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Perturber la biodiversité peut entraîner son dysfonctionnement

La macrofaune des sols comprend des peuplements très diversifiés. Elle constitue une ressource indispensable à la conservation de la qualité des sols. Lorsque l'être humain, par ses activités, nuit au maintien de l'abondance et de la diversité de cette faune, l'équilibre des sols est perturbé. C'est ce que la communauté scientifique cherche à comprendre et résoudre.

Chantier de labour et semis de blé.Actuellement les interventions humaines menacent gravement cette macrofaune : le labour, les pesticides, les pollutions diverses et certains systèmes de culture ont des effets qui peuvent affecter jusqu'à 90% de la faune et la flore du sol. Les cultures pérennes, pâturages permanents ou systèmes agroforestiers maintiennent l'abondance et même l'augmentent parfois, mais la diversité interspécifique et probablement intraspécifique est le plus souvent très réduite. Dans de tels systèmes, des " accidents de biodiversité " peuvent se produire lorsque l'énergie disponible dans les résidus organiques est utilisée majoritairement par une seule espèce ou un seul groupe fonctionnel. Cette énergie sert alors à produire un seul type de structures dont l'accumulation exagérée peut engendrer de sévères dysfonctionnements.© Inra Photothèque / MAITRE Christophe

La macrofaune des sols est donc une ressource qu'il faut connaître, protéger et gérer au mieux. Lorsqu'elle est éliminée, l'organisation du sol héritée de ses activités ne disparaît pas tout de suite. Ce n'est qu'après plusieurs années que des problèmes se manifestent sans qu'on puisse forcément les relier à la disparition de la faune.

Lorsqu'un ver de terre fait autant de dégâts qu'un bulldozer

Le coupable Pontoscolex corethurus en train de dormir !En Amazonie centrale, non loin de la ville de Manaus, la forêt est brûlée pour laisser place à des pâturages. Cette transformation, qui modifie profondément la structure physique des sols, est source d'un appauvrissement important de la biodiversité, notamment de la faune du sol : elle a provoqué une diminution de 70% de la macrofaune du sol (passage de 160 espèces à une trentaine environ). En effet, l'utilisation des machines pour la déforestation ainsi que le piétinement des troupeaux ont tassé la terre et en ont diminué la teneur en oxygène. Ces conditions furent alors propices à la pullulation d'une espèce de ver de terre : Pontoscolex corethurus.© IRD Photothèque / Lavelle, Patrick

Avec une densité pouvant atteindre 400 individus par mètre carré, ces vers constituent désormais près de 90% de la biomasse d'invertébrés présents dans le sol. Ils ont contribué en deux ans, par l'accumulation de leurs déjections, à la formation d'une croûte compacte et imperméable de 5 centimètres à la surface du sol dont la densité est proche de celle causée par le passage d'un bulldozer ! Elle se traduit par une forte diminution de la porosité du sol. Cette croûte empêche donc l'eau de pluie de s'infiltrer, provoque un dépérissement de la flore (herbe des prairies), laissant apparaître des portions de sol dénudé. Elle bloque également l'évaporation de l'eau présente dans les couches profondes du sol, ce qui entraîne une saturation de ce dernier en eau et sa modification. Ce phénomène pourrait aussi être à l'origine du rejet dans l'atmosphère de méthane.

Cet inquiétant phénomène peut cependant être pallié selon les chercheurs qui estiment que les dégâts occasionnés par Pontoscolex corethurus peuvent être réversibles au bout d'un an par le biais d'une reforestation, même partielle. La présence d'une faune forestière diversifiée empêcherait en effet ce ver de terre de proliférer.

La dévastation par les fourmis

Nids de Camponotus punctulatus (Argentine).Un nouvel exemple illustre les « accidents de biodiversité » qui engendrent le dysfonctionnement des sols, en lien avec l'activité humaine. Par l'agriculture, les Hommes ont modifié des paysages et maintenu un équilibre écologique autour de leurs activités. L'abandon de ces activités peut parfois provoquer un développement anarchique dans la nature... Il s'agit ici de la pullulation des fourmis de l'espèce Camponotus punctulatus suite à l'abandon des rizières irriguées dans le Nord de l'Argentine. Ces fourmis très discrètes dans la savane naturelle se mettent à construire dans les rizières abandonnées des nids de terre massifs, de 1 mètre de haut et 1,5 mètre de diamètre, dont la densité peut atteindre 2000 fourmilières par hectare. Comme dans l'exemple précédent, c'est l'absence de prédateurs dans les milieux modifiés (ici les rizières) qui favorise l'augmentation massive des populations de cet insecte.
La réhabilitation des sols ainsi envahis est très coûteuse et problématique. Ce sont des milliers d'hectares qui sont ainsi dégradés chaque année dans cette partie du monde.© Droits réservés Centro de Estudios e Investigaciones Universidad Nacional de Quilmes

Rédaction :

Renan Aufray (chargé de mission à la FRB) et Manuelle Rovillé (chargée de mission à la FRB)

Validation scientifique :

Antonio Bispo (Coordinateur du programme ADEME «Bioindicateurs de qualité des sols») et Laurent Charasse (chargé de mission « Enseignement agricole et biodiversité » - FRB)

Sources de l'article


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