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N° 274 I septembre-octobre 2013 L’enquête | 23 w q L’étude du climat repose aussi sur un arsenal d’observations en continu à terre, dans les océans et depuis l’espace. Elles permettent à la fois de quantifier le réchauffement, mais aussi d’en mesurer les conséquences. « Dans notre laboratoire, nous nous concentrons sur la mesure du niveau des océans, raconte Anny Cazenave, du Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales1. À partir des informations des satellites, nous pouvons déterminer la vitesse à laquelle le niveau moyen des océans augmente et observer les variations d’une région du globe à une autre. » En moyenne, depuis vingt ans, le niveau moyen des mers a grimpé de 3 millimètres par an. « Une grande partie de notre travail consiste à comprendre les raisons de cette hausse et à évaluer leur importance », signale la chercheuse. Environ 30 % de l’élévation s’explique par le réchauffement des eaux : l’eau occupe d’autant plus de volume qu’elle est chaude. « Ensuite, 30 % de la hausse vient de l’eau apportée par la fonte des glaciers, et entre 20 et 25 % proviennent du déversement de la glace des calottes glaciaires dans l’océan », poursuit Anny Cazenave. Il reste encore des phénomènes mal évalués, comme l’évolution des eaux pluviales des continents, la fonte des sols gelés aux hautes latitudes (pergélisol), etc. « Nous essayons aussi d’expliquer la variabi- lité naturelle. El Niño, le phénomène de réchauffement des eaux du Pacifique, fait grimper la hauteur des océans de 1 centimètre. Le mécanisme inverse, La Niña, la fait baisser », précise la chercheuse. Avant les premières mesures altimétriques depuis l’espace, au début des années 1990, l’essentiel des données était collecté par les bateaux de commerce des obServations observations tous azimuts volontaires et les navires océanographiques. Depuis, plusieurs satellites sont venus renforcer l’arsenal. De même, à partir de 2000, la communauté internationale a déployé le réseau international Argo : plus de 3 000  bouées dérivent sur les océans du globe et mesurent en continu la température et la salinité de l’eau, de la surface jusqu’à 2 000 mètres de profondeur. « Cela permet de mesurer la chaleur stockée dans les océans. Ce sont les écarts liés aux courants qui expliquent que l’eau s’élève beaucoup plus vite par endroits, comme à l’ouest du Pacifique ou au sud du Groenland », résume Anny Cazenave. Bien évidemment, les observations climatiques ne portent pas que sur l’océan. Les scientifiques scrutent aussi les conditions qui règnent au-dessus des terres émergées : température, pression 06 07 Plus de 3 000 bouées Argo mesurent les caractéristiques des océans. 08 L’air est capté et analysé pour évaluer la quantité de gaz à effet de serre, notamment par le réseau de stations Ramces du LSCE. atmosphérique, humidité de l’air, nébulosités, etc. « L’ensemble des données observées sont utilisées de plusieurs manières, explique Serge Planton2, le responsable de la recherche climatique à Météo France. Elles permettent notamment d’étudier le climat du xxe siècle de manière très fine. Cela sert à vérifier que nos modèles décrivent correctement les phénomènes et cela fournit un état de l’océan et de l’atmosphère très précis qui sert de point de départ aux modélisations du climat futur. » Depuis les années 1960, les climatologues disposent avec les satellites de données beaucoup plus complètes, en particulier dans les régions désertes du globe et les océans. « Mais cela introduit une hétérogénéité dans les données qui peut fausser nos analyses si on n’y prend pas garde, constate Serge Planton. Ainsi, l’augmentation constatée du nombre de cyclones dans l’hémisphère Sud au cours du xxe siècle est surtout liée au nombre croissant d’observations par satellite. » Et celui-ci d’ajouter : « Ce problème se pose avec chaque nouvelle génération de capteur embarqué sur un satellite. L’homogénéisation des données est essentielle afin qu’elles puissent ensuite être utilisées pour évaluer les tendances climatiques et interpréter les évolutions constatées à partir des modèles. » 1. Unité CNRS/Cnes/IRD/UPS. 2. Groupe d’étude de l’atmosphère météorologique (Unité CNRS/Météo France) contacts : Anny Cazenave > anny.cazenave@legos.obs-mip.fr Serge Planton > serge.planton@meteo.fr 06 07 08 © A.Cheziere - Directi on de la communicati on UVSQ © O. Dug orna y/Ifremer © Int ernati ona l Argo Program


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