservoirs d'eau de pluie. Un des problèmes majeurs, en plus de celui de la contamination par le mercure, est que ces petits réservoirs servent de lieux de reproduction des moustiques porteurs du paludisme et de la fièvre jaune (Bolivie).Les ressources naturelles exploitées par l'espèce humaine proviennent souvent de zones naturellement très riches et difficiles d'accès. La forêt tropicale fournit par exemple grand nombre de richesses biologiques (molécules naturelles, bois exotiques, caoutchouc, huile de palme, pâte à papier, etc.) de part la grande variété d'espèces qu'elle abrite. Elle renferme également des richesses géologiques (gaz, pétrole, minéraux...). L'exploitation de ces matières si convoitées s'accompagne d'une forte déforestation, principalement via l'installation de routes afin d'atteindre les zones exploitées et l'urbanisation qui s'en suit. Ce grignotage progressif de la forêt (transformation en terres cultivables ou villes) entraine une forte perte en nombre d'espèces et diminue son effet régulateur sur les changements climatiques. D'autres milieux remarquables comme les tourbières sont exploités de façon excessive pour les services précieux qu'ils fournissent. La collecte de la tourbe à coup de bulldozer, sans réflexion de renouvellement pour ces sites qui mettent des milliers d'années à se former, les destinent à une disparition certaine.
Même si les notions de préservation des milieux et d'exploitation durable émergent dans les pays riches, cette même exploitation se fait encore souvent dans les pays en développement - et parfois par les mêmes structures - sans prendre toutes les précautions nécessaires quant au respect de l'environnement et de ses habitants,© IRD Photothèque / Fatras, André

Face à la fragmentation, que faire ?

De multiples actions existent pour atténuer le phénomène de fragmentation et de destruction des milieux naturels. Tout d'abord améliorer les connaissances sur les réelles conséquences que la fragmentation peut avoir sur la biodiversité. La communauté scientifique, alerte, étudie la biologie des espèces, les interactions qui existent entre elles, avec l'espèce humaine et avec les milieux, et les impacts de la disparition d'une espèce sur les autres. Elle recherche activement des solutions pour rétablir les corridors écologiques disparus et redonner aux espèces leur espace vital de survie.
Haie composite simple. Les essences végétales des haies hébergent diverses espèces d'insectes, dont certains sont prédateurs. Ces derniers sont des auxiliaires qui peuvent contribuer à la régulation de ravageurs des cultures comme les pucerons ou les psylles.Les politiques, les collectivités, les gestionnaires terrain, les entreprises, les associations, tous intègrent - plus ou moins progressivement - cette problématique dans leurs priorités d'actions, au niveau national ou local. Ainsi, des réflexions sur la mise en place de trames vertes ou de corridors écologiques se concrétisent (passages à gibier, crapauducs, les bosquets, les haies...) ; la biodiversité entre dans les plans d'urbanisme et les Agenda 21 ; des murs végétaux voient le jour en centre ville ; les grands travaux d'infrastructure s'accompagnent d'études d'impact sur la nature ; la monoculture n'est plus forcement à l'ordre du jour dans une agriculture qui se veut plus consciente et raisonnée ; et la lutte contre les inondations intègre désormais une nouvelle stratégie : redonner aux rivières leurs espaces de liberté et réhabiliter les zones humides qui y sont associées. Le développement, local ou national, ne devient plus incompatible avec la préservation de l'environnement et de sa biodiversité.© Inra Photothèque / JAUBERT Agnès

Rédaction :

Manuelle Rovillé (Chargée de mission FRB)

Validation scientifique :

Robert Barbault (Directeur du département « écologie et gestion de la biodiversité » du Muséum national d'histoire naturelle)

Sources de l'article


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