Dossier : Climat   
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Influence de l'Oscillation Nord Atlantique sur les glaciers Alpins et Scandinaves
Extrait de la Lettre n°15 Programme International Géosphère Biosphère-Programme Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)


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Les bilans de masse annuels des glaciers (gains ou pertes de masse sur l'année hydrologique) reflètent les conditions climatiques subies tout au long de l'année. Leur étude sur les différents massifs montagneux de la planète permet de suivre l'évolution du climat en particulier sur les dernières décennies.



   

Bilan de masse d'un glacier, indicateur climatique
Le bilan de masse d'un glacier est établi de façon annuelle et tient compte d'une part de la quantité de glace accumulée (qui provient des chutes de neige), et d'autre part de la quantité de glace perdue (due principalement à la fusion de la glace dans nos climats tempérés). Un bilan positif (ou négatif) indique donc que la masse du glacier augmente (ou diminue) ce qui se traduit après un certain laps de temps par une avancée (ou un recul) du front du glacier. Ce temps de réponse du glacier dépend de la forme et de l'importance de la masse du glacier. Le suivi des bilans de masse annuels des glaciers constitue donc un indicateur fiable et sensible des modifications climatiques, partout où est disponible un historique assez détaillé des variations de ce bilan (Alpes, Scandinavie, Oural, Tienshan, Rocheuses, Groenland).





1 : Comparaison sur la période 1967-1997 de l'évolution des bilans glaciaires
 

L'opposition Alpes/Scandinavie
Il apparaît généralement une forte homogénéité de variation temporelle pour un même grand massif montagneux, sur des distances de 500 km et même de 1000 km. Cette homogénéité a été documentée en Scandinavie d'une part, et dans la chaîne alpine d'autre part. Au-delà de ces échelles spatiales, les massifs montagneux plus éloignés exhibent des variations respectives assez différentes, sur les quelques décennies de relevés directs de terrain. Par exemple, alors que les glaciers alpins, après l'embellie des années 1980, subissent des conditions d'alimentation défavorables depuis une vingtaine d'années, à l'opposé, ceux de Scandinavie (Norvège et Suède) témoignent d'une santé insolente et voient leurs longueurs, surface et volume augmenter. La figure 1 représente l'évolution du bilan moyen de glaciers représentatifs de ces deux régions (9 glaciers alpins, 7 glaciers scandinaves) sur la période 1967 - 1997, le signal ayant été lissé sur 5 années. Cette courbe est construite à partir de la courbe de "bilans cumulés" (le bilan de l'année est additionné à celui de l'année précédente) à laquelle on a retiré la moyenne du bilan cumulé entre 1967 et 1997 (c'est pourquoi elle démarre de zéro et revient à zéro). Cette représentation permet de mieux mettre en évidence les variations annuelles de ce bilan ; par contre elle ne donne pas d'indication sur l'évolution moyenne du glacier entre les dates, le bilan moyen entre ces deux dates ayant pu être aussi bien positif que négatif. On constate que, sur ce laps de temps, les bilans de ces deux régions varient de façon opposée.




La NAO, origine commune aux variations décennales de ces glaciers ?
L'évolution de l'indice NAO annuel, également lissé sur 5 ans, est portée figure 1. Les variations de cet indice apparaissent en phase avec les variations du bilan moyen des 7 glaciers scandinaves (indice NAO et bilan glaciaire, positifs), et en opposition de phase avec celui des glaciers des Alpes (bilan glaciaire négatif) durant la même période. Cela suggère qu'il a existé ces dernières décennies des cycles d'une durée décennale où les conditions de régime dépressionnaire sur l'Atlantique Nord favorisent successivement, en moyenne, l'alimentation des glaciers scandinaves (indices NAO positifs) puis des glaciers alpins (indices NAO négatifs).




La NAO, un facteur climatique parmi d'autres
Les reconstitutions antérieures aux années 1960, bien qu'encore partielles, suggèrent cependant que de plus amples variations existent comme le grand recul glaciaire ayant eu lieu dans les années 1940-50, recul commun à la fois aux glaciers scandinaves et aux glaciers alpins. La NAO apparaît donc comme seulement l'un des facteurs climatiques qui gouvernent la dynamique des glaciers de la façade ouest de l'Europe, d'autres facteurs climatiques existant é galement, facteurs qui peuvent induire des évolutions communes sur une plus longue échelle temporelle (quelques décennies, le siècle...)




Des séries temporelles actuellement limitées
Ces comparaisons ont été établies sur une trentaine d'années, durée sur laquelle les mesures sont actuellement disponibles. Qu'en est-il sur des séries temporelles plus longues ? Cette cohérence est-elle toujours aussi manifeste ? Ces questions soulignent toute l'importance de l'établissement de longues séries de bilan de masse des glaciers en de nombreux endroits de la planète de façon à mieux cerner l'origine de ces évolutions régionales et évaluer ainsi la nature, l'importance, et la répartition des changements climatiques en cours.



Contact : Louis Reynaud
Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de
l'Environnement
FRE - BP 96 - 38402 St Martin d'Hères

 

 




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