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Prés-vergers : des espaces propices pour l’abri d’espèces sauvages et la protection des cultures

Le verger traditionnel de haute tige (branches charpentières insérées sur le tronc entre 1,8 et 2,2 m au-dessus du sol) offre une large palette de micro-habitats (plantes herbacées, bourgeons, fleurs et fruits, cavités, bois mort et écorces) du fait de sa diversité structurelle, de la variété des ambiances climatiques (humides, sèches, ensoleillées, ombragées, protégées ou non du vent) et des pratiques agricoles (fauchage ou non). Il est ainsi devenu le refuge d’espèces en déclin, voire menacées d’extinction. Près de 2400 espèces végétales et animales y ont été recensées en France et en Allemagne dont 408 sont menacées d’extinction. Cette grande richesse traduit aussi l’étendue et la variété des caractéristiques de l’aire géographique où sont implantés ces prés-vergers.

videoVerger conservatoire du Parc Naturel des Vosges du Nord.Le pré-verger entretient des chaînes alimentaires diversifiées. Par exemple, la chouette chevêche affectionne les cavités des vieux noyers, pommiers ou poiriers où elle se cache le jour et élève sa nichée. Le bouvreuil, dont les effectifs sont en déclin, est attiré par les bourgeons. En hiver, les vergers accueillent les populations hivernantes de grive mauvis et grive litorne. En Alsace, 35 espèces d’oiseaux nicheurs ont été dénombrées, dont 10 ne s’observent plus que dans ces vergers. La moitié de ces oiseaux sont des cavernicoles, comme le torcol fourmilier, la huppe fasciée, le pic-vert, le moineau friquet, l’étourneau ou les mésanges. Les vergers de cerisiers à hautes tiges attirent une importante population de gros-becs. Les vergers de mirabelliers abritent une forte densité de torcols et de rouges-queues à front blanc – 41 espèces ont été observées – ainsi que plusieurs espèces de chauves-souris (sérotine, noctule, grand rhinolophe, oreillard roux et pipistrelle commune), de lérots, de loirs et de fouines. 75 espèces de syrphes (mouches à allure de guêpe ou de bourdon) ont été inventoriées en Midi-Pyrénées dont 5 espèces patrimoniales (rares à l’échelle nationale).

(Interview de Jean-Claude Génot, chargé de la protection de la nature au Parc naturel régional des Vosges du Nord).
© CNRS/sagascience
© Manuelle Rovillé

La diversité des espèces (oiseaux insectivores, chauves-souris, insectes auxiliaires) permet de préserver l’équilibre biologique des milieux, ce qui constitue le principal atout des prés-vergers. Les populations de ravageurs des feuilles (pucerons), des bourgeons et surtout des fruits (chenilles) restent faibles grâce à la présence de nombreux « ennemis ». Les variétés rustiques résistent aussi aux principaux champignons. Certes, la production de fruits y est moindre que dans les vergers intensifs, mais elle est compensée par la qualité, par la production de fourrage et souvent de miel.

Le ravageur du pommier, l’acarien rouge, offre un exemple intéressant. Une étude menée en 1996 dans 19 vergers du Nord de la France montre que les vergers intensifs ne comptent qu’une seule espèce de prédateur d’acariens, les vergers en agriculture biologique deux et les vergers de plein vent (ou haute tige, c’est-à-dire de plus de 1,60 m), six. La principale espèce recensée fait aujourd’hui l’objet de lâchers dans le cadre de la lutte biologique.

Verger conservatoire du Parc Naturel des Vosges du Nord.Les vergers abritent aussi de nombreuses espèces de syrphes dont un tiers est constitué d’espèces à larves mangeuses de pucerons, qui limitent donc les infestations. Les vergers de plein vent, et plus généralement les autres milieux naturels, jouent aussi un rôle de réservoir d’auxiliaires (protecteurs des cultures contre les ravageurs) qui profite aux productions intensives.© Manuelle Rovillé

L’équilibre biologique des prés-vergers permet une production élevée sans aucun traitement chimique : rappelons que la production de pomme à couteau en verger intensif de basse tige nécessite en moyenne 37 traitements chimiques.

Rédaction :

Maryvonne Tissier (directrice de communication à la FRB)


Validation scientifique :

Jean-Denis Vigne (Directeur de recherches au CNRS, directeur du Laboratoire Archéozoologie et histoire des sociétés, MNHN / CNRS)

Source :

Extrait de « Systèmes agroforestiers et bocagers, savoirs locaux et biodiversité » par Philippe Pointereau, dans Biodiversité et des savoirs naturalistes locaux en France (Cirad, Iddri, IFB, Inra)


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