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CNRS_RA2013

INTERVIEW DE JOËL BERTRAND « LA SCIENCE FONDAMENTALE PRODUIT DIRECTEMENT DE LA VALEUR ÉCONOMIQUE. » 2013 a vu une montée en puissance de la mission pour l’interdisciplinarité autour de thématiques comme l’énergie nucléaire, le Big Data, le handicap, ou les maladies mentales… Effectivement, 2013 a vu la consolidation de l’activité de notre mission pour l’interdisciplinarité (MI). Je citerai comme exemple ses deux instruments principaux. Tout d’abord les Défis, qui ont permis autour de thématiques phares comme le genre, la transition énergétique ou l’instru-mentation aux limites d’appréhender des questions de société en s’appuyant sur toutes les forces disponibles du CNRS et au-delà. Ces défis ont très bien fonctionné en 2013. Ensuite les Projets exploratoires premier soutien (PEPS) qui sont des outils stratégiques de la politique de site du CNRS pour mettre en place des travaux communs et interdisciplinaires avec les universités. Par exemple nous avons lancé avec le site de Montpellier des PEPS sur les maladies infectieuses et avec le site de Guyane un PEPS sur l’écosystème du littoral et les tortues marines. La mission pour l’interdisciplinarité est-elle un moteur pour le CNRS tout entier ? La MI est très importante pour l’ensemble du CNRS. C’est effecti-vement un moteur mais ce n’est pas le seul. L’interdisciplinarité figure aussi au sein des instituts et des laboratoires. Ainsi, au sein de l’Institut des sciences humaines et sociales, il existe une interdis-ciplinarité très prometteuse menée par des géographes, des histo-riens, des démographes ou encore des sociologues qui permettent de faire progresser, par exemple, les aires culturelles, ces grandes zones géographiques de recherches multidisciplinaires. De même prenez Mathias Fink, lauréat de la médaille de l’innovation 2011. 48 2013, UNE ANNÉE AVEC LE CNRS Il a créé une start-up, Supersonic Imagine, qui vient de rentrer en bourse et de lever des fonds importants à partir de travaux très fon-damentaux. Cette émergence de la connaissance et de l’innovation vient directement des laboratoires. Sommes-nous en train d’assister à l’émergence de nouvelles disciplines ? Tout le temps. Dans l’histoire des sciences, de nouvelles disci-plines ont constamment émergé. Par exemple l’informatique ou plus récemment la biophysique, qui est née à l’interface de la physique et de la biologie. Dans les prochaines années, je suis persuadé qu’il va y avoir une révolution autour de l’instrumentation. Nous l’avons mis en évidence lors de nos travaux autour de l’élaboration de la Stratégie nationale de recherche. J’insiste d'ailleurs sur ce point : la contribution du CNRS de la SNR a été un très grand moment scientifique en 2013. Pourquoi ? Parce que nous avons beaucoup auditionné et écouté les scien-tifiques. Je reviens à mon exemple de l’instrumentation. L’un de nos scientifiques a effectué un recensement de tous les ins-truments utilisés dans la recherche, qu’ils soient appliqués à l’atmosphère, aux matériaux ou à la santé. Nous nous sommes ainsi rendu compte que c’était le même type d’instruments qui permettaient de mesurer des phénomènes physiologiques ou la qualité de l’eau. À mon avis, il existe des approches scientifiques identiques et communes dans plusieurs champs disciplinaires. Et l’instrumentation est l’une de ces approches. © CNRS Photothèque / Frédérique Plas Joël Bertrand, directeur général délégué à la science, prône une recherche tournée vers l’innovation et la valorisation économique. Entretien.


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