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Des espèces en danger

Avec le réchauffement climatique, et la modification des différents écosystèmes qu'il va entraîner, la faune et la flore que les êtres humains côtoyaient dans leur environnement quotidien vont changer.
Et demain, certaines espèces vont se raréfier ou disparaître, d'autres au contraire vont proliférer dans des lieux où on ne les attendait pas. La diversité associée à chaque paysage est menacée ainsi que la diversité des paysages eux-mêmes : plus de déserts, moins de glaciers.
Le Chott El Jerid, lac salé asséché du Sahara tunisienAvec la rapidité du changement, certaines espèces n'auront pas le temps de se réadapter et certaines d'entre elles seront piégées car leur habitat sera trop fragmenté pour qu'elles puissent migrer ou bien encore, parce que leurs sources de nourriture disparaîtront. D'autres au contraire en profiteront, comme les espèces opportunistes, capables de s'adapter rapidement à des milieux changeants. Citons la jussie, cette plante vivace aquatique originaire d'Amérique du Sud ou du Sud des Etats-Unis qui est devenue, en Europe une redoutable espèce envahissante des milieux naturels humides et aquatiques calmes.
De plus, certains oiseaux migrateurs comme le gobe-mouche noir risquent aussi de disparaître du ciel européen faute de revenir de leur long périple à temps pour nourrir leurs petits dont les mets favoris - les chenilles - ont un cycle de vie avancé en raison du réchauffement climatique.
Au total la biodiversité de la faune comme de la flore va s'amenuiser. Selon une étude de Nature parue en 2004, le changement climatique pourrait provoquer la disparition de plus d'un million d'espèces d'ici à 2050 : entre 15 et 37% des espèces terrestres de la planète seraient ainsi concernées.© Inra Photothèque/ MADZAK Catherine

Les coraux de la planète en voie d'extinction ?

Ils font le bonheur des plongeurs sous-marins en raison de la beauté et de la richesse des trésors biologiques qu'ils abritent. Avec leur 600 000 km2, ils occupent à peine 0,2% de la superficie des océans. Près de 8% des êtres humains de la planète vivent à moins de 100 kilomètres d'un récif corallien.
On compare souvent les coraux aux forêts tropicales en raison de la complexité des relations entre les organismes qui les constituent et en raison de leur fragilité. Or, ils sont l'habitat de 93 000 espèces, soit un tiers de toutes les espèces marines. Par exemple à Lifou (Iles Loyauté, Nouvelle Calédonie), sur 5000 hectares de coraux, on recense 2500 espèces de mollusques, soit 40% de plus que dans toute la Méditerranée (1800 espèces) qui s'étend sur 300 millions d'hectares.
D'un point de vue économique, on estime à 375 milliards de dollars la valeur annuelle des ressources qui en sont issues : matériaux de construction, nourriture, emplois dans les secteurs de la pêche et du tourisme. En ce qui concerne la pêche, 6 millions de tonnes de poissons par an proviennent des récifs coralliens, ce qui représente 25% des poissons pêchés dans les pays en développement.
Or, le réchauffement qui s'est manifesté à l'échelle mondiale sur les dernières décennies a eu des conséquences sur les récifs coralliens en accentuant les températures extrêmes lors des évènements « El Niño ». Ces courants marins chauds surviennent dans l'océan Pacifique associées à des conditions océanographiques anormales. Pourquoi ? Parce que les coraux qui constituent les grandes formations récifales, vivent en association avec des algues symbiotiques, les zooxanthèles. A la suite du stress thermique, ils les perdent, blanchissent, puis à terme, meurent sur de vastes étendues. Il suffit d'une anomalie de température de 1°C au-dessus des moyennes maximales durant quelques semaines pour engendrer une mortalité massive des coraux. Le phénomène d'El Niño de 1997-1998, associé à des élévations de température d'une ampleur jamais égalée au 20e siècle, a provoqué la disparition de coraux vieux de 700 ans, ainsi que la perte de 7% à 99% des coraux dans certains sites de l'océan Indien. Deux espèces de coraux (Siderastrea glynni et Millepora boschmai) qui constituaient l'habitat de plusieurs espèces de poissons ont disparu.
Par ailleurs, une étude scientifique réalisée en Nouvelle-Calédonie et parue en 2008, montre que le réchauffement climatique amplifiera très probablement le développement d'espèces d'algues toxiques contaminant certains mollusques des récifs coralliens consommés par les populations de pêcheurs. Outre l'aspect sanitaire, le risque est grand de voir se détourner ces populations des produits de leur pêche au profit d'autres sources de protéines animales, comme cela semble déjà être le cas dans certaines îles de Polynésie française.

Les manchots royaux au bord de la crise

Manchots empereurs et leur petitsCouple de manchots empereurs en parade, Terre Adélie, station Dumont d'Urville, Antarctique.Les manchots royaux forment de grands rassemblements sur les côtes des archipels des Kerguelen et de Crozet, en Antarctique. Selon une étude publiée en 2007 par l'Académie des sciences américaine, un réchauffement de quelques dixièmes de degrés de la surface de la mer constitue une sérieuse menace pour le manchot royal. En effet, les chercheurs ont suivi de manière électronique plus de 450 manchots royaux d'un site : l'île de la Possession. Première observation faite en été : un réchauffement de la température de la surface de la mer à proximité de Crozet, entraîne une diminution immédiate de la quantité d'organismes marins qui constituent la nourriture des manchots royaux. Ces derniers rapportent donc moins de nourriture à leurs poussins, ce qui menace leur chance de survivre. Deuxième constat réalisé en hiver : l'augmentation de seulement 0,26°C de la température de surface de la mer, au niveau de la limite de la glace de mer, se traduit deux ans plus tard, par une baisse de 9% de la probabilité de survie des manchots en raison, là aussi, de la raréfaction des ressources marines, très probablement du krill, base des chaînes alimentaires antarctiques, dont dépendent les manchots royaux.
Sachant que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) prévoit une hausse moyenne des températures d'environ 0,2°C par décennie, pour les deux prochaines décennies, le réchauffement de l'océan Austral constitue une importante menace pour le manchot royal qui fait partie intégrante de ces paysages glacés donc de l'environnement humain.© CNRS Photothèque/IPEV/PIERRE Katell© CNRS Photothèque/IPEV/PIERRE Katell

Les ours polaires se font rares

L'ours polaire, le plus grand carnivore terrestre, règne en maître sur la banquise arctique où il passe la plus grande partie de son existence. C'est là qu'il chasse les phoques barbus, les phoques annelés, les phoques du Groenland, les jeunes morses, les bélougas, les narvals, les poissons, les oiseaux etc. Il est vital que les femelles porteuses y trouvent suffisamment de nourriture. Lorsque la banquise fond en été, les ours blancs se réfugient sur la terre ferme en attendant que les glaces se reforment. Pendant ces longs mois, ils jeûnent. Or, si les glaces mettent trop de temps à se reformer et restent trop fines, les populations d'ours ne peuvent plus partir chasser pour se nourrir et continuent à maigrir. Les femelles n'ont plus assez de réserves pour pouvoir nourrir leurs petits. De plus ces dernières creusent leur tanière dans d'énormes congères sur la terre ferme, où leurs petits naîtront en hiver. Le réchauffement climatique - avec l'apparition de pluies - risque de faire s'écrouler ces « nids » dont les occupants seront menacés par les prédateurs et les mauvaises conditions météorologiques. Les ours blancs font partie du patrimoine mondial. Ils peuplent nos récits, nos contes et notre imaginaire et font partie du mode de vie local des peuples du pôle Nord. Dans quelques décennies, ils auront peut-être disparu...

Les amphibiens menacés

Grenouille vénéneuse, Dendrobates tinctorius, batracien de la famille des Dendrobatidae (Guyane française).Selon une vaste étude (Global Amphibian Assessment) menée par 500 scientifiques à travers 60 pays, un tiers des amphibiens est menacé d'extinction. En effet, avec leur peau très fine et leur incapacité à réguler leur température interne, ces animaux se montrent particulièrement sensibles aux changements environnementaux. Sur les 5743 espèces observées (grenouilles, crapauds, salamandres, tritons, cécilies), 32,5% soit 1856 sont menacées et 122 ont déjà disparu de leur milieu depuis 1980. Ces disparitions ont eu en partie lieu dans trois zones protégées : le parc national Yosémite aux Etats-Unis, le parc national Eungella en Australie et la réserve des montagnes Monteverde au Costa Rica. Le fautif : un champignon envahissant, Batrachochytrium dendrobatidis, parasite des batraciens qui provoque la chytridiomycose, maladie infectieuse occasionnant leur mort en bloquant leurs organes respiratoires. Il se serait développé à la faveur d'une légère élévation de température liée au réchauffement climatique.
Une grenouille forestière : Hyla ornatissima, la Rainette très ornée. Saut Deux Roros, fleuve Sinnamary, Guyane.C'est en 2006 qu'une étude parue dans la revue Nature s'est penchée sur ces grenouilles du Monteverde et a montré le lien effectif entre réchauffement climatique et apparition de la maladie. En l'espace de dix ans -entre 1980 et 1990- 67% des 110 espèces d'atélopes (petites grenouilles) endémiques des tropiques américains semblent avoir disparu. Les chercheurs ont analysé les taux d'extinction et leurs liens avec les accroissements de température de l'air et de la surface de la mer. Ils en ont déduit que la mort de ces grenouilles serait bien due à l'extension des épidémies parasitaires. Or, les amphibiens jouent un rôle central dans la chaîne alimentaire des zones humides (ils mangent principalement des insectes et sont la source alimentaire - parfois à l'état d'œuf ou de têtard - de nombreuses espèces d'oiseaux et de poissons). Leur disparition aura donc un fort impact sur le fonctionnement des écosystèmes d'eau douce et sur les services qu'ils rendent à l'espèce humaine (épuration de l'eau, régulation...).©IRD Photothèque/ Degallier, Nicolas©IRD Photothèque/ de Mérona, Bernard

Les poissons de la mer du Nord n'aiment pas le chaud

Des chercheurs allemands ont montré que la survie des poissons -et donc de la pêche- en mer du Nord était menacée par le réchauffement climatique qui provoque une baisse de la quantité d'oxygène.
Dorades coryphènes, photographiées à Monaco.Cette étude menée sur des blennies vivipares (Zoarces viviparus) établit pour la première fois un lien direct entre l'augmentation des températures qui affecte la consommation d'oxygène de cette espèce et sa survie. Elle précise que "lorsque les températures augmentent, le processus d'alimentation en oxygène de l'organisme se détériore en premier lieu". La sous-alimentation en oxygène liée aux conditions climatiques est "le facteur déterminant" en ce qui concerne la survie de l'espèce. Or, selon l'Office du transport maritime et d'hydrographie de Hambourg, la température de la mer du Nord a augmenté de 2,4°C ces 40 dernières années, conséquence du réchauffement climatique.© CNRS Photothèque/PEREZ Thierry, LEJEUSNE Christophe

Rédaction :

Françoise Harrois-Monin (Journaliste scientifique)

Validation scientifique :

Serge Morand (Directeur de recherche à l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier - Université Montpellier 2)

Sources de l'article


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