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Alimentation et biodiversité

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Pratiques locales, amorces de solutions générales ?

Alimentation et lutte contre l'érosion génétique

Région d'Ankober, Ethiopie. 3500 m. d'altitude. Habitat et cultures traditionnels.Après la sélection poussée des variétés agricoles -les céréales en sont l'exemple type- menaçant aujourd'hui l'assurance-garantie alimentaire, la solution va t-elle venir des petits agriculteurs « du bout du monde » comme de ceux du monde occidental ? La dépendance actuelle de l'espèce humaine à quelques espèces cultivées ou élevées, a de quoi inquiéter car elle la rend très vulnérable face aux catastrophes possibles (changements climatiques entre autres). Pourtant, loin du monde occidentalisé, des paysans pauvres continuent toujours à tirer profit de cultures aux variétés multiples, à la mise en commun de semences : cet élargissement de la diversité génétique les met à l'abri des coups durs et leur permet de cultiver dans des conditions difficiles.© IRD photothèque / Aing, Annick

Dans les pays développés également, en France en particulier, des scientifiques, des amateurs ou des professionnels se mobilisent. Au-delà de l'agriculture et de la sécurité alimentaire, cette mobilisation peut aussi concerner des espèces sauvages.

Production alimentaire et aménagement des territoires

Un agriculteur produisant en agriculture biologique a préparé quelques-uns de ses produit pour une vente directe à la ferme (Drôme)Aujourd'hui, de nouveaux défis alimentaires apparaissent : changement du climat, problème de la disponibilité de l'eau douce, population humaine croissante, développement durable. L'espoir de les relever existe et réside dans le concept de « révolution doublement verte », fondée sur les biotechnologies et l'utilisation raisonnée de la biodiversité.
L'agriculture doit devenir l'un (sinon le principal) des moyens de gérer le maintien de cette diversité biologique par la conservation de la diversité des espèces, races et variétés qu'elle gère, mais aussi par la prise en compte de l'aménagement des territoires : ainsi, l'établissement d'une « trame verte écologique » remédierait à la destruction des habitats et au « mitage » des aires de développement des espèces non agricoles.© Inra photothèque / MEURET Michel

La recherche agronomique se montre consciente de la nécessité de préserver la diversité génétique des espèces. Ce qui conduit à la mise en place de stations de conservation dans le cadre d'ententes internationales, de collections relatives à l'agriculture, et à la création de structures de conservation de la diversité génétique animale relative à l'élevage.

Savoir-faire locaux et biodiversité, agents de valorisation

Les savoirs locaux « traditionnels » dans le domaine de l'alimentation comme dans d'autres, tels que la santé, se trouvent largement répandus sur la planète. Ils représentent une tentation d'appropriation pour les industries. Pour leur protection, le brevet n'est pas forcément approprié puisque il exige un caractère de « nouveauté innovante ». Ce que ne possèdent pas ces savoirs qui ont souvent déjà fait l'objet de publications ou de diffusions, savantes ou non, écrites ou non.
La procédure des « indications géographiques » (IG) qui connaît aujourd'hui un rayonnement international et qui a pour objectif premier de protéger un nom géographique (ou toute indication ayant vocation à désigner un produit) offre souvent l'opportunité de participer au maintien, voire de réactiver la diversité biologique.

Domaine expérimental viticole de Couhins, Bordeaux (AOC).Ainsi, en France, un des moyens de protection de ces savoirs vis-à-vis d'une industrialisation sans retour équitable vers la population humaine concernée, se trouve dans la reconnaissance des « terroirs » à travers celle des appellations d'origine contrôlée (AOC, appellation définie par la loi). Une AOC peut fournir la base pour une valorisation locale et un développement économique souvent bienvenus. La biodiversité y trouve également son compte, car une biodiversité valorisée est une biodiversité conservée !© Inra photothèque / MAITRE Christophe

Dans un certain nombre de pays occidentaux, se forment en parallèle des mouvements de consommateurs en soutien à cette alliance « bon goût culinaire/sauvegarde de la diversité des espèces/ fixation des populations locales ». Des recherches scientifiques fondamentales sont mêmes consacrées à ce thème.

Cependant, les appellations contrôlées illustrent bien un paradoxe de la conservation de la diversité et de la tradition : que protéger et jusqu'à quel degré de détail ? Les produits alimentaires traditionnels recouvrent une multitude de conditions de production visibles et contrôlables (terroir, modes de culture et de fabrication) mais aussi invisibles et non contrôlables (ne serait-ce que l'opérateur humain). Il apparaît donc un peu illusoire de vouloir tout normer alors que la tradition accommode elle-même ses exigences, telle la cuisine qui fait évoluer en permanence ses recettes... De plus, une « surenchère au patrimoine alimentaire » exclue les producteurs « non absolument normés »... mais aussi les clients ne pouvant payer un produit, si exigeant qu'il en devient produit de luxe.

Rédaction :

Maryvonne Tissier (directrice de communication à la FRB)

Validation :

Laurence Bérard (chargée de recherche au CNRS)


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