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Vers une approche théorique de la biodiversité, aspects biologiques et écologiques

Le mot biodiversité n’est ni un néologisme neutre ni une simple contraction verbale qui s’est substituée à l’expression « diversité biologique ». Observant que cette diversité s’exprime à tous les niveaux d’organisation du vivant, du gène à l’écosystème, déjà dans le champ des sciences de la vie, il généralise et d’une certaine façon unifie des notions plus locales comme diversité génétique, diversité intra- et inter-spécifique, diversité morphologique, diversité taxonomique. Biodiversité inclut aussi la notion de variabilité qui est au centre des processus évolutifs, si bien que le mot prend également sens dans la théorie de l’évolution. Enfin, il existe de grandes chaîne métaboliques, largement partagées, mais aussi une grande diversité de productions biologiques et de variantes : d’où la notion de diversité fonctionnelle.

Par ailleurs, ce terme englobe une grande partie des relations de l’homme avec les autres êtres vivants de la planète. Eux et ce qu’ils produisent. Bien que l’histoire de ses relations soit ancienne, cette dernière acception a connu un grand et légitime succès puisque à biodiversité ont été associées les inquiétudes quant aux conséquences directes ou indirectes des actions de l’homme sur le monde vivant et notamment sur sa diversité. On y a vu également des sources de profits, bien réelles et largement prouvées historiquement, mais souvent considérées comme mal partagées, voire indûment appropriées. Si bien qu’on a tendance à idéaliser le mot, à le parer de toutes les qualités, lui et ce qu’il représente, en oubliant quelquefois que la biodiversité c’est aussi des êtres vivants et des produits du vivant qui peuvent être nocifs, toxiques, pathogènes pour l’homme lui-même, ou pour ses biens et productions. Malgré de multiples exemples, on oublie parfois que les êtres vivants, résultant de près de 4 milliards d’années d’évolution, sont aussi une source d’idées et d’inspiration pour certains développements technologiques.

Dans un monde en grande partie en mal de développement, la supposée richesse biologique est souvent envisagée sous son aspect économique, directement monnayable, donc bénéfique aux sociétés humaines qui se l’approprient. Attention aux visions simplistes, aux désillusions, le chemin est difficile, long et coûteux. Le tout est donc de savoir comment les sociétés humaines s’approprient et valorisent la biodiversité, mais aussi comment identifier les ressources et les substances utiles, aller au delà de l’empirisme pour arriver à une véritable biologie déductive et, enfin, comment gérer cette diversité, notamment au niveau écologique en promouvant une ingénierie adaptée…

Rédaction :

Alain Pavé, directeur de recherche au CNRS


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