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39 En résumé, si l’étude des zones à nodules a débuté dès les années 1960, seules les dernières campagnes à partir des années 1990 ont bénéficié de l’apport des submersibles permettant une analyse des peuplements en place, à petite échelle, seule approche à même de distinguer les habitats sédimentaires (endofaune) et ceux constitués des nodules (épifaune), la faune de ces derniers étant nettement moins bien connue. De façon générale, la faible résolution taxonomique, associée à une faible abondance rendent difficiles la comparaison des résultats dans l’espace (biogéographie) et dans le temps (dynamique temporelle). La meiofaune, compartiment majoritaire à ces profondeurs (> 4 000 m), est très diversifiée avec cependant quelques espèces qui semblent inféodées aux nodules eux-mêmes. A noter l’importance des protistes dans cette faune endémique, notamment des foraminifères, eucaryotes unicellulaires parfois de grande taille dont le rôle fonctionnel reste à préciser. La diversité microbienne, négligée dans les premières études par défaut de moyens d’analyse performants, s’est révélée élevée dans les études les plus récentes, tant dans les sédiments que sur les nodules. La microflore spécifiquement associée aux nodules semble jouer un rôle dans leur formation ou leur évolution mais on manque encore d’analyses fonctionnelles détaillées pour le préciser. 4.2.2. Encroûtements cobaltifères Les encroûtements cobaltifères sont associés aux élévations sous-marines intra-plaques, aux monts sous-marins isolés et aux alignements volcaniques. Ces reliefs sous-marins sont caractérisés par des courants importants générés par leur topographie particulière qui, lorsqu’ils se situent dans des domaines océaniques à faible taux de sédimentation, résulte en une absence de sédimentation pendant de très longues durées (millions d’années). La persistance d’un substrat dur affleurant sur de telles périodes de temps va favoriser l’installation d’une faune fixée à longue durée de vie, comme les coraux profonds ou les éponges, d’autant que les conditions courantologiques locales (upwelling) peuvent favoriser l’apport d’éléments nutritifs. Cette faune fixée constituée d’espèces ingénieures constitue généralement une matrice propice à l’installation de nombreuses autres espèces, y compris, lorsque la profondeur n’est pas trop importante (moins de 2 000 m), les espèces de poissons visées par la pêche commerciale profonde depuis le milieu des années 1970. Les monts sous-marins constituent donc des oasis de vie isolées par de grandes surfaces de plaine abyssale. Ainsi, l’étude scientifique des monts sous-marins a été guidée à la fois par des préoccupations fondamentales d’écologie évolutive et des considérations économiques liées aux pratiques halieutiques. Au-delà des études sur la composition faunistique, peu de données sont disponibles concernant le fonctionnement et les caractéristiques écologiques de ces communautés. Parmi ces études écologiques, très peu d’études utilisent des méthodes d’observations vidéo in situ, et encore moins des moyens d’échantillonnage direct par submersible. Ainsi nos connaissances sur la structure des communautés et le fonctionnement de ces écosystèmes, nécessitant d’intégrer les connaissances de tous les compartiments et de les étudier « en place », restent encore très limitées. De ces études, pour la plupart centrées sur des zones singulières, des généralisations ou des hypothèses fortes ont pourtant été proposées au cours du temps. Par exemple, ces structures sont souvent décrites comme associées à une grande biodiversité, de fortes biomasses, de fortes productivités, ou encore à de forts taux d’endémisme. Ces caractérisations sont souvent accompagnées d’hypothèses explicatives (isolement insulaire, effet oasis, piège à particules, etc…). Les débats dont la littérature se fait l’écho montrent que ces propriétés spécifiques des monts sous-marins et les hypothèses proposées pour les expliquer se fondent sur un trop petit nombre de données pour décrire correctement l’écologie des communautés associées à ces habitats et a fortiori la résilience ou la fragilité de ces écosystèmes face aux perturbations anthropiques. La longévité des organismes filtreurs du benthos pourrait en partie également expliquer ces biomasses importantes même si cette hypothèse reste à tester. Or la longévité des organismes est un élément important Expertise scientifique colective CNRS-Ifremer


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