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Les écosystèmes fragilisés

Au cours de ce siècle, selon le quatrième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), la capacité de nombreux écosystèmes à retrouver un fonctionnement normal sera probablement insuffisante face à l'accumulation sans précédent des changements climatiques et des perturbations (inondations, sécheresses, incendies, insectes, acidification des océans etc.) qui leur sont associées.

Si l'augmentation de la température mondiale moyenne dépassait 1,5 à 2,5°C, jusqu'à 20 à 30% de la faune et de la flore seraient probablement menacés d'extinction. Et la grande majorité des écosystèmes serait touchée : les pôles, les zones arides, les forêts, les fleuves et les lacs, les îles, les côtes et les mers. Or, pour subvenir à leurs différents besoins -se nourrir, se distraire, voyager, bâtir leur culture-, les êtres humains utilisent la majorité de ces écosystèmes. Si la biodiversité qu'ils représentent est touchée, c'est tout le fonctionnement des sociétés humaines qui en pâtira.

Les pôles

Océan Arctique, des cuvettes d'eau douce se forment à la surface de la glace de mer.Les pôles d'abord où la faune, la flore, les êtres humains vivent dans des conditions extrêmes. Là, les morses, les ours polaires et les mammifères marins sont menacés faute de glace pour se reposer et trouver leur nourriture. Des exemples : en 1980 le poids moyen des ours polaires à l'ouest de la baie d'Hudson aux Etats-Unis avoisinait les 295 kilos. En 2004, il n'était plus que de 229 kilos. Raison probable ? La débâcle de plus en plus précoce des glaces. De même, la réduction de 50% de la population de manchots empereur en Terre Adélie serait due au rétrécissement des glaces marines. La diminution des bancs de krill - ces petites crevettes d'eau froide qui jouent un rôle important dans la chaîne alimentaire puisque les calamars, les mammifères marins, des oiseaux et des poissons s'en nourrissent - est également attribuée au retrait des glaces.
L'ensemble de ces modifications n'est pas sans conséquences sur les pêches et les modes de vie des populations humaines locales.© CNRS Photothèque / FAIN Xavier

Les terres arides et sub-humides

Ce sont dans les zones sub-humides et semi-arides que vivent la plupart des populations humaines du continent africain. De petits changements de température, ou de régime des précipitations peuvent avoir, dans ces terres fragiles, des conséquences très graves sur la diversité biologique et les écosystèmes. Selon les prévisions du Giec, la désertification serait aggravée par une diminution des précipitations annuelles moyennes. Ces effets conduiraient à une diminution des ruissellements et de l'humidité des sols. Les risques de feux seraient alors accrus. Les plantes et les animaux à mobilité limitée et qui vivent dans des réserves ou dans des paysages plats ne pourraient pas migrer vers des zones plus favorables à leur survie. Les grands pâturages libres sont également menacés ainsi que les zones humides dans les régions arides. Or, ces terres nourrissent deux milliards de personnes grâce à des cultures vivrières et des animaux d'élevage.

Les forêts

Arbre de la famille des Apocynaceae. Forêt secondaire de 29 ans (Guyane française).Selon l'Organisation mondiale pour l'agriculture (FAO), les forêts qui recouvrent un tiers de la surface de la Terre renferment environ les deux tiers de toutes les espèces terrestres connues et représentent d'énormes ressources pour les humains. Or, ces vastes étendues d'arbres, de plantes, de broussailles (et la vie animale associée) sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques : les modifications de température et de précipitations peuvent avoir des conséquences importantes sur leur croissance. Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue), un accroissement de 1°C suffit à modifier le fonctionnement et la composition des forêts. En parallèle, la moitié des primates et 9% des espèces d'arbres connues courent déjà le risque de disparaître. Et les plantes ligneuses (arbres, arbustes) sont peu capables de se déplacer vers les pôles. Au Canada par exemple, il est peu probable que les espèces d'épinette blanche, cet épicéa emblématique du Manitoba et du Dakota du Sud au Canada, puissent migrer à un rythme qui suivrait le changement climatique. De plus, les forêts pourraient être de plus en plus menacées par les feux, les parasites et les nuisibles.
Vue sur la côte ouest, depuis le plateau de Tango, reboisé en pins des Caraïbes.  (Nouvelle Calédonie)Selon une étude scientifique menée en France (1), un accroissement de la température moyenne de 2°C entraînerait un triplement de la surface occupée par des espèces méditerranéennes comme le chêne vert, l'olivier et les pins. Celles-ci occuperaient alors 28% de la superficie forestière métropolitaine contre 9% actuellement. Les forêts artificielles plantées par l'homme où une seule essence d'arbre prédomine, pourraient bel et bien disparaître, tandis que celles comptant de nombreuses espèces pourraient s'adapter.
En parallèle, la période de croissance des arbres augmente en raison de l'accroissement de la température et du taux de carbone dans l'atmosphère. Les bourgeons apparaissent plus tôt et les feuilles tombent plus tard. Résultat positif, les arbres sont plus gros et plus hauts tels les pins d'Alep et les pins laricio en Provence (+ 4 mètres en 100 ans), ainsi que les chênes (+ 8 mètres).© IRD Photothèque / de Foresta, Hubert© IRD Photothèque / Wirrmann, Denis

Les eaux intérieures

Lac près de Cochabamba (Bolivie)Qu'elles soient douces ou salées, les eaux situées à l'intérieur des continents et des îles constituent de riches écosystèmes. L'eau douce de surface - lacs, rivières - par exemple qui ne représente que 0,01% de l'eau de la planète abrite une biodiversité importante avec près de 130 000 espèces soit environ 7,6% de toutes les espèces décrites. Or, le réchauffement climatique a déjà eu un effet sur certaines d'entre elles : durant les dernières décennies, 20% des espèces de poissons d'eau douce ont déjà disparu, sont en voie d'extinction ou menacées. La diminution de la diversité biologique des eaux douces est plus marquée que pour les autres écosystèmes terrestres et marins selon la Convention sur la diversité biologique et le rapport du groupe international de scientifiques « Millenium Ecosystem Assessment ».
De plus, les transformations du rythme et de l'intensité des pluies et de la fonte de glace, modifieront les débits des cours d'eau et transformeront du même coup les habitudes de reproduction et d'alimentation de différentes espèces. En résumé, le réchauffement des rivières, la réduction des glaces, la modification des débits, l'accroissement de la fréquence des périodes de crues ou de sécheresse, auront des effets sur la diversité biologique des ruisseaux, entraîneront le déplacement vers les pôles de certaines espèces, et des changements dans la reproduction des oiseaux migrateurs. En parallèle, des températures plus élevées modifieront les cycles thermiques des lacs, des rivières et la solubilité de l'oxygène et d'autres éléments. Une diminution de l'oxygène dans l'eau pourrait modifier la structure des communautés d'organismes vivants, généralement dans le sens d'un appauvrissement, car certaines espèces à forte valeur économique telles que la truite, le saumon de fontaine, ou l'omble chevalier ne vivent que dans des milieux propres, frais et oxygénés.© IRD Photothèque/ Changeux, Thomas

Les îles

Iles de Nouvelle CalédonieCes bandes de terre isolées au milieu des mers, à la diversité biologique riche, sont souvent très fragiles. Actuellement 23% des espèces insulaires sont considérées en voie d'extinction contre 11% pour le reste de la planète comme le notait une étude scientifique du journal international Insula. Lorsque les îles, comme c'est le cas par exemple pour les Maldives, possèdent la plus grande partie de leurs terres à fleur d'eau, toute élévation du niveau de la mer a des conséquences directes sur leurs écosystèmes terrestres et leur population humaine.© IRD Photothèque/ Jollit, Isabelle

Coraux (Madagascar).Et la hausse de la température de l'eau de mer ainsi que les changements de sa composition chimique ont un impact sur les espèces marines. « Le blanchiment du corail, l'élévation du niveau de la mer et la modification des migrations de poissons pèsent sur l'avenir des îles Palaos (dans l'archipel des îles Caroline dans l'océan Pacifique) et d'autres petits états insulaires » a fait remarquer Elias Camsek Chin le vice-président des îles Palaos, lors d'une assemblée générale des Nations unies en septembre 2006. Avec une élévation du niveau de la mer de 1 mètre, 14% de la surface de l'île de Tongatapu aux Tonga et 80% de celle de l'atoll de Majuro dans les îles Marshall seraient recouvertes en modifiant la biodiversité générale. Des processus semblables devraient nuire aux espèces végétales endémiques à Cuba. A Hawaï, ce sont les oiseaux nicheurs qui sont menacés. Ces changements auront évidemment un impact sérieux sur la pêche, l'agriculture, le tourisme et donc sur la culture des peuples insulaires.© IRD Photothèque/ Laboute, Pierre

Les mers et les côtes

Paysage des îles Marquises.Les océans constituent le plus vaste habitat de la planète. Ils abritent un nombre considérable d'espèces - 25 000 espèces de poissons ont déjà été décrites. Actuellement la surexploitation constitue la principale cause des extinctions d'espèces marines (55%) suivie par la destruction des habitats (37%). Le reste est attribué au changement climatique, aux espèces envahissantes, aux pollutions et aux maladies.
Le réchauffement du climat accroît la fréquence et la variabilité d'évènements extrêmes comme El Niño (un courant marin chaud qui se forme près de l'équateur à l’Est de l'Océan Pacifique) fin décembre et comme La Niña (phénomène inverse de El Niño) qui tous deux fragilisent les espèces comme tous les phénomènes climatiques violents. Sous les tropiques, l'élévation de la température des eaux et les conditions particulières de la circulation des eaux entraînent la mortalité massive de récifs coralliens, avec de fortes conséquences sur la pêche et le tourisme. Quant aux régions côtières, elles contiennent des écosystèmes eux aussi très riches et d'une grande importance biologique et économique tels que les mangroves, les herbiers marins, les marais salants, tous menacés.© IRD Photothèque/ Iltis, Jacques

Les montagnes

Le glacier du Conway. (Norvège)Les montagnes couvrent 27% de la surface des terres émergées. Les espèces montagnardes - et principalement celles situées sur des îles - ont une capacité réduite à se réfugier en haute altitude pour échapper aux changements des conditions climatiques de leurs zones de répartition. Dans les Alpes par exemple, certains végétaux ont commencé à migrer en altitude au rythme de un à quatre mètres par décennie. Et certaines espèces qui ne poussaient qu'au sommet ont disparu.
En parallèle, la fonte des glaciers modifie la rétention et la distribution des eaux. Tous les écosystèmes en aval sont touchés, avec des conséquences sur la biodiversité des rivières et sur l'espèce humaine. Entre 1850 et 1980, en Europe, les glaciers ont perdu un tiers de leur surface et la moitié de leur masse. Depuis 1980, entre 20 à 30% de la glace restante ont disparu dont 10% durant la canicule de 2003. Dans notre pays, la Mer de glace, le plus célèbre glacier du Mont Blanc, est fortement touchée : son front est remonté de 1100 à 1600 mètres d'altitude et en dessous de 2100 mètres le glacier a perdu 1 mètre de hauteur par an entre 1979 et 1994 et 4,1 mètres entre 2000 et 2003.© CNRS Photothèque/ MERCIER Denis

(1) selon une étude de l'Inra et de Météo France (Balian et al., 2004)

Rédaction :

Françoise Harrois-Monin (Journaliste scientifique)

Validation scientifique :

Serge Morand (Directeur de recherche à l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier - Université Montpellier 2)

Sources de l'article


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