Page 51

CNRS_RA2013

49 Pourquoi avons-nous besoin de grandes bases de données numériques comme Adonis ? Pace que la science est actuellement très en demande de données. En les analysant, après les avoir intégrées dans des grandes bases données numériques, comme Adonis pour les sciences humaines et sociales, les scientifiques peuvent en déduire des tendances sur le long terme. C’est ce que l’on appelle la science invisible. Cela peut être très utile en démographie, pour anticiper les grands mouvements de population, mais aussi en climatologie pour pré-voir le changement climatique. Les grands instruments (Gaïa, Planck par exemple), les infrastructures type Zones ateliers, les plateformes technologiques restent des pourvoyeurs importants de résultats scientifiques majeurs… Certes, les grands instruments comme Planck fournissent des résultats fondamentaux. En 2013, ce satellite a profondément changé notre regard sur l’origine de l’Univers. Mais ces grands programmes et infrastructures sont également pourvoyeurs de quantités phénoménales de données, ce qui nous ramène au point précédent. D’une façon générale, il y a actuellement une tendance dans la recherche à vouloir accumuler des données. Mais sont-elles pertinentes ? Et que va-t-on en faire ? À mon avis, il y a deux façons de faire de la science, celle qui consiste à construire des grands instruments pour amasser le plus de données possible, et celle qui consiste à avoir une réflexion théorique préalable sur la pertinence des données que l’on va cibler. La prise de risque c’est bien, mais il faut savoir minimiser le risque d’aller chercher des données qui ne serviront jamais à rien. Graphène, nouvel adhésif pour les tissus biologiques… l’année 2013 est-elle l’année des matériaux ? Oui, mais c’est tous les ans l’année des matériaux ! Je tiens le pari : on ne connaît pas la moitié des matériaux qui seront là dans dix ans. Regardez le graphène, ce matériau bidimensionnel. Il est extraordinaire, les applications en seront phénoménales, à tel point que la Commission européenne lui a alloué en 2013 un budget d’un milliard d’euros sur dix ans pour le développer dans le cadre de ses appels à projets sur les technologies futures et émergentes1. Déjà, il y a quinze ans, les nanotubes de carbone, un matériau seulement unidimensionnel, ont été à l’origine de l’industrie des composites qui a bouleversé la filière automobile. C’est pourquoi je crois beaucoup pour l’avenir à l’avènement d’un matériau tridimensionnel. Je tiens ici encore un pari. On l’ignore souvent, mais de ces recherches fondamentales naissent d’ores et déjà des start-up… Oui. Nous créons chaque année au moins cinquante start-up et elles viennent aussi de la recherche fondamentale. Il faut arrêter de croire que le business arrive après un long processus d’inno-vation qui passe forcément par de la recherche appliquée. La recherche de base est capable de produire presque immédiate-ment de la valeur économique parce que l’écosystème d’innova-tion est multiforme et non linéaire. Cela concerne notamment le domaine des mathématiques, une discipline d’innovation di-recte qui ne passe pas par la case application. Justement, l’écosystème d’innovation a évolué ces dernières années. Quel rôle y joue le CNRS ? Le CNRS fait plusieurs choses dans l’écosystème d’innovation. Il pro-duit d’abord la connaissance ; et cette connaissance servira toujours à quelque chose, que ce soit dans six mois ou dans six millénaires. Ensuite il est acteur dans toutes les structures d’innovation et de maturation que ce sont les objets du programme des investisse-ments d’avenir : sociétés d’accélération du transfert de techno-logies (SATT), instituts pour la transition énergétique (ITE) et instituts de recherche technologique (IRT). On est très présents dans ces structures mais on est aussi très vigilants sur les fonds d’investissement qui vont repérer, sélectionner et soutenir les innovations qui iront sur le marché. Dans les quatorze SATT par exemple, dans lesquelles nous sommes actionnaires, nous apportons notre expertise scienti-fique sur les projets présentés pour voir s’il convient de les faire maturer ou non. Nous devons apporter la preuve qu’un projet pourra un jour rapporter de l’argent. Le CNRS parie, il apporte son expertise, mais il peut aussi se tromper. Plusieurs accords-cadres ont été renouvelés cette année. Qu’est-ce qui a changé dans la relation entre l’organisme et les grandes entreprises françaises ? Nous avons aujourd’hui vingt-cinq accords-cadres de recherche avec des entreprises du CAC 40. Nous savons travailler ensemble car les grands groupes industriels font également de la re-cherche. Nous parlons donc le même langage. Nous nous enten-dons tellement bien que nous postulons désormais ensemble sur les contrats européens ou les projets ANR. Et même à l’interna-tional, nous marchons à l’unisson. Nous avons par exemple des unités mixtes internationales avec Solvay ou Thales et en prépa-rons une avec Saint-Gobain. Avec ces grandes entreprises, nous lions l’économie et la science autour de la marque France. Le CNRS a renforcé cette année sa présence à Singapour. Pourquoi ? Singapour est devenu rapidement une plaque tournante de la science dans le monde, car en quelques années ce petit pays de 5 millions d’habitants a doublé son investissement consacré à la R&D et a su créer des infrastructures technologiques de pointe et des universités très performantes. Du coup, c’est ici que tout se passe, et tout le monde vient : les grands pays, les entreprises, les universités… C’est pourquoi le CNRS y investit massivement et nous y avons désormais deux unités mixtes internationales et deux laboratoires internationaux associés, qui vont bientôt se transformer en UMI. C’est désormais un pays majeur en matière d’investissements pour le CNRS. 1 FET Flagship Graphène.


CNRS_RA2013
To see the actual publication please follow the link above