Dossier : Climat   
    La recherche française sur le climat
  Les thèmes de recherche
  Biosphère et évolution du climat  
   

L’IRD et les maladies émergentes
Extrait de la Lettre du Changement global n°19 - Programme International Géosphère Biosphère (IGBP) - Programme Mondial de Recherches sur le Climat (WCRP) - Programme International «Dimensions Humaines» (IHDP) - Diversitas - Earth System Science Partnership (ESSP)



retour sommaire
 

Les maladies ne connaissent pas de frontières, Sida, vache folle, Sras, grippe aviaire…, la liste des maladies émergentes infectieuses ne cesse de s’allonger. La notion de maladie émergente recouvre l’apparition d’une maladie nouvelle chez l’homme (sida), l’animal ou la plante, mais aussi la résurgence de maladie (tuberculose, trypanosomose), ou encore l’extension d’une maladie vers des territoires indemnes (dengue hémorragique, Sras, grippe aviaire).

 

Les pathogènes, qui sont une composante de la biodiversité se développent au départ dans la zone tropicale et intertropicale. Présent dans ces régions en Afrique, en Amérique latine et en Asie, l’institut de recherche pour le développement construit sur le thème des maladies infectieuses émergentes une approche pluridisciplinaire et multicentrique. L’hypothèse de base est celle d’un changement sanitaire résultant d’une combinaison de facteurs démographiques (transition démographique…), biologiques (évolution, adaptation des germes, pathologies nouvelles…), épidémiologiques (passage ou cumul de pathologies transmissibles et non transmissibles…), écologiques (climat, déforestation…), sociaux et culturels (comportements, attitudes, pratiques préventives, hygiène, représentations des maladies…).

 

01
Figure 1 – Eiodon helveum, une chauve-souris mégachiroptère frugivore

 

Au Gabon, ainsi que dans plusieurs pays du centre de l’Afrique, par exemple, le virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976, provoque des épidémies foudroyantes qui tuent 80% des personnes infectées. Comment ces épidémies apparaissent et se propagent-elles ? Dans quel réservoir animal le virus se cache-t-il entre deux épidémies ? Une équipe de l’IRD et du Centre international de recherche médicale de Franceville au Gabon après plusieurs années d’enquête a apporté des réponses décisives : une épidémie chez les grands singes (menaçant d’ailleurs la survie du gorille dans le pays) précède toujours une épidémie humaine, et c’est au contact des singes malades que l’homme s’infecte. Quant au réservoir animal, ce sont des chauve-souris frugivores (figure 1).

 

02
Figure 2 – Travail des rizières, dans la province de Loei en Thaïlande

 

Transmis à l’homme, les Hantavirus, dont les rongeurs sont le réservoir, provoquent des fièvres hémorragiques pouvant se révéler mortelles. Pour mieux comprendre les risques et prévenir l’émergence d’une épidémie, l’IRD a mis en place un programme de recherche transdisciplinaire en Thaïlande : étude de la systématique et de la distribution des rongeurs et des virus, recoupement avec les cas de fièvre hémorragique enregistrés et les données socio-culturelles sur les relations hommes-rongeurs (figure 2). L’objectif est d’aboutir à une modélisation de la transmission et à des cartes de distribution et de risques afin de mettre en place des mesures de prévention. Ces résultats pourront être comparés à ceux obtenus dans le cadre du projet Eden (Emerging disease in a changing european environnement) qui unit 47 partenaires européens de 24 pays pour comprendre et quantifier l’impact des changements environnementaux sur les risques d’émergence de maladies humaines en Europe (virus West Nile, paludisme, hantavirose, leishmaniose…).

 


Figure 3 – Aedes albopictus est le vecteur de plusieurs virus, notamment celui de chikungunya et de la dengue

 

Autre exemple, autre approche. Avant que ne déferle une épidémie de chikungunya sur l’île de la Réunion, les chercheurs de l’IRD pistaient déjà le moustique, Aedes albopictus, responsable de la transmission du virus (figure 3). Se transportant par le biais de ses œufs véhiculés dans l’eau stagnant dans des pneus ou des pots de fleurs, le moustique colonise la planète, occupe des niches jadis réservées à d’autres espèces et modifie la carte épidémiologique des arboviroses (infections dues aux virus véhiculés par les moustiques). Ainsi, en zone tropicale, le remplacement de Aedes aegypti par Aedes albopictus pourrait faire reculer la fièvre jaune et modifier les risques de transmission de la dengue. L’IRD cherche donc à mieux connaître l’écologie virale, la biologie du moustique et les facteurs de risque liés à l’homme, ainsi qu’à améliorer la lutte anti-vectorielle.

Grâce à la grande diversité des disciplines et à la variété des terrains étudiés par ses chercheurs, l’IRD et ses partenaires développent, en amont et en aval de l’émergence des maladies proprement dite, une multitude d’approches de la santé publique au Sud avec l’idée générale et constante que celle-ci passe inévitablement par une lutte contre les inégalités Nord-Sud.

 

Contact : Institut de Recherche pour le Développement
213 rue la Fayette - 75480 Paris cedex 10
Web : http://www.ird.fr


© CNRS - Contact : Sagascience@cnrs-dir.fr  - http://www.cnrs.fr