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Peut-on lutter contre l'effet de serre grâce aux sols agricoles ?

Lutter contre l'effet de serre en stockant du carbone dans les sols agricoles

Pour lutter contre l'accumulation atmosphérique des gaz à effet de serre due aux activités humaines et responsable du changement climatique, il faudrait en réduire les émissions.
Dans le cas du CO2, une expertise scientifique collective nous révèle qu'une alternative possible consiste à accroître le rôle de puits temporaire que joue le stockage du carbone dans la biomasse végétale.

Forêt de Carmel Valley (U.S.A.)En effet, la végétation, en synthétisant de la matière organique à partir du CO2 prélevé dans l'atmosphère, "stocke" ainsi du carbone, sous forme organique. Une fraction importante de ces végétaux et de leurs résidus est ensuite incorporée au sol et soumise à diverses transformations et dégradations grâce au travail de la très grande diversité d'organismes présents (macrofaune, microorganismes...). Cette matière organique du sol finit par subir une minéralisation, processus qui restitue le carbone à l'atmosphère sous forme de CO2. Le stockage de carbone organique dans le sol est donc temporaire, variable, plus ou moins important et long selon les conditions du milieu et la vitesse du processus de minéralisation effectué par les divers microorganismes.© Bruno Locatteli : www.locatelli1.net

Les stocks de carbone dans les sols sont importants : à l'échelle planétaire, ils représentent quelque 1500 milliards de tonnes, soit deux fois plus que le stock dans l'atmosphère. Une augmentation même faible du stockage du carbone dans les sols peut donc jouer un rôle significatif dans la limitation du flux net du CO2 vers l'atmosphère. Jouant sur les apports de matière organique au sol et/ou sur la vitesse de minéralisation, l'usage des terres et les pratiques culturales peuvent modifier le niveau de ces stocks dans le sol.

Certains changements d'usage des terres permettent en effet de stocker fortement le carbone dans le sol : la plantation d'arbres ou la conversion de terres labourées en prairies permanentes peuvent induire d'importants stockages de carbone (en moyenne 0,5 tonne de carbone /ha/an, sur une durée de 20 ans). Planter une forêt entraîne aussi une augmentation du stockage du carbone par les arbres.
De plus, certaines pratiques culturales, malgré un stockage plus faible du carbone, présentent également une efficacité significative compte tenu des surfaces en jeu. C'est par exemple le cas de la suppression du labour, de l'implantation d'engrais verts en inter-culture, de l'enherbement permanent des vignobles et vergers. L'implantation de haies ou une modification des modes de gestion des prairies permanentes et temporaires sont également susceptibles de contribuer au stockage de carbone.

Et en France ?

En France, divers scénarios de modification des pratiques qui favorisent le stockage de carbone ont été testés. Certaines hypothèses aboutissent à un stockage de carbone de l'ordre de 1 à 3 millions de tonnes par an. Bien que n'étant équivalent qu'à 1 à 2% des émissions françaises de gaz à effet de serre, les changements de pratiques et d'usage des terres pourraient représenter une proportion importante de l'effort à consentir pour respecter les engagements pris par la France dans le cadre du Protocole de Kyoto.

Cependant, pour agir sur l'effet de serre, ces changements massifs de pratiques et d'usage des terres se révèlent parfois contraires aux évolutions actuelles (tendance à la diminution des prairies permanentes...) ou nécessitent des choix volontaristes en matière de politique agricole. Ils supposent des engagements de très longue durée des agriculteurs, d'autant plus difficiles à consentir que le contexte politico-économique agricole se trouve susceptible d'évoluer rapidement.

De plus, les estimations réalisées sur le stockage du CO2 ne tiennent pas compte des autres émissions de gaz à effet de serre (oxyde nitreux, méthane) induites par l'adoption des pratiques favorisant le stockage de carbone. Enfin, contrairement à la réduction des émissions, le stockage de carbone dans les sols ne constitue pas une solution durable de réduction du CO2 atmosphérique.

Plantation de blé (France)De ce fait, il serait intéressant d'envisager une politique plus globale de lutte contre l'effet de serre, permettant de prendre en compte l'ensemble des gaz à effet de serre d'origine agricole, notamment les émissions de N2O. La gestion des intrants (engrais) azotés serait alors considérée avec la même importance que la gestion du carbone. Il faudrait également s'assurer que l'adoption d'une pratique à un endroit n'induise pas ailleurs une émission ou un déstockage de ces gaz. Enfin, il est nécessaire d'évoluer sur l'alternative énergétique et sur les réductions d'émission de gaz à effet de serre dans les différents secteurs économiques.© Bruno Locatteli : www.locatelli1.net

Une politique de ce type a nécessairement une dimension territoriale forte, et doit se raisonner selon les enjeux environnementaux et territoriaux locaux, en prenant en compte des unités de fonctionnement dépassant la parcelle agricole (exploitations, bassins versants, zones d'alimentation des nappes souterraines, etc.).

 


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