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PROSPECTIVE RECHERCHES POLAIRES CHANGEMENT GLOBAL ET QUESTIONNEMENTS DE LA RECHERCHE Les zones polaires Nord/Sud,terrestres/marines animaux revêtent dans l’économie et la culture des abritent une biodiversité originale qui se mani- sociétés traditionnelles justifie pleinementl’inté- feste par la composition taxonomi ue et la struc- rêt de ces études qui concernent aussi bien les ture spécifique des communautés, le niveau restes archéologiques que les animaux actuels. d’endémisme élevé des espèces ou leurs carac- Au delà des sociétés humaines, c’est l’adapta- téristiques biogéographiques et par leur degré de tion d’Homo sapiens lui-même en situation au- tolérance physiologique à des conditions envi- tochtone dans l’Arctique qu’il convient de ronnementales souvent proches de leurs limites considérer. Il a, lui aussi, développé des capaci- de développement. Bien que différentes en Arc- tés d’adaptation physiologiques qui lui sont pro- tique et en Antarctique, ces espèces ont pourtant pres et encore largement méconnues. Ainsi, le réussi à s’implanteraux frontières de la vie. De la système vasculaire de certains Inuits, notam- même façon, les sociétés humaines qui se sont ment au niveau des doigts, leur permet-il de tra- établies et adaptées dans les zones arctiques vailler sans gants dans le froid. Il est connu ont développé des systèmes sociaux, écono- qu’une partie de la diversité génétique, notam- miques et culturels, des savoirs locaux, en adé- ment mitochondriale, marqueur des lignées ma- quation avec les conditions extrêmes et les ternelles, diminue à mesure que l’on se ressources qu’elles pouvaient y rencontrer. Elles rapproche du pôle chez les populations autoch- sont donc aujourd’hui, particulièrementsensibles tones. La question d’une sélection naturelle au au changement global. sein de l’espèce H. sapiens est un véritable défi pour les généticiens des populations et les an- La survie des faunes et flores dans ces milieux thropobiologistes. Seule la compréhension de hostiles, résultat d’une pressionsélective, assor- certains mécanismes d’adaptation énergétique ties de traits d’histoire de vie hors du commun chez les populations autochtones vivant encore (certains albatros, pétrels, poissons ou inverté- dans des conditions traditionnelles permettrait brés marins pouvant vivre plus de 50 ans !), de mieux appréhender l’histoire des peuple- relève d’adaptations souvent très sophistiquées, ments mondiaux, de même que certaines ques- qui peuvent limiter leur plasticité et les rendre tions que la médecine se pose y compris ailleurs plus vulnérables à un changement climatique ra- sur la planète. pide. Ainsi, alors que les manchots empereurs et royaux sont extrêmement bien adaptés à leur Aux effets directs du réchauffement sur les éco- habitat, aux aléas climatiques et à leurs consé- systèmes se combinentceux de l’anthropi ation. quences sur les ressources marines, la survie Parmi ces effets anthropiques, les introductions annuelle moyenne des manchots royaux de l’Ile volontaires ou involontaires d’espèces et le de la Possession (Crozet) diminue-t-elle d’envi- risque grandissant d’invasions d’espèces al- ron 10% lorsque la mer se réchauffe seulement lochtones, profitant de conditions plus favorables de 0.3°C dans la zone où ils passent l’hiver, à la pour se développer au détriment des espèces limite de la banquise antarctique3. L’étude de autochtones, entrainent une banalisation des l’impact de la variabilité spatio-temporelle de communautés. Sur l’île verte à Kerguelen où le l’environnement sur la dynamique et la génétique lapin a été introduit par l’homme, il ne reste des populations ainsi que la valeur sélective des qu’une espèce végétale originelle, l’Acaena sur individus est donc essentielle. un sol érodé. Faut-il envisager une biologie de restauration ? Mais lorsque le lapin est éliminé Dans ces mêmes domaines de dynamique et de de l’île, c’est le pissenlit, plante invasive appor- génétique des populations du passé au présent, tée par l’homme qui, favorisé par les change- l’étude de la grande faune arctique sauvage et do- ments climatiques actuels, colonise l’île entière mestique, rennes-caribous, cheval iakoute, au- et non les espèces végétales locales ! Ces phé- jourd’hui en très grand danger, permet de nomènes s’additionnent, conduisent petit à petit considérer les processus d’adaptation au cours à la disparition de la biodiversité d’origine et au destentatvesde « réensauvagemnt» (Arctique et final à sa banalisation. Le risque est identiquee Kerguelen pour le renne). L’importance que ces en milieu marin, même s’il est plus difficile à sui- 3 - Le Bohec C, Durant JM, Gauthier-Clerc M, Stenseth NC, Park YH, Pradel R, Grémillet D, Gendner JP,Le Maho Y.2008-King pen- guin population threatened by Southern Ocean warming. Proc Natl Acad Sci U S A. 105(7):2493-7. 8


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