Dossier : Climat   
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Global Monitoring for Environment and Security : GMES et la recherche ont besoin l’un de l’autre
Extrait de la Lettre n°17 Programme International Géosphère Biosphère-Programme Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)


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La naissance

L’initiative GMES a fait couler des fleuves de salive, puis d’encre. Nées en 1998, sur les bords du lac Majeur, de la conjonction d’intérêt de la Commission et des agences et de l’industrie spatiales européennes, ses quatre lettres magiques ont fait la joie des parleurs de salon. Quatre mots-valises : «Global», «Monitoring», «Environnement», «Sécurité», en français moderne, qui donnaient à chacun l’occasion de leur donner le sens et le contenu qu’ils voulaient. Ce flou aurait pu lui être fatal. Mais après ces débuts hésitants, GMES a heureusement connu un sérieux rétablissement, et est désormais un élément structurant de la recherche environnementale et des applications qui en découlent.

     
     
   

Budget et appels d’offres

Depuis 2001, des flux financiers significatifs se sont substitués aux écoulements précédents avec la décision du Conseil des ministres des pays membres de l’Agence Spatiale Européenne, réunis à Edinburgh, d’engager 8 M € (en coûts complets) sur un programme «Eléments de services GMES», et celle de la Commission Européenne de consacrer des reliquats du 5e PCRD et 140 M € du 6e PCRD au financement (à coûts partagés) de projets préparatoires à GMES. Les premiers projets pré-opérationnels GMES retenus dans le cadre des appels à propositions lancés par l’Union européenne et l’Agence spatiale européenne portent sur la prévision de l’environnement océanique (MERSEA, ROSES, COASTWATCH), les risques naturels et anthropiques (EURORISK, RISK-EOS, Terra Firma), l’occupation des sols (GEOLAND, Forest monitoring, Urban mapping services) et l’atmosphère (GEMS, PROMOTE). Beaucoup de ces projets comportent une participation importante d’équipes françaises. De nouveaux appels d’offres, couvrant d’autres thématiques (ressources en eau) ou préparant la phase opérationnelle des services (phase 2 des services soutenus par l’ESA, services initiaux GMES envisagés par la Commission), vont compléter ce dispositif, avec en perspective une pérennisation de ces services au-delà de 2008.

Les budgets devraient évoluer en proportion, si l’on en croit les projections financières qui figurent dans le Livre Blanc sur l’Espace et le rapport sur la période initiale de GMES. Pour les infrastructures spatiales, à caractère d’observatoires pour GMES, des montants de l’ordre de 440 M € annuels (répartis entre l’ESA - 100 M €, la Commission et les Etats membres) sont envisagés pour 2013, par comparaison à 100 M € en 2004. Les besoins annuels en matière de réseaux de mesures in situ sont (sous)-estimés à 50 M €. Des sommes très importantes sont prévues pour l’intégration des données (European Spatial Data Infrastructure), de même que pour le développement et le fonctionnement des services qui pourraient bénéficier d’apports de l’ordre de 150 M € à partir de 2008, s’ajoutant aux financements nationaux.

     
     
   

Le contexte scientifique

Au-delà de ces considérations budgétaires, qui montrent cependant l’importance accordée à GMES, il convient de s’arrêter aux rapports entre GMES et la recherche scientifique. On peut au moins distinguer cinq niveaux de relations :

• la recherche scientifique est à la source des applications qui relèvent de GMES, elle offre des solutions à des problèmes, elle propose ses résultats en anticipation de besoins non formulés ;
• la recherche scientifique est aussi en situation de répondre à une demande socio-économique spécifique dans le cadre de GMES, émanant des utilisateurs euxmêmes ou d’entités intermédiaires ;
• la recherche scientifique est indispensable pour améliorer les applications existantes ; elle sera requise pour perfectionner les produits et services GMES, pour en corriger les insuffisances ;
• la recherche scientifique interviendra en aval des services mis en place pour GMES pour valider les produits, en vérifier la pertinence, garantir la qualité des informations fournies aux utilisateurs ;
• enfin, la recherche scientifique est elle-même utilisatrice des produits et services attendus de GMES, et certainement l’un des premiers et principaux «clients» des systèmes d’observation indispensables à GMES.

     
     
   

Sur le plan international : la contribution européenne

Au-delà de son caractère européen, GMES est aussi un outil de collaboration et d’échange au plan international. A l’heure où les Etats s’accordent sur la nécessité d’un système intégré d’observation globale, né du Sommet de l’observation de la Terre organisé à Washington en juillet 2003, aujourd’hui baptisé GEOSS (Global Earth Observation System of Systems), et dont les contours seront dessinés lors d’une réunion mondiale qui se tiendra à Bruxelles en février 2005, GMES apparaît comme le support de la contribution de l’Europe à ce système. La prise en compte au niveau politique de la nécessité d’une surveillance globale de l’environnement terrestre, dans toutes ses composantes, est un pas en avant essentiel. Si les agences des Nations unies (Organisation météorologique mondiale, Programme des nations unies pour l’environnement, Commission océanographique intergouvernementale), les agences spatiales rassemblées dans le CEOS (Committee on Earth Observation Satellites), les programmes de recherche internationaux (IGBP, WCRP), le Conseil international de la science, et les systèmes d’observation globale (GCOS, GOOS, GTOS), promoteurs dès 1998 de l’initiative IGOS (Integrated Global Observing Strategy), avaient formulé des plans et des objectifs à cette fin, il manquait encore un relais politique qui traduise en engagements ces bonnes intentions. Le GEOSS offre l’occasion de les concrétiser, et GMES représente le schéma institutionnel, fondé sur les contributions de la Commission, de l’ESA et des Etats, indispensable pour que l’Europe y tienne toute sa place.

Rien n’est acquis d’avance, et il faut que les chercheurs suivent attentivement les progrès de GMES, offrent des solutions issues de leurs travaux, répondent aux appels à propositions, s’affirment au premier plan des soutiens et des utilisateurs de GMES, et veillent à ce que leur rôle comme leurs intérêts soient bien pris en compte. Les prochains appels d’offres du 6e PCRD, l’élaboration en cours des orientations du 7e PCRD en fournissent l’occasion.

     
     

Figure 1 – Situation des flotteurs ARGO
 
 

En France

Au niveau français, un groupe de travail interministériel, présidé par Jean-François Minster, Président-directeur général d’Ifremer, membre du Comité Consultatif européen de GMES, et président du sous-groupe «Architecture» du GEOSS, est chargé de débattre des priorités nationales vis-à-vis de GMES et d’assurer la traduction de ces priorités dans les orientations de GMES. Un séminaire tenu en décembre 2003 a eu pour but d’évaluer ce que la France, dans le prolongement du Sommet de l’observation de la Terre, devrait et pourrait apporter en se fondant sur des critères relatifs à l’expression des besoins, à l’adéquation avec GMES, au potentiel existant, au retour industriel et technologique et à l’effet de levier politique et économique. Précédé d’une réflexion autour de chacun des thèmes de GMES, ce séminaire a abouti à un consensus sur une série de recommandations touchant aux priorités thématiques (océanographie opérationnelle, surveillance de l’atmosphère, occupation des sols et végétation, ressources en eau, protection civile, sécurité renforcée), et aux besoins d’infrastructures (observation spatiale, réseaux de mesure in situ, moyens de calcul, radiocommunications).

     
     
 
 
 

Figure 2 – Prévision MERCATOR
 
 
 
 
 
 

Figure 3 : Evolution de la température de surface de l’océan
 

La continuité des observations : une situation préoccupante

Un effort soutenu sera nécessaire pour que ces recommandations soient suivies d’effet. C’est d’autant plus urgent que les systèmes spatiaux expérimentaux sur lesquels s’appuient les premiers services GMES arriveront en fin de vie nominale vers 2008. C’est précisément le moment où ces services devraient devenir opérationnels. Or, la définition et l’engagement de la réalisation d’observatoires à caractère opérationnel (les «sentinelles» de l’ESA), de même que l’accord sur le partenariat institutionnel pour leur financement, sont encore dans les limbes. Et de surcroît le financement pérenne des réseaux de mesure in situ tend à se réduire comme peau de chagrin… Cette situation ne peut qu’encourager la communauté scientifique à s’exprimer vigoureusement pour réclamer la continuité des systèmes d’observation. Pour s’en tenir à ceux qui intéressent le domaine océanique, les données acquises par les flotteurs du programme ARGO (Figure 1), celles des satellites altimétriques tels que Topex/Poséidon et Jason, celles des radiomètres tels que la série des ATSR, sont indispensables aux prévisions océaniques, désormais accessibles grâce à des modèles tels que MERCATOR (Figure 2), et au suivi à long terme des variations climatiques (Figure 3). Il faut le dire et le répéter : ces données sont à la base des futurs services GMES.

     
     
   

Contact : Jean-Louis.Fellous
Jean-François Minster
IFREMER
155 rue J.-J. Rousseau
92 138 Issy-les-Moulineaux cedex

     


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