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Grippe aviaire : trop de volailles, pas assez de gènes

Poules en cage de contrôle individuel de ponte.
© Jean Weber / INRA

Plus de 150 millions de volailles ont été abattues dans le monde depuis le début de l’épidémie de grippe aviaire qui a débutée en 1997 à Hong-Kong, pour éviter la dissémination du virus. Principalement en Asie du Sud-Est. Les coupables : les pratiques agricoles avec leurs productions intensives, leur manque de diversité génétique des animaux d’élevages qui favorisent l’apparition et la diffusion de microbes pathogènes.

Des oiseaux d’élevage à faible diversité génétique

video Afin de produire toujours plus de nourriture à moindre coût pour une population toujours grandissante, les élevages de volailles ont été transformés en véritables usines biologiques à microbes. Pour accroître la productivité deux pratiques ont été développées : d’abord, un maximum de volailles sont élevées dans un minimum d’espace.Elevage de dindes.Station INRA de Tours Ensuite, les volailles sont de plus en plus sélectionnées génétiquement pour le meilleur rendement possible. Ces élevages denses et homogènes sont propices à la propagation de maladies. Et dans ces élevages à faible diversité génétique, le système immunitaire des animaux répond de la même façon. Or, les virus mutent en permanence. Si un virus contagieux et virulent devient adapté au poulet, il se multiplie plus que les autres et se propage d’autant plus efficacement que tous les poulets sont identiques. Avec la forte densité d’animaux, tout l’élevage sera contaminé. S’il existe des transferts d’animaux entre les élevages, le processus est amplifié. Le virus se propage donc d’élevages en élevages et atteint des quantités extrêmement fortes dans l’environnement. La probabilité qu’il passe à d’autres espèces animales dont l’espèce humaine devient plus importante. © Christophe Maitre / INRA

Elevage en cage individuelle de canard destiné au gavage pour l'obtention de foie gras. 
© Daniel Guemene / INRA

Aujourd’hui, le virus de la grippe que tout le monde craint, ce fameux H5N1 qui serait adapté à notre espèce et contagieux d’Homme à Homme n’est pas encore apparu. Actuellement la transmission de ce virus à l’espèce humaine ne se fait qu’à partir des poulets d’élevage contaminés. Bien que le H5N1 ait un fort potentiel de recombinaison, il n’existe pas encore de combinaison entre le virus de la grippe aviaire et le virus de la grippe humaine, capable de donner naissance à un virus hautement pathogène et transmissible d’Homme à Homme.

Oiseaux domestiques et oiseaux migrateurs

Pélican blanc (Famille Pelecanidae, Pelecanus onocrotalus) et Dendrocygne (Famille Anatidae, Dendrocygna viduata).
© IRD Photothèque  / Lemasson, Jean-Jacques

Animaux et végétaux sont soumis aux lois de l’évolution. Les oiseaux migrateurs subissent une sélection génétique naturelle en fonction de leur environnement. Dans le cas des animaux d’élevage, c’est l’être humain qui impose la sélection afin d’accroître la productivité. Certaines espèces d’oiseaux migrateurs portent le virus de la grippe aviaire mais leur mortalité est loin d’être massive puisque leur patrimoine génétique est très diversifié. Ils ne répondent donc pas tous de la même façon au virus. Cela procure un net avantage à l’espèce, moins sensible à l’épidémie. En revanche ces animaux sauvages peuvent devenir des porteurs sains du virus, donc des espèces « réservoirs ». Comme certaines espèces d’oiseaux sauvages migrateurs sont capables de survivre à l’infection, elles peuvent transporter le virus sur de longues distances. Leur rôle dans la diffusion de la maladie dans différents pays fait l’objet d’un débat scientifique. Cependant, c’est le commerce des animaux d’élevage qui joue un rôle central dans la contamination Vol de Pélican blanc (Famille: Pelecanidae, Pelecanus onocrotalus). Parc de Djoutj (Sénégal)et le développement des épidémies de ce virus. © IRD Photothèque  / Lemasson, Jean-Jacques

Les conséquences des contaminations sont importantes : Même si aujourd’hui, la grippe aviaire n’est pas très virulente au niveau humain (191 victimes humaines dans le monde depuis le début de l’épidémie, selon les chiffres de l’OMS au 29/06/07), les mesures drastiques prises pour éviter la contamination (perte de centaines de millions de volailles, malades ou abattues, arrêt de l’importation de volailles) ont un impact économique considérable.

Rédaction :

Article de La recherche nº 392 - Décembre 2005 : « Les élevages intensifs ont favorisé la grippe aviaire » par François Renaud (Directeur de recherche au CNRS, Unité mixte de génétique et d’évolution des maladies infectieuses) et Manuelle Rovillé (Chargée de mission à l’Institut français de la biodiversité)

Validation scientifique :

François Renaud (Directeur de recherche au CNRS, Unité mixte de génétique et d’évolution des maladies infectieuses) et Serge Morand (Directeur de recherche à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier – Université Montpellier 2)

Sources de l'article


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