Temple de "millions d'années" de Ramsès III
Radiographie de flacon
à fard égyptien
Ligne de diffraction BM16
Diagramme présentant les composés des
cosmétiques égyptiens
Mélange de composés dans un fard égyptien
Travaux de fouille dans le Ramesseum
















 

 

 

 

 

 


 

 

 






 

Les très nombreux objets découverts dans les tombes égyptiennes sont une extraordinaire source d’étude des coutumes de la vie quotidienne durant l’Antiquité.

Les fouilles de certaines tombes ont ainsi livré de véritables coffrets de maquillage qui contenaient des miroirs, des épingles à cheveux, des stylets et des récipients encore parfois remplis de produits cosmétiques. Les Egyptiens se maquillaient avec des cosmétiques blanc, vert, gris ou noir, principalement formulés avec des composés de plomb.
Les échantillons de fard ont été prélevés dans des récipients en pierre (albâtre, hématite, marbre), céramique, bois ou roseau, provenant de plusieurs sites datés entre 2000 et 1200 avant J.-C.

Une étude approfondie a été menée par le Laboratoire de recherche des musées de France et L’Oréal.

 
L'analyse chimique des fards

     • La méthode d'analyse
 
Comme dans toute analyse concernant les œuvres d’art ou les objets archéologiques, les prélèvements nécessaires aux analyses chimiques sont les plus limités possible (1 mm3 environ).

Les prélèvements sont dans un premier temps observés par microscopie électronique à balayage qui renseigne sur la morphologie et la composition chimique élémentaire des grains de la poudre.
Des mélanges complexes de composés de plomb ont ainsi été observés, mais cette analyse élémentaire restait insuffisante pour reconnaître les phases minérales.
 

C’est la diffraction des rayons X réalisée en laboratoire qui a permis leur identification minéralogique.
Cette même technique a été mise en œuvre au Laboratoire d’utilisation des rayonnements électromagnétiques (LURE, Orsay) et à l’European synchrotron radiation facility (ESRF, Grenoble) pour bénéficier de la brillance et de la haute résolution issues du rayonnement synchrotron.

Une quantification précise des phases a alors été possible pour déterminer les formulations cosmétiques.
 
       Des mélanges complexes

Quatre phases principales ont été identifiées : la galène (PbS), la cérusite (PbCO3), la laurionite (PbOHCl) et la phosgénite (Pb2Cl2CO3). La galène est le minéral principal et bien connu des fards noirs de l’Egypte ancienne, mais aussi de kohls encore traditionnellement employés aujourd’hui dans certains pays d’Orient, d’Asie et d’Afrique du Nord.

La cérusite, minéral blanc, apparaît comme composant principal pour des fards à teinte plus claire. L’usage de tels fards peut surprendre aujourd’hui mais des études sur la toxicologie du plomb ont montré qu’aucune corrélation ne pouvait être établie entre l’usage de kohl et le taux de plomb dans le sang, s’il n’y a pas d’ingestion accidentelle.

       L’observation de composés nouveaux

Les présences de la laurionite et de la phosgénite étaient inattendues. Ces deux phases sont en effet très rares, parfois observées dans les produits de corrosion d’objets en plomb ou dans des scories de plomb rejetées dans la mer lors d’anciennes opérations minières (par exemple aux mines du Laurion en Grèce).

La phosgénite est un peu plus fréquente car elle se forme également naturellement par oxydation des minéraux de plomb, lorsque ceux-ci viennent en contact avec des eaux carbonatées et chlorées.
En supposant que de tels produits naturels aient été extraits, leur quantité dans la nature est de toute façon trop faible pour avoir été intensément utilisés comme base cosmétique pendant une période d’au moins huit siècles. D’autre part, l’extraordinaire état de conservation des objets étudiés exclu un apport de chlore par des eaux de ruissellement et donc une altération chimique des poudres dans leur récipient originel.

Aucune source naturelle et aucun mécanisme d’altération ne permettent d’expliquer la présence de ces deux phases chlorées : les Egyptiens devaient donc synthétiser ces produits.

Une chimie égyptienne des solutions pour préparer les fards

      Des procédés de préparation de l’Antiquité

Certaines recettes de préparation de produits médicaux décrites par Pline l’Ancien et Dioscoride au 1er siècle après J.-C. expliquent comment l’écume d’argent purifiée (en fait l’oxyde de plomb PbO) était broyée et mélangée dans de l’eau avec du sel gemme et parfois du natron (des carbonates de sodium principalement) puis filtrée; la procédure était répétée chaque jour pendant plusieurs semaines.
Ces réactions chimiques ont été reconstituées en mélangeant des poudres de PbO et de NaCl dans de l’eau. Une lente réaction produit une solution alcaline qui peut être maintenue à un pH neutre pour simuler les remplacements journaliers de l’eau.
Le précipité obtenu a été identifié comme de la laurionite par diffraction des rayons X.
L’observation des cristaux au microscope électronique à balayage a montrée qu’ils avaient une morphologie similaire à celle de la laurionite archéologique. En présence de carbonates, on obtient aisément de la phosgénite.

      • Un savoir chimique surprenant

Cette étude des produits de maquillage égyptiens modifie notre regard sur les connaissances chimiques dans l’ancienne Egypte. Les technologies utilisant les arts du feu étaient maîtrisées dès 2500 avant J.-C. pour synthétiser le pigment bleu égyptien par exemple.

La preuve de la synthèse de la laurionite et de la phosgénite montre que la chimie des solutions était également employée dès 2000 avant J.-C. pour la fabrication de matériaux entrant dans la composition des cosmétiques. Les réactions chimiques mises en jeu étaient relativement simples, mais le procédé, incluant des opérations répétitives, devait être difficile à mettre au point. 

Philippe Walter
Laboratoire du centre de recherche et de conservation des musées de France


 

 Lucas, A.Harris, J.R., Ancient Egyptian Materials and Industries, Ed. Edward Arnold Ldt., London, 1963, pp. 80-97.

 Walter P.Martinetto P.Tsoucaris G., Bréniaux R.Lefebvre M.A.Richard G., Talabot J.Dooryhee E., Making make-up in Ancient Egypt. Nature, 397, 1999, pp. 483-484.

 Document en ligne : "La chimie des fards dans l’Egypte pharaonique", communiqué de presse CNRS du 11 février 1999.


     
 
 

© Gédéon Programmes/ CNRS Images Média/
Nile Production/ Planète
  Analyse chimique des fards
Radiographies de flacons égyptiens en pierre.  Techniques d’analyses (MEB, diffraction par rayons X, IR  et chromatographie)
 
Interview de Philippe Walter
LC2RMF

Film de Daniel Fiévet et Marc Edelmann
© CNRS Images/2011
  Recette pour un maquillage égyptien
     
 
              
 
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