Ethique et modèles animaux

L’utilisation d’animaux dans la recherche demeure une pratique scientifique indispensable, rigoureusement encadrée dans laquelle l’éthique constitue un questionnement quotidien.

Une question d’actualité

La condition animale, et notamment l’utilisation d’animaux dans la recherche scientifique, est au cœur des préoccupations contemporaines. Pourtant, les chercheurs se sont imposés, à tort, le silence, laissant les citoyens dans l’ignorance de pratiques scientifiques réglementées, respectueuses de la sensibilité animale et guidées par un réflexion éthique permanente.

Lire le texte Catherine Jessus, directrice de l’Institut des sciences biologiques de 2013 à janvier 2019

Une pratique incontournable

Comprendre le vivant
L’utilisation de modèles animaux est essentielle pour décrypter le vivant. Aucune alternative à ce jour ne peut s'y substituer totalement.

Même si les méthodes in vitro (sur cellule) ou in silico (modélisation informatique) jouent un rôle important dans de nombreux projets de recherche, elles ne permettent pas, seules, de comprendre et de reproduire les interactions multiples au sein d’un organisme vivant.

La recherche nécessite tous les modèles (in vivo, in vitro, in silico) pour appréhender la complexité du vivant à des échelles différentes.

Des applications en santé
Etudier les animaux est souvent indispensable pour comprendre l’origine des pathologies humaines et mettre au point de nouvelles thérapies.

« Renoncer à l’utilisation de modèles animaux serait aller vers une médecine aveugle et dangereuse, contrevenant à toutes les règles de bioéthique et du droit international portant sur les essais cliniques chez l’Homme. » Catherine Jessus, directrice de l’INSB de 2013 à janvier 2019.

Des pratiques encadrées par une règlementation stricte et juste

Les pratiques des chercheurs sont fondées sur une règlementation stricte qui exige un niveau élevé de protection pour les animaux utilisés.

La réglementation en vigueur en France datant de février 2013 établit les différentes règles :

Espèces animales concernées
La réglementation protège les animaux vertébrés, y compris les formes larvaires autonomes ou fœtales évoluées, et les céphalopodes. Cela signifie qu'elle s'applique par exemple aux poissons, aux oiseaux et aux mammifères mais pas aux insectes. L'utilisation de primates est restreinte et l’utilisation de grands singes (comme les chimpanzés) est interdite en Europe.

Origine des animaux
Les animaux doivent provenir d’élevages ou de fournisseurs agréés.

Agrément des établissements
Tout établissement éleveur, fournisseur ou utilisateur doit être agréé par la préfecture. Un vétérinaire est désigné pour chaque établissement. Des inspections régulières sont réalisées.

Evaluation éthique et autorisation des projets de recherche
Tout projet de recherche qui inclut le recours à l'expérimentation animale doit faire l'objet d'une évaluation éthique favorable délivrée par un comité d'éthique agréé. Il doit obtenir une autorisation délivrée par le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.   

Douleur
Les expériences potentiellement douloureuses doivent être pratiquées sous analgésie et/ou anesthésie appropriée

Structure de bien-être animal
Chaque établissement bénéficie d’une structure de bien-être animal chargée de suivre l’évolution des projets de recherche.

Cette règlementation veille à ce qu’aucune procédure impliquant des animaux ne soit menée s’il existe une méthode substitutive répondant au même objectif scientifique. La règle des 3 R constitue le socle de la réglementation.

Les animaux pour faire avancer la recherche

Malgré le développement de méthodes alternatives, l’expérimentation animale en recherche reste indispensable pour étudier toute la complexité du vivant. Mais on ne fait pas n’importe quoi ! Pour obtenir le droit de travailler sur des modèles animaux, il faut aujourd’hui remplir plusieurs critères et respecter un certain nombre de règles qui exigent un niveau de protection élevé pour les animaux utilisés. Une production du CNRS.
Texte : Estelle Rünneburger et Charlotte Pallud
Voix : Douglas Antonio Motion
Design : Loïc Kessler
Sous-titre : Aude Niclas

Audiodescription

La règle des 3 R : remplacer, réduire, raffiner

Depuis 1959, elle constitue le fondement éthique de l’utilisation des animaux à des fins scientifiques.

Remplacer –  utiliser d’autres modèles que le modèle animal, quand c’est possible :

  • Des modèles informatiques (in silico) ;
  • Des méthodes physico-chimiques, des cellules ou des organoïdes (in vitro)

            –  utiliser des modèles animaux moins sensibles (invertébrés comme la mouche drosophile ou le ver C. elegans…)

Réduire – Diminuer le nombre d’animaux utilisés :

  • Optimiser les études biostatistiques et le design expérimental
  • Favoriser le partage des données scientifiques (et la publication des résultats négatifs)
  • Favoriser le partage des échantillons biologiques

Raffiner – Minimiser les contraintes, le stress et la douleur :

  • Améliorer les conditions d’hébergement des animaux
  • Améliorer les protocoles d’anesthésie et d’analgésie
  • Privilégier les approches d’exploration non invasives (IRM, échographie…)
  • Etablir des points limites adaptés en maîtrisant l’évaluation du bien-être des animaux.

Chiffres clés

Les modèles animaux utilisés en recherche1 :

  • 1. Source : Ministère de l’Education supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, 2016
Souris 59%
Poissons 16%
Rats 8,9%
Chiens 0,2%
Singes 0,18%
Chats 0,05%