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La carpologie, science des résidus alimentaires

La carpologie est l'étude des restes de graines et de fruits préservés en contexte archéologique (habitats, greniers, dépotoirs, fours, tombes, etc.) et qui correspondent le plus souvent à des déchets rejetés par l'Homme aux cours de ses activités. Ces vestiges sont conservés dans les sédiments à l’état carbonisé (foyer, incendie, cuisson…) ou minéralisé ou imbibé d’eau (puits, latrines, villages lacustres). Dans certaines conditions de sécheresse ou de froid, ils se conservent par dessiccation (tombes égyptiennes) ou congélation (fruits trouvés dans l’estomac d’Ötzi, homme des glaces du 4e-3e millénaire découvert en 1991, dans les Alpes, entre l’Autriche et l’Italie).

L'identification botanique de ces restes végétaux livre des informations sur les habitudes alimentaires et sur les pratiques agricoles des populations passées préhistoriques et historiques. En plus de nombreuses plantes sauvages, la carpologie permet d’attester l’existence de différentes catégories de cultures comme :

  • les céréales : froment, orge, seigle, millet, épeautre,
  • les légumineuses : pois, féverole, lentille, vesce,
  • les légumes : carotte, bette, épinard, cresson alénois… concombre, gourde calebasse, potiron,
  • les plantes textiles : lin, chanvre, ortie,
  • les plantes oléagineuses : pavot, moutarde, caméline, olive…,
  • les plantes condimentaires et aromatiques : ail, thym, menthe, coriandre, fenouil, etc.,
  • les plantes tinctoriales : gaude…

ainsi que la grande diversité de fruits (pommes, prunes, pêches, poires, melons, noix, noisettes, nèfles, fraises, olives, figues, etc.).

L’étude des grains de céréales et des déchets de nettoyage des récoltes renseigne sur les espèces et variétés cultivées et sur les opérations de traitement des céréales (battage, vannage etc.). Il existe par exemple, des formes de céréales à grains « vêtus » (dont les enveloppes restent adhérentes au grain après le battage) qui nécessitent deux opérations pour être décortiquées (orge vêtue, avoine, épeautre, millet). On a mis en évidence que l’orge « nue », cultivée depuis le Néolithique ancien, a été supplantée par l’orge vêtue à partir de la fin de l’Âge du Bronze (à peu près 1000 ans avant notre ère). Connus en France depuis l’Âge du Fer, le seigle et l’avoine prennent réellement leur essor comme culture au Haut Moyen Âge (5e- 6e siècles).


Quant aux restes des mauvaises herbes récoltées en même temps, ils permettent de reconnaître les techniques culturales.

Par ailleurs, la présence de pépins dans les excréments humains indique sans ambiguïté la consommation de petits fruits tels que les fraises, les mûres ou les framboises.
Les fruits, dont la vigne, constituent d’excellents exemples de la biodiversité alimentaire et culturale au cours de l’histoire humaine.

Rédaction :

Laurent Bouby (Ingénieur d’étude au CNRS- CBAE, Montpellier)


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