Le voyage d'un naturaliste autour du monde

ETAPE 7

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Le voyage de Darwin

ETAPE 7

Du 6 décembre 1833 au 10 juin 1834
Patagonie, biodiversité, Terre de Feu, rio Santa Cruz, Pacifique


Le 6 décembre, le Beagle quitte définitivement Montevideo. Un soir, au large de la côte Est de l’Amérique du Sud, le navire est pris dans un nuage impressionnant de papillons s’étendant à perte de vue. Les matelots s’écrient qu’il neige des papillons! Darwin cherche une explication à leur présence si loin des terres: ont-ils été apportés par le vent, s’agit-il d’une grande migration? Il ne tranchera pas.

Le 23 décembre, le bateau jette l’ancre à Port Desire en Argentine. Faune et flore souffrent de l’aridité du lieu qui en limite drastiquement la diversité. Seuls quelques cactus, buissons épineux, guanacos, scarabées, lézards et oiseaux semblent peupler ces terres sauvages. En s’y promenant Darwin découvre un antique tombeau indien.

Le 9 janvier, le voilier fait escale dans le beau et spacieux port de Saint-Julien situé à moins de 200 kilomètres au sud de Port Desire. Mais le pays environnant semble encore plus stérile. Notre naturaliste, le capitaine FitzRoy et quelques membres de l’équipage partent en exploration. Ils marcheront onze heures sans trouver la moindre goutte d’eau douce, et pas plus durant la totalité de leur séjour! Près du port, Darwin tombe nez à nez avec un squelette de Macrauchenia patachonica, un pachyderme disparu dont les os du cou rappellent le lama. Charles s’interroge sur la cause ayant conduit à l’extinction de toutes les espèces dont il a retrouvé des ossements depuis le début de son voyage. Extermination par l’homme, concurrence inter-espèces, extinction naturelle… plusieurs hypothèses sont sur les rangs.

Fin février, le Beagle arrive à hauteur de la Terre de Feu, à la pointe Sud du continent. L’heure de vérité a sonné pour le capitaine FitzRoy: les trois autochtones à qui il a donné une éducation en Angleterre ont-ils réussi à diriger la mission bâtie l’an passé et à "civiliser" leurs semblables? Le 5 mars, le navire jette l’ancre à Woollya. La mission est vide, une bataille semble avoir eu lieu… Un fuégien quasi-nu arrive sur un petit canot. C’est Jemmy Button, un des trois autochtones anglicisés. Il est complètement revenu à la vie sauvage et se montre assez honteux devant les membres de l’équipage. Il leur apprend que les deux autres fuégiens éduqués par FitzRoy se sont enfuis en volant ses affaires. Le pari du capitaine est perdu. Seule consolation: Jemmy a appris quelques mots d’anglais à sa tribu. Mais il ne veut pas retourner en Angleterre car il a maintenant une jolie femme à ses côtés. Les adieux sont émouvants…

Le 16 mars, le Beagle s’arrête dans le détroit de Berkeley, sur l’île orientale des Falkland. Froid, vents et orages de neige ponctuent les excursions de Darwin dans les terres humides peuplées d’oies sauvages, de canards lourdauds, de pingouins-baudets, de renards, de lapins et de quelques oiseaux. Le naturaliste est intrigué par deux espèces récemment introduites: les bovins et les chevaux. Alors que les premiers semblent s’être parfaitement adaptés à leur nouvel environnement, les seconds restent bizarrement cantonnés à une partie de l’île et paraissent dégénérer. L’attention du jeune Charles est également attirée par des myriades de gros fragments de roche anguleux formant de véritables "rivières de pierre", témoins d’un événement sismique passé à l’énergie colossale. Pourtant, aucune trace d’une telle secousse terrestre dans les annales historiques…

Le 13 avril, le Beagle rejoint l’embouchure du rio Santa Cruz sur la côte argentine. Le 18, Darwin, FitzRoy et une vingtaine d’hommes d’équipage partent explorer le fleuve mystérieux à bord de trois baleinières. Mais le courant est si rapide que les hommes doivent rapidement mettre pied à terre pour remorquer les embarcations à l’aide de cordages! Les aventuriers progressent très lentement, au prix d’une grande fatigue, sous le regard affûté des condors planant au-dessus d’eux. Pour couronner le tout, des traces de chevaux et de lances indiquent que des Indiens sont sur leurs traces… Malgré tout notre jeune naturaliste se passionne pour l’étude des structures géologiques qui l’entourent. Ses observations le convaincront que les falaises bordant le fleuve, et la Cordillère des Andes elle-même, résultent d’un lent mouvement d’élévation depuis le niveau de la mer.
Le 4 mai, les vivres commencent à manquer et le rio Santa Cruz se fait plus rapide et tortueux. FitzRoy décide de faire demi-tour, coupant court à l’objectif d’atteindre les montagnes andines rendant déjà l’air glacé. Dix-sept jours ont été nécessaires pour monter, la descente ne prendra que trois jours!

Durant la seconde quinzaine du mois de mai, le voilier parvient à l’embouchure orientale du détroit de Magellan reliant Atlantique et Pacifique, au sud du continent. Le navire fait escale à Port-Famine le 1er juin alors que l’hiver prend ses quartiers. Les forêts sombres et humides couvrent le flanc des montagnes couronnées de glaciers. Dans la matinée du 10 juin, après une nuit fort noire de quatorze heures, le Beagle se jette dans le Pacifique!

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