De manière analogue aux cheveux, le reste du système pileux du corps humain répond au même schéma de structure, de morphologie et de croissance. En particulier, les poils se développent, surtout au moment de la puberté sous l’action de l’hormone dépendante de la croissance. Divers traitements mécaniques et chimiques permettent l’élimination des poils.

Les produits de rasage

Le poil de barbe est dit-on l’expression de la virilité. En effet, celui-ci apparaît avec la puberté et se développe ensuite intensément. Son élimination par une lame de rasoir pose le problème de la dureté du poil et de l’irritation de la peau. La méthode consiste à supprimer la couche de sébum, ce qui permet une pénétration de l’eau et un assouplissement du poil. Il faut également apporter du "glissant" pour faciliter le passage du rasoir.

Une solution consiste à déposer une mousse abondante qui assure un meilleur contact. Le plus connu des humidifiants est la lanoline dont la forte viscosité est obtenue à l’aide de sels comme les chlorures alcalins. Le blaireau est employé dans le but de provoquer, par un mouvement tournant, la montée de la mousse qui emmagasine l’air ambiant dans les bulles produites par son interaction avec le tensioactif. Ce faisant, un contact intime est provoqué par ce mouvement qui rend très efficace le mouillage du poil de barbe et permet son ramollissement.

Les mousses à raser sont obtenues par détente d’un gaz comprimé dans un mélange de constituants émulsifiables. La lanoline fournit l’onctuosité et améliore la stabilité. Des chlorofluorocarbones, plus connus sous le nom de CFC, ont été largement utilisés comme gaz du fait de leur faible indice de viscosité, de leur bonne volatilité et de leur inertie chimique. Ils sont aujourd’hui proscrits car leur usage à long terme est néfaste, en particulier pour la couche d’ozone de l’atmosphère. On a préconisé les hydrocarbures légers (propane, butane) mais l’air comprimé semble donner satisfaction.

Composition de deux types de crèmes à raser (O/W)
(selon Umbach 1991)
crème moussante (O/W) crème sans blaireau (O/W)
acide stéarique 30 acide stéarique 20
glycérine 15 triéthanol amine 1
acide gras (mélange) 10 huile de vaseline 6
hydroxyde de potassium 7 polysorbate 2
hydroxyde de sodium 0,07 silicate colloïdal 1
menthol 0,05 conservateur, parfums 0,05
eau complément à 100 eau complément à 100

La destruction du poil

De nombreux individus, hommes et femmes, souffrent d'une pilosité excessive qui les atteint dans leur psychisme. Les traitements d'extraction mécanique sont bien connus : rasage, traitements électriques, électrolytiques ou par haute fréquence, extraction pure et simple à l'aide de cires d'abeilles chaudes associées à une huile qui facilite l'étalement. Mais la voie chimique apparaît efficace et moins douloureuse.

L'approche chimique de la dépilation (Ciffeli 1953) consiste à dissoudre, à l'aide d'agents réducteurs, la couche kératinique de la surface du poil. La racine, c'est-à-dire le follicule pileux lui-même, n'est pas atteinte et le poil repoussera naturellement selon le rythme génétique de la personne. La difficulté réside dans le fait qu'il faut toucher spécifiquement le poil sans altérer la peau.

L'action de l'eau basique sur les polypeptides et celle des réducteurs sur les cystines donne un résultat satisfaisant. Les réducteurs sont des thiolates métalliques. Les sels de l'acide thioglycolique et de l'acide thiolactique sont les mieux tolérés, contrairement aux sulfures d'étain autrefois très utilisés. Le composé le plus courant est le sel basique de thioglycolate de strontium, la difficulté étant de maintenir une action sélective. En pratique, l'opération s'effectue avec des temps de contact courts (5-15 minutes) dans un milieu dont le pH est compris entre 10 et 12, c'est-à-dire les limites du domaine d'attaque de la kératine de la peau. Un suivi attentif de l'opération montre une rétractation du poil qui s'enroule. L'opération se termine par un rinçage à l'aide d'une solution légèrement acide (eau-acide acétique, c'est-à-dire, pratiquement, de l'eau vinaigrée) pour éliminer toute trace de composés basiques.

Aujourd'hui, les formulations des dépilatoires sont des crèmes à base d'alcool gras, des gels à base de lanoline, des poudres à base de carbonate de calcium ou des liquides à base d'hydroxycellulose contenant l'agent actif basique rigoureusement dosé. Le résultat est généralement d'excellente facture et cette opération ne présente pas de risques sauf erreur de manipulation ou temps de contact non respecté.

Pierre Le Perchec
Les molécules de la beauté, de l’hygiène et de la protection
CNRS Editions/Nathan


CIFFELLI T. Jr., 1953, "Depilatories", Drug. Cosmet. Ind., 73 : p. 318-19, 383, 385, 394-400.

 

 

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