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N° 274 I septembre-octobre 2013 En images | 15 w Par Lau re Caillo ce Ce petit matin d’avril 2013, l’agitation bat son plein près de la jeep garée en lisière de forêt. L’équipe du projet Mandrillus vient d’arriver de la station de recherche gabonaise de Bakoumba, située à quelques kilomètres de là, pour rejoindre le parc de la Lékédi avant le lever du soleil. On prépare les flèches anesthésiantes et les sarbacanes destinées à la capture des singes, on rassemble seringues, balance, échographe portatif… Tout doit être prêt lorsque les mandrills descendront des arbres : une fois réveillés, ces primates endémiques d’Afrique centrale se déplaceront rapidement vers d’autres zones de la forêt équatoriale. Or, dans ce milieu dense, les perdre de vue signifie des heures, voire des jours entiers pour les retrouver. L’équipe en sait quelque chose : cela fait un an et demi qu’elle suit, jour après jour, du matin jusqu’au soir, tous les faits et gestes de ce groupe d’une centaine de singes. C’est la première fois qu’une telle population est ainsi étudiée à l’état sauvage. Autant dire que les scientifiques espèrent obtenir des réponses à leurs multiples questions : comment ce groupe est-il structuré  ? Quelles sont les relations entre les individus ? L’état de santé d’un singe est-il lié à la force de son réseau social, comme dans certains autres groupes d’animaux ? Comment le groupe se comporte-t-il avec les individus souffrant de parasites ?… « Si les campagnes de capture nous fournissent de précieuses informations sur la morphologie et l’état de santé de chaque individu, l’observation comportementale représente 90 % de notre activité », confie Marie Charpentier, primatologue au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive1, à l’origine du projet, prévu pour une période initiale de quatre ans. L’équipe, qui reconnaissait à peine une vingtaine d’individus dans les premiers mois, est aujourd’hui capable d’en identifier 75 à l’oeil nu. « Nous regardons qui est à proximité de qui, qui épouille qui, qui défend qui contre les comportements agressifs de tiers, détaille la chercheuse. Ces données d’observation seront bientôt complétées par des données automatisées, grâce à la pose de colliers radiofréquences destinés à enregistrer en continu quels sont les membres du groupe Parc de la Lékédi 01 Ce mâle non dominant, le n° 33, est le “préféré” des femelles du groupe de mandrills étudié par les chercheurs. 02 03 Recrutés par Marie Charpentier (ici avec les jumelles) et son équipe dans la ville de Bakoumba, ces assistants de terrain observent les singes quotidiennement. Avec une antenne GPS , l’un d’eux localise les trois femelles déjà équipées d’un collier émetteur. 04 05 Les relations entre les singes font l’objet d’une attention constante, tel le comportement des femelles avec leur petit. 06 Les animaux sont endormis avec des flèches anesthésiantes. 07 08 Cet échographe permet, entre autres, de mesurer l’épaisseur des muscles intercostaux des mandrills. 09 Une fois tous les singes équipés de colliers, les chercheurs pourront savoir quel individu se trouve à proximité de quel autre. 10 Les canines des mâles peuvent mesurer jusqu’à 5 centimètres. 04 05 06 10 07 © photos : C. DELHAYE/CNRS Photothèque 08 09


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