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N° 274 I septembre-octobre 2013 Actualités | 11 w Anthropologie C’est l’histoire d’un mythe… par charli ne zeitou n w Le mythe de  Pygmalion , généralement attribué à la Grèce antique, aurait d’abord émergé dans le Sahara au  Néolithique . Un récit de cette époque, dans lequel des éléments auraient ensuite changé, serait en effet à l’origine de la fameuse légende. C’est l’une des théories1 de Julien d’Huy, doctorant en anthropologie au Centre d’études des mondes africains2, à Paris, et qui travaille à reconstituer les mythes en retraçant leur filiation jusqu’à la Préhistoire, parfois au- delà du Néolithique. L’originalité de sa démarche  : il utilise la phylogénétique, empruntée à la classification des êtres vivants, qui permet de dessiner des arbres des espèces apparentées. Dans ces arbres, une branche se divise en deux ou en plusieurs espèces en cas d’apparition pygmalion. Légendaire roi de Chypre, tombé amoureux de la statue qu’il a sculptée. néolithique. Dernière période de la Préhistoire qui commence vers 8 000 avant J.-C. au Proche-Orient. physique nucléaire et des hautes énergies2, à Paris, et membre de T2K. Mais, avec 4,5  fois plus de données et une incertitude inférieure à une part sur 1 000 milliards, nous en apportons la preuve indubitable ! » Ce résultat non standard est d’autant plus important que, « dans les équations, l’oscillation entre neutrinos muoniques et électroniques est une condition nécessaire à l’observation d’une possible différence entre matière et antimatière », poursuit le physicien. De quoi entrouvrir les portes de l’étude expérimentale de la disparition de l’antimatière dans l’Univers grâce aux neutrinos. 1. Tokai to Kamioka. 2. Unité CNRS/UPMC/Université Paris-Diderot. Contact : Laboratoire de physique nucléaire et des hautes énergies, Paris Jacques Dumarchez > jacques.dumarchez@lpnhe.in2p3.fr ou de perte d’un caractère héritable (nombre de doigts, longueur du cou, etc.). « Les mythes tels que nous les connaissons aujourd’hui sont eux aussi le produit d’une descendance avec, au fil des âges et des contrées, des variantes de certaines caractéristiques du récit », explique Julien d’Huy. Par exemple, il existe quantité de mythes dans lesquels s’anime une statue, mais cela peut être soit par l’intervention divine, soit par l’intervention d’un représentant du divin, etc. « Ce sont notamment ces ressemblances et leurs variations que j’utilise sur les logiciels de phylogénétique pour générer des arbres », précise lan gues choisies pour l’enracinemen t de L’ARBRE grèce bara ka byle afri que de l’est swahili makua mako nde ko no lo zi 2 venda lo zi 1 nyanja le ngue bwine muku ni berb ères afri que de l’oues t afri que aus trale le jeune scientifique. Dans une autre étude3, et avec d’autres arbres, l’anthropologue montre que cette fameuse évolution des mythes suit, en outre, un modèle particulier, celui des équilibres ponctués, défendu par le célèbre paléontologue américain Stephen Jay Gould. « Selon sa théorie, l’évolution se fait par à-coups, avec de longues phases de stabilité suivies de changements rapides : les ponctuations », indique Julien d’Huy. Ce modèle s’oppose à la théorie classique qui veut que les évolutions des espèces soient au contraire très lentes et peu franches. Selon Julien d’Huy, « de temps à autre, une nouvelle ver- sion d’un mythe apparaît, mais, dans l’ensemble, il reste extrêmement stable sur une longue période ». Ces variations sont souvent dues aux migrations des populations ou bien aux tensions belliqueuses qui peuvent se créer entre peuples voisins, les poussant à modifier leurs mythes –  véritable marque identitaire – afin de se distinguer de leurs rivaux. Grâce à des paramètres géographiques, les arbres de Julien d’Huy permettraient aussi de suivre les migrations des mythes à travers le monde. « Mais le grand intérêt de la phylogénétique est surtout d’apporter des outils statistiques dans l’étude de la mythologie, alors que, jusque-là, on ne disposait que de méthodes de comparaison parfois empreintes d’une grande subjectivité », conclut-il. 1. Dans Rock Art Research, mai 2013, vol. 30, n° 1, pp. 115-118 et dans une publication approfondie à paraître. 2. Unité CNRS/Université Paris-I/EPHE/ Aix-Marseille Université. 3. Dans Mythologie française, septembre 2013. 01 Pygmalion et Galatée, sa statue, (Jean-Baptiste Regnault, 1786). 02 Grâce à des arbres phylogénétiques de ce type, un anthropologue a retracé l’origine du célèbre mythe. Contact : Centre d’études des mondes africains, Paris Julien d’Huy > dhuy.julien@yahoo.fr 01 © g. blot /rmn-grand pala is © d’apr ès J. d’HUY, c. he in pour cnrs le journal 02


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