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Climat, agriculture, élevage et alimentation

Agriculture, élevage, pêche... et climat

« Labourages et pâturages sont les deux mamelles de la France » disait, il y a quelques siècles, le duc de Sully, ministre du roi Henri IV. La formule est encore vraie aujourd'hui, étendue à l'échelle mondiale. Agriculture et élevage sont les deux sources de nourriture de l'espèce humaine, auxquelles on peut ajouter une troisième : la pêche.

L'agriculture et l'élevage en chiffres

Graines de blé, de mais et d'orge.Les ressources phytogénétiques provenant de l'agriculture sont les fondements biologiques de la sécurité alimentaire mondiale et permettent, de manière directe et indirecte, de fournir les moyens de subsistance à tous les habitants de la planète. Elles englobent le matériel génétique varié contenu dans les variétés traditionnelles et les cultivars (variétés obtenues par croisements) modernes, ainsi que les plantes sauvages apparentées aux espèces cultivées et autres espèces de plantes sauvages que l'on peut utiliser à l'heure actuelle ou à l'avenir à des fins alimentaires et agricoles. Elles procurent à l'espèce humaine de la nourriture, des médicaments, du fourrage pour les animaux d'élevage, des fibres, des vêtements, un toit, de l'énergie et de multiples autres produits et services.© Inra Photothèque/ NICOLAS Chantal

Ombre d'un adulte de Diabrotica virgifera, la chrysomèle du maïs au travers d'une feuille de maïs	Depuis les débuts de l'agriculture, 10 000 espèces environ ont été cultivées sur Terre. C'est leur diversité qui leur a permis de résister aux aléas, entre autres aux aléas climatiques. Aujourd'hui, il ne reste plus que 150 espèces végétales couramment cultivées. 12% d'entre elles assurent près de 75% de notre alimentation et 4% fournissent plus de la moitié des aliments que nous consommons. Cette évolution a fragilisé l'agriculture et appauvri la qualité de notre régime alimentaire. En conséquence, de nombreuses cultures locales, traditionnellement vitales pour l'alimentation des catégories les plus pauvres des populations, sont maintenant sous-utilisées ou négligées.
Un agriculteur bat le riz lors de la récolte de janvier 1979. Delta du sénégal.Au fil des décennies, la croissance rapide de la population a poussé les hommes à transformer l'agriculture traditionnelle en agriculture intensive. Or aujourd'hui, quatre cultures - riz, blé, maïs et pomme de terre - représentent 60% de l'apport énergétique dans l'alimentation humaine, sur les 150 cultures couramment utilisées pour l'alimentation humaine et animale. La diversité génétique des plantes sauvages a permis à certaines cultures, aujourd'hui largement utilisées, d'acquérir une meilleure productivité et une meilleure protection contre les parasites et les maladies. Les plantes sauvages apparentées aux cultures vivrières - dont plusieurs espèces sont en voie de disparition - sont donc considérées comme très précieuses car elles peuvent être utilisées pour créer de nouvelles espèces capables de faire face à de nouvelles conditions climatiques. Un exemple : un quart des espèces sauvages devrait disparaître d'ici 50 ans ; et le réchauffement de la planète risque d'accélérer encore cette disparition.© DERRIDJ Sylvie/ WEGENER Jakob/ INRA© POULET Alain/ IRD

En ce qui concerne les animaux, sur les 50 000 espèces de mammifères et d'oiseaux connues, environ 30 d'entre elles ont été largement utilisées dans le domaine agricole et 15 seulement représentent plus de 90% des animaux d'élevage dans le monde. Au cours des 15 dernières années, 300 des 6000 races recensées par l'Organisation mondiale pour l'agriculture (FAO) ont disparu.
Or, d'un point de vue génétique, les espèces locales sont souvent mieux adaptées à l'environnement, et donc plus productives, pour un moindre coût. Elles consomment de plus faibles quantités de fourrage, résistent mieux aux contraintes climatiques ainsi qu'aux parasites et maladies locales, et constituent une source de gènes unique pour améliorer la santé et la production des races industrielles. L'utilisation de races locales permettrait donc de mieux remplir les objectifs de sécurité alimentaire des pays.

Climat et secteur agricole : tout dépendra de la hausse moyenne des températures...

Le réchauffement climatique affectera le secteur agricole mondial -cultures et élevages- de différentes manières : chaleur, augmentation du nombre de feux, érosion accrue du sol due à des vents plus forts, à des modifications des rythmes et de l'intensité des pluies entraînant le lessivage des éléments nutritifs présents dans le sol.
Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue), l'effet dû à l'augmentation des températures et aux sols desséchés peut réduire la production agricole de près d'un tiers dans les régions tropicales.
Mais toutes les régions ne seront pas touchées de la même manière et certains impacts seront même positifs, comme le montre clairement le rapport de 2007 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) : les rendements agricoles devraient augmenter légèrement dans les régions de moyennes et hautes latitudes pour des hausses moyennes locales de 1 à 3°C et selon la culture considérée ; ils devraient diminuer dans d'autres régions. D'après les modèles de prévision, sous des latitudes basses, en particulier dans les régions où il existe des saisons sèches et dans les régions tropicales, le rendement agricole diminuera si les températures n'augmentent que de 1 à 2°C, ce qui entraînerait un risque accru de famine.
En revanche, les projections mondiales indiquent qu'une hausse des températures locales moyennes de l'ordre de 1 à 3°C augmentera le potentiel de la production alimentaire, mais qu'au-delà il diminuera. Et la fréquence accrue des sécheresses et des inondations affectera négativement la production agricole locale, en particulier les secteurs alimentaires. Résultat : l'impact du réchauffement climatique sur le secteur agricole dépend étroitement de la latitude de la zone géographique et de l'amplitude de l'accroissement de la température. Il sera favorable dans certaines régions et défavorable dans d'autres. Et il est beaucoup trop tôt aujourd'hui pour se prononcer.

En France, l'agriculture est étroitement liée aux climats spécifiques régionaux. Les variétés cultivées ne poussent que sous certaines conditions de température et d'alimentation en eau. De plus, notre agriculture est basée sur un petit nombre d'espèces (blé, maïs, colza) ce qui la rend vulnérable en cas d'attaques de ravageurs « spécialisés » sur une espèce donnée... Or, la bonne santé des cultures est liée entre autres aux températures. Lorsque ces dernières augmentent trop tôt dans la saison, certaines cultures (surtout les arbres fruitiers) deviennent plus précoces et peuvent alors être confrontées aux gelées printanières tardives. Ou, lors d'hivers trop doux, les pommes de terre et les arbres fruitiers par exemple, ne reçoivent plus la dose de froid nécessaire à leur bon développement ce qui diminue leurs rendements. On a ainsi assisté à de médiocres récoltes de fruits tels que les pêches en 2001 et 2003.

La pêche aussi

Banc de sars, Diplodus vulgaris. Mer Méditerranée, Marseille, archipel de RiouOutre les végétaux et le bétail, l'alimentation humaine comporte aussi une bonne part de poissons de mer ou de rivière. Or, les variations du volume de la biomasse des organismes marins sont liées à la température de l'eau et à d'autres facteurs climatiques. Par exemple, le déclin des pêcheries le long de la côte nord-ouest des Etats-Unis est bel et bien attribué aux variations de température des eaux.© CNRS Photothèque  /  GRAILLE Roland

Impact de l'agriculture sur les changements climatiques

L'agriculture moderne ne fait pas que subir le changement climatique. Elle agit sur lui : les changements d'utilisation des terres, leurs inondations pour la culture du riz et de la canne à sucre, les brûlis agricoles, l'élevage des ruminants et l'utilisation d'engrais azotés émettent dans l'atmosphère des gaz à effet de serre. On considère que l'agriculture mondiale est responsable de 20% des émissions de gaz à effets de serre. A l'inverse, les terres agricoles peuvent aussi stocker le carbone . En les gérant mieux, en utilisant les engrais à bon escient, en améliorant la culture du riz (productrice de méthane), il devrait donc être possible de réduire la part de l'agriculture dans le réchauffement climatique mondial.

Rédaction :

Françoise Harrois-Monin (Journaliste scientifique)

Validation scientifique :

Serge Morand (Directeur de recherche à l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier - Université Montpellier 2)

Sources de l'article


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