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La forêt, piège à gaz carbonique ?

La forêt constitue un stock, un « puits » de carbone sous forme de bois, qui provient de l'assimilation par les arbres du gaz carbonique (CO2) de l'air. Une partie de ce stock est aussi souterraine, non seulement dans les racines, mais aussi dans le sol, sous forme de matière organique. Si le stock augmente, la forêt effectue donc un prélèvement net de CO2 dans l'atmosphère. Des chercheurs français ont mesuré la quantité de CO2 capturée chaque année par une jeune forêt en croissance et ont calculé le stockage de carbone dans la forêt française entre 1980 et 1990. La forêt peut contribuer à limiter la teneur de l'atmosphère en CO2.

Des mesures directes

Depuis 1996, des scientifiques mesurent et analysent les flux d'eau, d'énergie et de CO2 d'une jeune hêtraie (35 ans) en Moselle. Ce site est équipé d'une tour et d'échafaudages pour effectuer les mesures. Les chercheurs ont montré que cette forêt capture le carbone atmosphérique dans une fourchette de 2 à 4 tonnes de carbone par hectare et par an selon les années. Cette variation dépend des conditions climatiques et de la gestion forestière.

Le rôle de la forêt

La forêt française constitue un important piège à carbone. Elle contribue de façon significative à la régulation de nos émissions de gaz à effet de serre. A partir des données de l'Inventaire forestier national, les chercheurs ont calculé que le stockage net de carbone dans les forêts françaises entre 1980 et 1990 correspondait à environ 10% de nos émissions de carbone fossile.
En effet, dans la plupart des pays européens et en particulier en France, la surface forestière a doublé depuis le début du 19e siècle. Or, par le mécanisme de photosynthèse, la forêt constitue au fil des années un stock de carbone plus important que la plupart des autres utilisations du sol.
En outre, les prélèvements de bois en forêt sont depuis plusieurs décennies inférieurs à la croissance biologique : on ne récolte aujourd'hui qu'un peu plus de 60% de la production biologique annuelle de bois.
Enfin, la productivité de la forêt a augmenté depuis le siècle dernier, en lien probablement avec l'augmentation de la concentration atmosphérique en CO2 et avec l'augmentation de la fertilité des sols due au dépôt sur les sols forestiers de composés azotés émis principalement par les activités agricoles.

Repère : le cycle du gaz carbonique

L'effet de serre est dû principalement à l'émission, liée aux activités humaines, de gaz carbonique (CO2) vers l'atmosphère. Actuellement, on évalue la quantité annuelle de carbone émis sous forme de CO2 à 7,2 milliards de tonnes (ou gigatonnes = Gt) : 5,5 Gt dues aux combustibles fossiles et 1,7 Gt à la déforestation, essentiellement en zone tropicale.
Or, l'augmentation mesurée directement dans l'atmosphère n'est pas de 7,2 Gt mais de 3,3 Gt par an. 3,9 Gt sont donc prélevés : les océans absorbent une quantité estimée à 2 Gt par an. Pour les 1,9 Gt manquant au bilan, plusieurs indices suggèrent que c'est en partie la forêt qui les absorbe, permettant ainsi de limiter l'effet de serre.

Comment accroître le rôle régulateur de la forêt dans l'effet de serre ?

Diverses options sont possibles. On peut tout d'abord continuer à augmenter le stock de bois en forêt, en poursuivant la reforestation des terres agricoles abandonnées ou en utilisant des essences à croissance rapide qui permettent d'atteindre très vite des niveaux élevés de stock de carbone. On peut aussi agir en augmentant la quantité ou la durée de vie des produits en bois issus de la forêt (charpentes, meubles...). Mais les possibilités offertes par le stockage de carbone dans la forêt ou dans ses produits ne sont pas illimitées, et n'apportent donc qu'une aide temporaire à la lutte contre l'effet de serre.

Plus efficace à long terme, l'utilisation du bois comme source d'énergie pourra permettre de réduire l'usage des énergies fossiles et donc amener à une réduction de nos émissions brutes de CO2. Le bois est en effet une source d'énergie renouvelable : au CO2 dégagé par la combustion du bois correspond une quantité équivalente de CO2 capté par la forêt pour reconstituer ce stock de bois-énergie. Sur le long terme, et pourvu qu'on renouvelle la ressource, l'utilisation de bois-énergie ne contribue pas en bilan global à l'augmentation de la teneur de l'atmosphère en CO2, à la différence de l'usage des énergies fossiles.


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