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Les sociétés en porte-à-faux

Flèches en cours de fabrication au village de Kayodé. L'empennage de la flèche est conçu à partir de plumes (Guyane Française).Les sociétés humaines qui peuplent la Terre d'aujourd'hui ont été façonnées au fil du temps par une multitude de facteurs géographiques, environnementaux et climatiques. Or, comme le note le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), les peuples traditionnels et autochtones sont directement dépendants des ressources fournies par les écosystèmes et leur biodiversité pour de nombreux biens et services : denrées alimentaires, produits médicinaux fournis par les forêts, les zones humides côtières et les terres de grands pâturages. Selon les prévisions, ces écosystèmes subiront les effets néfastes du changement climatique en plus des nouvelles contraintes dues aux activités humaines. La subsistance même de ces peuples est donc menacée. De plus, comme les changements climatiques modifient les cycles de vie ou les aires de répartition des animaux sauvages, ce sont les modes de vie religieux et culturels de certains peuples autochtones qui risquent aussi de disparaître. Les oiseaux par exemple constituent une composante importante des communautés d'Indiens Pueblos aux Etats-Unis : messagers des dieux, ils représentent un lien avec le monde spirituel.
Cérémonie de Eyuk. Ici au village de M'Bong Bassari (Sénégal)Les Indiens Zuni (Etats-Unis), quant à eux, utilisent des bâtons de prières ornés de plumes de 72 espèces d'oiseaux comme offrandes au monde spirituel. Des groupes ethniques en Afrique sub-saharienne emploient des peaux d'animaux et des plumes d'oiseaux pour confectionner des vêtements destinés à leurs cérémonies religieuses. Si les animaux concernés viennent à se raréfier, voire à disparaître, c'est toute la culture de ces ethnies qui sera en péril et la diversité culturelle de la planète s'appauvrira.© IRD Photothèque/ Carrière, Stéphanie© IRD Photothèque/ Barrière, Olivier

Les Inuits en première ligne

Un chasseur dolgane circulant en traîneau pour relever des pièges à renard polaire (Sibérie).Les Inuits sont installés depuis dix mille ans sur un vaste espace qui s'étend de la Sibérie orientale au Groenland. Ils y ont développé une économie et une culture adaptées aux conditions difficiles de leur milieu. Pour ces raisons, les Inuits ne peuvent se passer des animaux qui peuplent leur environnement : phoques, caribous, ours, poissons, etc. De plus la glace est un moyen de transport -une route- pour aller chasser ou pêcher en toute sécurité.
Aurore boréale observée début décembre 2006 depuis le village de Ny Alesund, Svalbard, Norvège (79° N).Or, aujourd'hui, le gibier est désorienté par la perturbation des cycles saisonniers. La banquise se fragilise et ne supporte plus le passage toute l'année des hommes partant à la chasse, en traîneaux ou en motoneiges. Certains sols - le pergélisol - hier gelés en permanence, deviennent marécageux en été. Les Inuits ont du mal à chasser le phoque ou l'omble (poisson proche du saumon) dont ils se nourrissent car la glace est trop fine. La banquise constitue également la voie majeure de communication, que les habitants de ces territoires sillonnent à motoneige, souvent suivie du qamutik, le traîneau traditionnel. Tout autant qu'elle les sépare, la glace réunit les hommes. Dès qu'elle se fissure, en revanche, elle redevient un obstacle insurmontable. Comme le fait remarquer le 4e rapport du Giec, « en dépit de la résilience (capacité d'adaptation) dont ont fait preuve au cours de l'histoire les communautés arctiques, certains modes de vie traditionnels sont menacés ».© CNRS Photothèque/Système Renne© CNRS Photothèque/IPEV/DELBART Franck

Les Maldives en péril

Dans l'archipel des Maldives (Asie du Sud-Ouest), constitué de 1196 îles dont 203 sont habitées, les questions environnementales (érosion du corail et réchauffement de la planète) se trouvent au cœur des préoccupations des autorités, car près de 80% du territoire se situent à moins d'un mètre au-dessus du niveau de la mer.
Là encore, le rapport du Giec est clair : « les petites îles, qu'elles soient situées sous les tropiques ou aux plus hautes latitudes, ont des caractéristiques qui les rendent particulièrement vulnérables aux changements climatiques : hausse du niveau de la mer et évènements extrêmes ». L'archipel a développé une culture basée sur la pêche, sur une grande entraide familiale et sur le tourisme, en raison du climat particulièrement clément. Or l'activité touristique qui est actuellement la principale ressource du pays risque d'être sérieusement touchée puisqu'on s'attend à ce que la détérioration des côtes (érosion des plages et blanchiment des coraux) affecte les ressources locales comme la pêche et réduise l'attrait touristique de ces îles. En parallèle, les ressources en eau risquent d'être réduites.
Une fois encore, les coutumes et toute l'économie de ce peuple apparaissent gravement menacées.

Rédaction :

Françoise Harrois-Monin (journaliste scientifique)

Validation scientifique :

Serge Morand (Directeur de recherche à l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier - Université Montpellier 2)

Sources de l'article


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