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Trame verte pour sauvegarder la biodiversité

Une circulation et des échanges rendus de plus en plus difficiles pour les espèces

Tunnel végétalisé pour le passage des animaux (Sicile)L'idée de protection de la nature semble avoir émergé à partir de celle de la protection d'espèces de gibier, en régression du fait d'une pression de chasse trop importante. C'était déjà le cas du petit état de Venise en 726... Depuis cette date, pour protéger la forêt, les paysages ou la nature dans ce qu'elle a de plus extraordinaire (« monuments naturels ») ou de plus remarquable en termes de patrimoine naturel (espèces endémiques ou rares ou menacées...), on a pris l'habitude de « mettre en défens » des fragments de territoires sous l'étiquette d' « espaces protégés » (des réserves naturelles aux parcs nationaux).© Jean-Claude Lefeuvre

Jusqu'au milieu du 20e siècle, ces fragments inclus dans une matrice de nature ordinaire « perméable » (landes, garrigues, forêts, prairies permanentes ou champs aux cultures diversifiées et connectés à des bosquets ou entourés de haies bocagères) ont pu recevoir ou diffuser des espèces. Puis, le remplacement de la polyculture par la monoculture, l'usage des pesticides, l'arasement des haies et des bosquets, la disparition des zones humides, des forêts rivulaires (formations boisées le long des cours), ont fait disparaître les structures aptes à la diffusion des espèces, isolant plus ou moins les fragments de nature « protégée ».

Parallèlement, la conception française des grands axes routiers et ferrés, basée sur la technique de construction désignée sous le nom de déblais-remblais, a contribué à la création d'un réseau de barrières fragmentant le territoire national et isolant encore un peu plus les espaces protégés.

La fragmentation des habitats est responsable du déclin de la biodiversité

Autoroute surélevée ne bloquant pas le passage des animaux (Sicile)On comprend pourquoi de nombreuses recherches scientifiques se sont focalisées sur l'évaluation des conséquences de cette fragmentation et l'avenir de populations subdivisées dans un environnement devenant hostile. Il en résulte que la fragmentation des habitats est souvent désignée comme la principale cause du déclin de la diversité biologique, notamment en Europe : la facilitation des mouvements entre fragments devient de plus en plus cruciale pour la survie de nombreuses espèces, en particulier dans le contexte de changements climatiques. Le succès de la dispersion et du maintien des migrations des espèces, exige un réseau interconnecté d'habitats : il devient nécessaire de lever le handicap de la fragmentation du territoire national en privilégiant la technique des viaducs (pour éviter les barrières « remblais ») ou des tunnels (pour éviter les déblais qui fragmentent les zones naturelles traversées), en exigeant une perméabilité des ouvrages (pour éviter d'avoir à faire les « crapauducs » et autres « loutroducs »...). Une autre conception des ponts et des bermes (espaces entre la route et le talus) est de plus nécessaire pour transformer des morceaux d'espaces « re-naturés » en corridor écologique le long des autoroutes.© Jean-Claude Lefeuvre

Parallèlement, la construction d'un réseau écologique reliant les différents espaces protégés ou intéressants pour la préservation du patrimoine naturel, se révèle indispensable à plusieurs   échelles : locale (exemple du bocage), régionale et nationale. A cette échelle, les éléments formant de tels corridors doivent permettre d'associer aussi bien certains espaces agricoles comme les prairies permanentes que des zones encore naturelles, dont certaines classées en Znieff (zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique) prendront un autre statut, des zones du réseau écologique européen Natura 2000 (pour la préservation des habitats naturels et d'espèces), etc... Les interruptions devront donner lieu à une politique de restauration, réfléchie en fonction des différents milieux naturels qui doivent être interreliés.

La conception de ces réseaux écologiques est inscrite dans les plans d'aménagement des Pays-Bas depuis 1990. Elle a été reprise par la Pologne et divers pays d'Europe centrale. La création d'un réseau écologique européen, envisagée depuis plus de vingt ans commence également à voir le jour. Le premier élément concret « the european green belt » doit relier les Balkans à la Norvège, en empruntant, sur une grande partie de son parcours, le tracé de l'ancien rideau de fer. En France, une des mesures phares du projet de loi issu du « Grenelle de l'Environnement » tenu en octobre 2007, concerne la trame verte et bleue qui doit permettre de définir et de relier les grands ensembles naturels du territoire. Cette loi a été examinée en Conseil des ministres en juin 2008.

Rédaction :

Maryvonne Tissier (directrice de communication à la FRB)

Validation scientifique :

Jean-Claude Lefeuvre (Président de l'Institut français de la biodiversité) et Robert Barbault (Professeur à l'Université Pierre et Marie Curie, directeur du Département Ecologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d'histoire naturelle)


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