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La domestication des céréales : une histoire d’aptitude génétique

Culture de mil tardif au Sénégal.Dans la nature, pour une population de céréales sauvages, la germination des graines tombées à terre n’est pas synchrone : celle-ci s’étale dans le temps. Des substances inhibitrices à la germination contenues dans les petites feuilles qui enserrent les grains (les glumes et les glumelles) induisent des retards pour une fraction d’entre elles : ce phénomène s’appelle « dormance ». Cette répartition de la germination sur les saisons, favorise la survie de l’espèce : en cas de coup dur, elle peut ainsi attendre des temps meilleurs…© Cirad / DANCETTE Claude

Sorgho.Dès lors que des céréales sont semées et récoltées ensemble, seuls leurs grains non inhibés (non dormants) « restent en jeu » et sont donc utilisés pour la mise en culture suivante.
Première conséquence : les lignées à grains les plus dormants, c’est-à-dire possédant les glumes et les glumelles les plus épaisses, se trouvent éliminées.
Autre facteur de sélection : pour une zone de semis donnée, les grains les plus vigoureux dominent et auront donc une descendance plus nombreuse qui servira à fournir la semence de la saison suivante… Ce qui influe sur la composition sucres/ acides gras/ protéines des grains obtenus : les plantules vigoureuses proviennent des gros grains les plus riches en sucres.© Inra

La moisson achève ce travail de tri en éliminant les lignées à maturité tardive et resserre la période d’apparition des efflorescences. Elle fait disparaître également les lignées ayant des tiges trop fragiles et des grains trop facilement détachables qui tombent précocement à terre.

Au bout du compte, les caractères qui faisaient les performances de ces céréales dans la nature (par exemple l’adaptation aux coups durs grâce à la dormance) se trouvent être des handicaps automatiquement évincés en quelques générations par les pratiques culturales humaines qui, au contraire, favorisent les caractères inverses dont l’ensemble constitue le « syndrome de domestication ».

Culture de millet (Indre-et-Loire). Cette aptitude d’une plante à être domestiquée - à passer de la forme sauvage à la forme cultivée - s’explique par des caractéristiques génétiques et reproductives : les gènes commandant cette aptitude, sont peu nombreux et groupés sur un même chromosome, donc facilement transmissibles en bloc (maïs, mil). De plus, certaines plantes telles que le maïs, le sorgho, le millet, le blé, l’orge et le riz, se reproduisent surtout par autofécondation (cellules femelle et mâle provenant du même sujet) et donc risquent peu de s’hybrider avec leur forme sauvage : les caractères qu’elles acquièrent sont alors facilement conservables.
Ensuite, et ce de manière cette fois volontaire, le cultivateur choisira les lignées les plus avantageuses pour lui, selon ses propres critères.© Inra / CARRERAS Florence

Enfin, on peut noter que cette domestication des céréales (et d’autres plantes) n’a pu apparaître tant que l’abondance de céréales sauvages facilement récoltables suffisait à nourrir la population humaine concernée.

Rédaction :

Maryvonne Tissier (directrice de communication à la FRB)

Source :

Histoire des agricultures du Monde, Marcel Mazoyer et Laurence Roudard, 1997, Ed. du Seuil


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