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Dans les trois cas, également, se posent de nombreuses questions sur les impacts possibles liés aux étapes de l’exploitation autres que l’extraction sur le plancher océanique du minerai : Impacts dus au rejet des « déchets miniers » : eau de fond, sédiment, débris de minerai Le rejet des déchets miniers, avec l’extraction du minerai, est l’étape susceptible de causer le plus grand nombre d’impacts potentiels et les impacts les plus étendus. Le nombre, la nature et l’étendue de ces impacts vont dépendre des volumes de chaque type de déchet rejeté, de la hauteur de la colonne d’eau à laquelle ils vont être rejetés, de la composition et des paramètres physico-chimiques des déchets mais aussi de l’eau là où ils sont rejetés, du fonctionnement des écosystèmes et des particularités des espèces existants là où a lieu le déversement des déchets. Certains auteurs évaluent à 25 000 m3/jour la quantité d’eau et entre 20 à 400 t/jour la quantité de sédiments emmenés à bord avec les nodules et devant être rejetés, quand d’autres avancent les chiffres de 40 000 m3/jour pour la quantité d’eau et 1 000 t/jour pour la quantité de sédiments, dans le cadre d’une exploitation d’une production annuelle de 3 millions de tonnes de nodules. Dans la zone photique (de la surface à 200 m de profondeur), la production primaire se fait par photosynthèse. C’est aussi la zone de la colonne d’eau la plus peuplée. Interface entre les deux grands compartiments marin et aérien, elle est particulièrement riche en interactions écosystémiques et échanges biogéochimiques complexes. Un rejet de volume de déchets conséquent entraîne potentiellement de très nombreux changements, qui vont être difficiles à saisir dans toute leur ampleur et leur complexité, sans tenir compte des effets synergiques avec d’autres phénomènes naturels ou impacts d’autres activités anthropiques. Les impacts d’un rejet de déchets dans cette zone seraient : Une diminution de la production primaire en affectant négativement la photosynthèse, les particules sédimentaires et métalliques entraînant une baisse de la transmission de la lumière dans l’eau. La chute de la production primaire aurait alors un impact important sur tous les compartiments supérieurs du réseau trophiques en abaissant la productivité du système. A l’inverse, le relargage de sédiments contenant de la matière organique, et plus riche en nutriments, par rapport aux eaux de surface, pourrait, au contraire, stimuler provisoirement la photosynthèse. Une stimulation importante de la photosynthèse aurait pour résultat une forte consommation d’oxygène entraînant vraisemblablement l’apparition de zones de minimum d’oxygène impactant de manière importante l’écosystème des zones anciennement oxygénées. On se retrouverait dans une situation de fertilisation locale artificielle. L’augmentation de la production primaire risque aussi de favoriser le développement de certaines espèces dont le développement était limité, entraînant un bouleversement de l’écosystème. L’apparition de « blooms » d’algues produisant des toxines pourrait résulter de cette modification profonde de l’écosystème. Certaines études menées sur la fertilisation des eaux de surface par apport de fer (rarement de phosphates ou d’urée), étudiée en tant que méthode de géo-ingénierie pour favoriser l’absorption par les océans du dioxyde de carbone de l’atmosphère, montrent que les conséquences de ce phénomène sont très mal connues et risquent de varier très fortement en fonction de la durée de cette pollution, des caractéristiques initiales des eaux et du biome de surface. Une dissémination importante des métaux lourds contenus dans les sédiments abyssaux ou hydrothermaux et les débris de minerai sont susceptibles d’entrer dans la chaîne alimentaire et d’être ensuite bio-amplifiés12, avec pour conséquence un impact très négatif sur l’environnement, l’alimentation et la santé humaine éventuellement. 65 • • • 12. Bio-amplifier : Augmentation à chaque niveau trophique de la chaîne alimentaire des concentrations des substances chimiques concentrées dans des tissus (par exemple, les concentrations relatives à la substance sont plus élevées dans les organismes que dans leur source d’alimentation). www.greenfacts.org/fr/glossaire/abc/ bioamplification.htm


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