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En effet, un certain nombre de cétacés sont capables de descendre à plus de 2 000 m de profondeur pour y chasser leurs proies. Les eaux de fond, normalement à 1-4° C, pourraient voir leur température s’élever jusqu’à 7-10° C pendant la remontée du minerai. Une fois renvoyées au fond de l’océan, quelle pourrait être la modification de température pour les espèces profondes ? Les coraux, par exemple, sont en effet particulièrement sensibles aux variations de température. S’ils peuvent généralement s’adapter avec le temps, l’expérience montre qu’ils supportent mal les « brusques » changements de température. Le risque que le réseau trophique soit contaminé par les métaux lourds s’accroît également. Il pourrait être encore plus conséquent dans le cas des sulfures polymétalliques et des boues métallifères, dont l’environnement est déjà naturellement riche en métaux lourds. Une disponibilité plus importante de nutriments organiques (animaux morts) et inorganiques (l’état particulaire facilitant la dissolution et donc la disponibilité des nutriments) pourrait provoquer une augmentation de la productivité. Les cycles de l’oxygène et du carbone pourraient être alors également modifiés. Là encore, la méconnaissance de ces environnements ne permet que de formuler des hypothèses. Il est indispensable d’accroître nos connaissances sur ces écosystèmes, afin de mieux appréhender les impacts les plus significatifs. D’autres rejets secondaires sont susceptibles d’entraîner des perturbations sur les différents compartiments évoqués précédemment : Le rejet à la mer de la saumure issue de la production d’eau potable sur les bateaux-support par des stations de dessalement par osmose inverse et des prétraitements requis pour les stations de dessalement (chlorination, bromination, déchlorination, coagulation, filtration) apporteront des perturbations supplémentaires de la colonne d’eau. Des expériences sont nécessaires pour établir les niveaux de modifications des paramètres physico-chimiques et préciser ces impacts. Les procédés de traitement « offshore » du minerai, produisent de l’eau polluée, des résidus, etc., posant les mêmes questions d’impact environnemental en surface que pour les mines terrestres. Une extraction sur site du métal à partir des nodules, comprenant un certain nombre de procédés d’hydrométallurgie et de pyrométallurgie, au cours desquels sont utilisés des produits chimiques pourrait être source d’une pollution supplémentaire du milieu. De tels procédés ne semblent pas, a priori, être envisagés pour l’exploitation des sulfures. Une autre interrogation demeure et concerne les effets des câbles, des systèmes de forage et des systèmes de remontée du minerai extrait sur la circulation des espèces tout le long de la colonne d’eau. Aucune étude quantitative ne semble avoir été consacrée à ce problème, mais l’étude d’impacts locaux de ces effets et des nuisances engendrées par l’activité de surface présente un intérêt certain. Demeure enfin le point, non testé, relatif au fait que l’utilisation d’engins et du matériel connexe sont susceptibles d’introduire sur les zones d’exploitation des espèces non indigènes, ou de déplacer vers la côte des espèces indigènes des milieux profonds. Impacts sur le cycle du carbone Les impacts sur le cycle du carbone sont très difficiles à évaluer car ils sont fortement dépendants des paramètres environnementaux. Il est tout à fait possible d’observer une réduction ou au contraire une augmentation de la quantité de carbone organique stockée dans les sédiments selon la zone géographique considérée. 67 • • • • • • • Expertise scientifique colective CNRS-Ifremer


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