Le lustre, la maîtrise de la lumière,
l’éclat du métal

On pense que le développement de céramiques lustrées (Ici un fragment de coupe Fatimide (Egypte, XIIes.) résulta de la loi islamique prohibant l’usage profane de l’or : la technique du lustre permettait de disposer d’objets ayant l’aspect de l’or ou de l’argent sans avoir à transgresser les préceptes religieux.

La principale propriété physique d’un "beau" décor lustré est de présenter des variations de couleurs, du bleu au rouge selon la pièce et son orientation par rapport à l’observateur et à la source de lumière. Ce phénomène physique bien connu pour les opales provient de leur texture microscopique faite de l’empilement régulier de micro-billes de silice qui forme ainsi un réseau et disperse la lumière comme le font les gouttes d’eau de la pluie ou d’une cascade pour donner un arc-en-ciel, les ailes de certains papillons et la gravure des CD !

Dans une céramique lustrée le phénomène est encore plus complexe. La couleur résulte de la superposition de différentes contributions :
- une couleur – le reflet - maximale pour un angle donné (la réflexion spéculaire) résulte de la diffraction dégradée que subit la lumière en présence du réseau (imparfait) des "billes" métalliques d’argent et de cuivre  (diamètre 0.01 à 0.1 micron) dispersés dans une couche sous la surface de l’émail (apparaissant en brillant sur les microphotographies optiques)
- un filtrage sélectif par la superposition de couches riches en précipités séparées par des zones pauvres
- la couleur elle-même des précipités métalliques ainsi que la présence d’autres éléments colorant l’émail contenant la dispersion de précipités.

Les études combinées par spectroscopie Raman, microscopie optique et électronique (MET) ont permis une meilleure connaissance de ces fascinants objets.

Les photographies ne donnent qu’imparfaitement la richesse chromatique du reflet des décors lustrés que nous percevons en bougeant, mais le traitement des images permet de restaurer cet aspect.

Philippe COLOMBAN
Laboratoire de Dynamique, Interactions et Réactivité


Bibliographie

Le secret des céramistes Abbassides du IXes. enfin percé
Inter-Est, Lettre de la Délégation n°6, juin 2005

Retrouver le lustre des céramiques de Bagdad - Communiqués et dossiers de presse du CNRS, 16 février 2005