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D’une manière générale, il faut être conscient que les connaissances sur les caractéristiques biologiques et physico-chimiques des fonds marins dans l’océan profond sont encore extrêmement parcellaires. Ceci résulte de l’importance de ce biotope (plus de 60 % de la surface du globe et plus de 90 % des régions marines), de son exploration récente et de la difficulté d’y accéder. Pour la majeure partie des fonds océaniques, seules des opérations à partir de navires de surface, par dragage, chalutage ou carottage ont été réalisées et cela depuis seulement 150 ans, permettant une connaissance très fragmentée de la biodiversité abyssale. Longtemps limitée à la mégafaune et à la grande macrofaune, ce n’est que depuis une cinquantaine d’année que l’on explore la biodiversité globale en incluant la méiofaune et le compartiment microbien, mais encore rarement de façon systématique. L’observation directe, par submersible ou caméra tractée, n’existe que depuis une cinquantaine d’années, et les possibilités d’échantillonnage ciblé, couplé à des analyses physicochimiques à haute résolution spatiale et temporelle, ne sont réellement opérationnelles que depuis le début des années 1980. Ce n’est donc que très récemment que la connaissance de tous ces compartiments, associée à celle des propriétés physico-chimiques de l’habitat, et de leurs interactions est devenue accessible et qu’il a été possible de commencer à comprendre le fonctionnement de ces écosystèmes profonds et les relations qu’ils entretiennent entre eux. Cette contrainte d’accessibilité est d’autant plus forte que les écosystèmes concernés sont fragmentés et localisés dans l’espace. Les échelles de variabilité spatiale de ces assemblages varient de plusieurs centaines de kilomètres pour la faune des sédiments sur les plaines à nodules au décimètre pour celle des sulfures à proximité des zones hydrothermales actives. L’effort d’échantillonnage et de mesure nécessaire pour étudier ces écosystèmes est donc très inégal et les techniques utilisées ne sont pas extrapolables d’un milieu à l’autre. L’hétérogénéité de l’habitat définit donc la stratégie d’étude de la biodiversité des milieux et des écosystèmes, mais cette hétérogénéité elle-même reste mal connue pour de nombreux environnements qui n’ont pas fait l’objet d’efforts d’échantillonnage suffisants. En particulier, si les différences entre monts sous-marins ont été décrites à partir de chalutages, la caractérisation de la distribution spatiale à l’échelle d’un mont par des observations et des prélèvements ciblés en submersible commence à peine. Encore faut-il y ajouter une dimension temporelle, et donc a minima répéter les observations dans le temps sur un même site ou mieux encore suivre la diversité et les propriétés du milieu en continu. Compte tenu de la découverte récente de ces écosystèmes et de la difficulté d’accéder à ces environnements, cette dimension temporelle est celle sur laquelle les connaissances manquent très largement pour comprendre et anticiper la dynamique et l’évolution de ces écosystèmes, que cellesci soient naturelles ou induites par des perturbations anthropiques telles que l’exploitation minière envisagée dans cette expertise. A ces circonstances s’ajoute l’intérêt scientifique de certains modèles biologiques ou écologiques exceptionnels, notamment pour leurs adaptations à des conditions environnementales extrêmes, et sur lesquels se sont largement focalisées les recherches. Ces priorités de recherche et la difficulté d’accès aux milieux profonds expliquent en grande partie le caractère parcellaire des connaissances que nous avons aujourd’hui de la biodiversité et du fonctionnement des écosystèmes d’intérêt dans cette étude. Elles sont très limitées en ce qui concerne les encroûtements cobaltifères, plus fournies pour les champs de nodules polymétalliques, et relativement plus abondantes pour les sulfures. Encore que, dans ce dernier cas, nos connaissances ne concernent quasi-exclusivement que l’environnement des sites hydrothermaux actifs et leur périphérie immédiate et rarement les zones inactives qui sont directement ciblées par les projets miniers. Zones actives et inactives sont cependant liées par le phénomène de circulation hydrothermale et sont, dans l’état actuel des connaissances, souvent situées à proximité des sites visés par l’exploitation. Les communautés des sources actives pourraient donc être également concernées par des impacts directs. 36


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