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Manger ou rouler ? Faudra-t-il choisir ?

« La fabrication de biocarburants est un crime contre l'Humanité » déclare dans la presse, en juin 2008, Jean Ziegler, rapporteur de la Commission des droits de l'homme des Nations unies pour le droit à l'alimentation.

Les émeutes de la faim qui éclatent régulièrement depuis quelques années dans de nombreux pays du Sud (en 2008 : en Haïti et en Argentine, en Afrique occidentale et au Maroc, en Egypte et au Mozambique, au Pakistan, au Bengladesh, au Népal et au Sri Lanka, en Thaïlande, en Indonésie et aux Philippines) remettent en cause cette solution proposée pour pallier la pénurie annoncée en combustibles fossiles.

Stockage, sur des aires en bout de champ, des betteraves récoltées avant le traitement en usine (Somme). Ces « biocarburants » (diester, bioéthanol) qu'il convient plutôt d'appeler agrocarburants car ils ne sont pas produits par valorisation de déchets mais à partir de cultures de betterave, de céréales, de canne à sucre ou d'oléagineux (palmier à huile, soja, colza, tournesol...) risquent de perturber gravement les sols, la biodiversité, les paysages et les sociétés humaines, mais aussi le cours des matières premières alimentaires sur les marchés mondiaux agricoles. Ceux-ci le sont déjà fortement en raison de l'émergence de grands pays tels que l'Inde et la Chine qui voient leur consommation alimentaire augmenter fortement mais également en raison de crises financières mondiales et des perturbations climatiques.© Inra photothèque / BOSSENNEC Jean-Marie

La gravité de la compétition d'usage des terres agricoles va évidemment dépendre de leur surface dans les différents pays. Mais cette compétition dépendra aussi du choix spéculatif des grands pays producteurs de céréales s'ils choisissent de les transformer en agrocarburants au lieu de les exporter, créant ainsi la pénurie et faisant flamber les cours : c'est ainsi qu'en 2008, les Etats-Unis ont décidé de distiller la majorité de leur production de maïs pour en faire du carburant, le retirant de leur usage agricole -nourriture du bétail- et entraînant une hausse de 60% de son cours mondial.

Promotion du colza à usage non alimentaire, destiné à l'obtention de diester.Une autre interrogation sur les agrocarburants concerne directement la biodiversité des zones agricoles. A l'heure actuelle, la quasi-totalité des productions agricoles concernent in fine l'alimentation, humaine ou animale. Dès lors, et quels que soient les systèmes agricoles utilisés, la surveillance des résidus d'intrants dans les produits de l'agriculture freine l'utilisation outrancière des pesticides ou des engrais, qu'il s'agisse de préoccupations sanitaires ou simplement commerciales, des produits trop contaminés pouvant être refusés à l'exportation. Tout au contraire, les productions végétales destinées aux agrocarburants ont une destination purement industrielle, plus besoin de contrôler les résidus dans des produits que ni hommes ni animaux ne vont consommer. Le coton, qui est actuellement la seule production végétale à vocation industrielle d'importance, nous fournit malheureusement d'innombrables exemples des excès de cette agriculture sans garde-fous, et ce ne sont pas les riverains de la mer d'Aral qui penseront le contraire !© Inra photothèque / CAIN Anne-Hélène

Il existe de par le monde 1,5 milliard d'exploitations agricoles : que vont-elles peser, elles et leurs productions vivrières d'aliments diversifiés qui s'inscrivent pourtant dans la voie de la gestion durable de la Planète et qui étaient déjà en concurrence avec les productions massives et subventionnées des pays occidentaux, face au raz-de-marée des palmiers à huile, des betteraves et de la canne à sucre, du maïs et du colza ?

Rédaction :

Maryvonne Tissier (directrice de communication à la FRB)

Validation scientifique :

Pierre Zagatti (directeur de recherche à l'Inra)

Sources et pour en savoir plus :

Rapport ONU sur l'alimentation


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