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Santé et biodiversité

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Biodiversité et maladies infectieuses

Plus«  grande est la biodiversité, plus grand est le nombre possible de vecteurs de pathogènes, mais également plus grand est le nombre de ravageurs de ces vecteurs. La biodiversité est donc à la fois facteur d’émergence de maladies et facteur de régulation de celles-ci. »

Jacques Weber, directeur de l’IFB

Spore de Bacillus anthracis au microscope électronique à balayage
© Janice Haney Carr. Public Health Image Library

Forêt d'altitude à Tapanti (Costa Rica) L'espèce humaine a toujours été en contact avec des agents pathogènes (virus, bactéries, protozoaires et métazoaires), responsables des maladies infectieuses contre lesquelles elle lutte avec plus ou moins de succès. Des contacts épisodiques, plus ou moins fréquents et intenses en fonction de la quantité d'organismes pathogènes présents dans l'environnement. Or, lorsque les écosystèmes se modifient, lorsque la biodiversité s'érode, les animaux porteurs de ces organismes risquent de se multiplier et donc d'accroître les contaminations humaines. Un constat donc : toute modification profonde de l'environnement et de sa biodiversité, c'est-à-dire une forte variation des conditions de vie des êtres vivants n'est pas sans conséquences sur la santé humaine qui en dépend étroitement. © Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)

Ville de Cuenca (Equateur)
© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)

La première grande transformation est apparue au début du Néolithique (il y a environ 10000 ans), lorsque l'être humain est passé du mode de vie de chasseur-cueilleur à celui d'agriculteur. Il a alors domestiqué différentes espèces animales et s'en est rapproché. Cette promiscuité a entraîné le passage de certains pathogènes propres aux animaux vers les humains. Ensuite le développement croissant de la population humaine a modifié fortement l'environnement naturel et favorisé l'émergence de maladies infectieuses (cf. paludisme, dengue, fièvre jaune, grippe aviaire, virus du chikungunya, ébola…) par la perturbation des interactions qui existent entre les espèces.

Acteurs des maladies infectieuses

Rat Calomys callosus
© Droits réservés. Association Pybio (www.PyBio.org)
Aedes albopictus : vecteur du chikungunya.
© IRD Photothèque  / Dukhan, Michel

video Lorsqu'une nouvelle maladie apparaît, plusieurs espèces-acteurs entrent en jeu :

  • les pathogènes : virus, en nombre quasi infini en raison de leur diversité génétique et de leur fort potentiel d'évolution, mais aussi bactéries, protozoaires et métazoaires parasites ;
  • les vecteurs qui transmettent la maladie : il s'agit surtout d'arthropodes (moustiques, tiques…) et de mollusques (zooplancton…) qui hébergent et transmettent les pathogènes ;
  • les réservoirs qui amplifient et disséminent les pathogènes sans forcement montrer les signes de la maladie : vertébrés et invertébrés, en fonction des maladies.

Les espèces vectrices et réservoirs jouent un rôle majeur dans le développement et la propagation des maladies infectieuses, comme nous l'ont récemment rappelé l'apparition de la grippe aviaire en Europe et l'épidémie de chikungunya dans l'île de la Réunion et en Europe.

Facteurs d'apparition des maladies infectieuses

Travail des champs (Cuba)diaporama
© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)
© IRD Photothèque  / de Foresta, Hubert
© Christophe Maitre / INRA
© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)
© IRD Photothèque  / Descroix, Luc

video Aujourd'hui, cinq facteurs principaux favorisent l'apparition ou la réapparition (lorsque la maladie avait disparu d'une région) de ces maladies :

Mieux comprendre pour mieux surveiller

Flamants roses (Phoenicopterus ruber)
© IRD Photothèque  / Meunier, Jean-Yves

Les organismes de recherche et les services de l'Etat mettent en place des systèmes de surveillance spécifiques à chaque maladie émergente, pour suivre l'évolution des pathogènes, des vecteurs ou des espèces réservoirs sur le territoire. Ces méthodes ne permettent cependant pas de surveiller le commerce de volailles domestiques, dont la part de responsabilité dans les épidémies comme la grippe aviaire en Europe est bien plus importante que celle des oiseaux migrateurs.

Certains projets scientifiques tentent de prendre en compte l'ensemble des facteurs d'évolution des maladies émergentes. Ils permettent d'établir des outils (modèles de prédictions, cartes de distribution des risques…) utiles aux pouvoirs publics lors des épidémies. C'est par exemple le cas du projet européen Eden (Emerging diseases in a changing european environment) qui cherche à comprendre et quantifier l'impact des changements environnementaux sur le risque d'émergence, ou de réémergence de maladies humaines.

Soins alloparentaux dans un groupe de Macaques de Tonkéan Macaca tonkeana au Centre de Primatologie du Fort de Niederhausbergen
© CNRS Photothèque  /  THIERRY Bernard

Afin de mieux connaître et de mieux comprendre les organismes pathogènes et les espèces hôtes (vecteurs ou réservoirs), les scientifiques s'intéressent de plus en plus à " l'écologie de la santé ". Ce domaine de recherche concerne les conditions écologiques de développement des maladies, les interactions et l'écologie des animaux vecteurs. Et cherche à éliminer la maladie en modifiant le milieu de vie du pathogène, en rétablissant la concurrence avec de nouvelles espèces (pas d'élimination directe du pathogène).

Notons cependant que toute modification des écosystèmes n'est pas forcement néfaste à la biodiversité et aux humains. Si l'on veut être capable de prédire les conséquences possibles des modifications d'un écosystème sur l'évolution des maladies infectieuses, il faut être capable de faire des analyses transversales approfondies des milieux naturels, de leur biodiversité et de leurs interactions. Il est donc indispensable de développer et approfondir les recherches dans ce domaine complexe.

Rédaction :

Manuelle Rovillé

Validation scientifique :

Serge Morand (Directeur de recherche à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier – Université Montpellier

Sources de l'article


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