Le voyage d'un naturaliste autour du monde

ETAPE 6

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Le voyage de Darwin

ETAPE 6

Du 26 avril au 6 décembre 1833
Montevideo, explorations terrestres, échantillons, général Rosas


Après plusieurs mois d’aventure entre la Terre de Feu et les îles Falkland, le Beagle rejoint Montevideo le 26 avril. C’est le début d’une longue série d’excursions terrestres pour Darwin, riches en découvertes et en péripéties. Première destination: le village de Maldonado près duquel un voyageur venant de Montevideo a été assassiné la veille... Qu’à cela ne tienne, Charles reste plusieurs semaines dans cette contrée peuplée de troupeaux d’autruches. Il s’y procure de très nombreuses espèces d’oiseaux et de reptiles ainsi que plusieurs quadrupèdes pour sa collection. A quelques milles du village, sa curiosité se focalise sur des tubes vitrifiés et siliceux se formant au contact de la foudre et du sable. En étudiant leur taille et leur nombre, notre naturaliste conclut au passage d’une décharge électrique très puissante dont l’étincelle s’est divisée en branches séparées avant de frapper le sol.

Le décalage culturel avec les habitants est saisissant, à en juger par l’étonnement de certains à la vue de la boussole de Darwin. Comment, lui qui ne connaît pas la région, parvient-il à indiquer la route à prendre pour se rendre à tel ou tel point? Ces autochtones qui confondent Angleterre et Amérique du Nord, lui posent une foule de questions: est-ce la Terre ou le Soleil qui se déplace, fait-il plus chaud ou plus froid dans le Nord, où se trouve l’Espagne…? Cet anglais cultivé qui produit du feu en frottant des allumettes chimiques sur ses dents suscite une véritable admiration!

Fin juillet, Darwin envoie en Angleterre son troisième lot de spécimens composé de 80 oiseaux, 20 quadrupèdes, de nombreuses peaux et plantes, des prélèvements géologiques et des poissons. Pour mener à bien cette collecte qui prend de l’ampleur, il s’est adjoint un membre de l’équipage, Syms Covington, pour l’aider… avec la bénédiction du capitaine FitzRoy, seul maître à bord! Cette collaboration avec Covington durera jusqu'en 1839, après la fin de l'expédition.

Début août, accompagné de gauchos, l’explorateur part à la découverte des rives du rio Negro. Charles goûte ainsi à la vie de ces "cavaliers-paysans" et apprécie le sentiment de totale liberté qu’elle procure. Mais elle a aussi ses dangers, les fermes étant parfois attaquées par des tribus d’Indiens très féroces. Pour s’en défendre, le gouvernement a équipé une armée sous le commandement du despotique général Rosas, que Darwin rencontre mi-août en arrivant sur les rives du rio Colorado. Mais il est choqué par la brutalité de ces soldats qui n’hésitent pas à massacrer les femmes indiennes et à faire de leurs enfants des esclaves. C’est en effet une véritable guerre d’extermination qui se déroule alors dans ce pays. Comme tous les blancs, notre naturaliste est une cible potentielle pour les Indiens rebelles. Il reste donc très prudent lors de ses excursions. Durant une de ses expéditions, Charles est étonné que des animaux parviennent à survivre dans la saumure boueuse et fétide des lacs salés parsemant la région. Preuve que des êtres organisés sont capables de s’adapter et de se développer dans les environnements les plus hostiles. L’instabilité politique est à son paroxysme dans cette région gangrenée par la corruption.

En octobre, Darwin est bloqué une quinzaine de jours à Buenos Aires en raison d’un soulèvement mené par des partisans du général Rosas contre le pouvoir en place. Mais cela ne l’empêche pas de travailler. Ainsi, durant ce périple de plus de sept mois marqué par la sécheresse et la soif, le naturaliste observe de nombreux animaux: tatous, autruches, serpents, échassiers, lézards, poissons, oiseaux "ciseaux", viscaches, perroquets, perdrix, bœufs, hiboux, cygnes à cou noir, batraciens… et pumas dont il goûtera la chair. La flore fait aussi l’objet de ses observations attentives. Il sera surpris par la quantité de cardons européens ayant littéralement envahi certaines contrées et par de véritables champs impénétrables de chardons géants. Son goût pour les ossements d’animaux préhistoriques sera également comblé: têtes de Mylodon et de Toxodon, immenses squelettes de mastodontes disparus, carapace d’un animal gigantesque ressemblant étrangement au tatou actuel, dent de cheval fossile… Ajoutés aux restes de mammifères éteints découverts à Punta Alta, tous ces ossements commencent sérieusement à remettre en cause le dogme religieux selon lequel les espèces n’ont pas évolué depuis leur création par Dieu!
Le 6 décembre, le Beagle quitte définitivement Montevideo. Le vent l’emporte vers la pointe sud du continent, avant de passer dans le Pacifique.

CNRS    sagascience